OBSERVATION XCIII
Fi-oid et engourdissement dans le doigt indicateur de la main gauche , qui s’étendent ensuite à celte même main et au membre entier ; plus tard , mêmes phénomènes dans l’autre membhe i au bout d’un an , engourd^ssemqi^t des extrémités inférieures , suivi de leur paraysie ; persistance d’une sensibilité obtuse; contracture permanente des quatre membres. Mort dans la huitième année. Ramollissement pulpeux de toute la substance grise de la moelle épinière.
Un coffretier, âgé de trente-huit ans, commença à éprouver, sans cause connue, dans le cours de l’année 1818, un engourdissement habituel et une sensation de froid très-marquée dans le doigt indicateur de la main gauche, puis dans toute cette même main, et dans le bras du même côté; un peu plus tard, les mêmes phénomènes se manifestèrent dans le membre thoracique droit. Au bout d’un an à peu près, les membres abdominaux commencèrent à s’engourdir à leur tour; peu à peu les quatre meipbres tombèrent dans un état de paralysie complète. Lorsque le malade fut soumis à notre observation ( en janvier 1826), à l’hospice de Bicêtre,il était dans l’état suivant :
Contracture douloureuse et habituelle des deux membres abdominaux; jambes fléchies sur là cuisse et la cuisse sur le bassin ; lorsqu’on touehe ou qu’on frappe ces membres, leur contracture augmente ; la sensibilité y existe, mais obtuse. Les deux membres thoraciques sont dans une forte adduction; ils restent habituellement placés au devant du thorax, rapprochés l’un de l’autre; tous les doigts sont en contraction, fléchis sur
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la paume de la main. Le seul mouvement des membres thoraciques qui soit possible, est un mouvement de totalité qui part de l’épaule. La sensibilité y est trèsobtuse, comme dans les membres inférieurs. Les traits de la face ne présentent rien d’insolite; ses muscles se contractent comme dans leur état normal ; la langue a toute la liberté de ses mouvemens, et sort droite de la bouche. Les facultés intellectuelles ne sont aucunement lésées, la parole est libre et nette.
Les grandes fonctions de la vie nutritive étaient intactes chez cet individu, et rien n’annonçait sa fin prochaine, lorsqu’il survint au sacrum une large escarre, suite de son décubitus habituel sur le dos: dèslors -accélération du pouls, diarrhée, prostration de plus en plus grande , et mort.
Autopsie cadavérique.
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Rien d’insolite dans l’encéphale, non plus que dans Ses membranes enveloppantes.
Depuis la partie inférieure des pyramides jusqu’à l’extrémité inférieure de la moelle, existe un canal trèsinapi l’este, creusé au centre de ce cordon nerveux, rempli d’une mucosité grisâtre, qu’on enlève avec le dos du scalpel. Les parois de ce canal sont constituées par la substance blanche de la moelle; la substance grise centrale a disparu, ou plutôt c’est vraisemblablement cette substance liquéfiée quiiforme l’espèce de bouillie ou pulpe grisâtre dont le canal central est rempli. La moelle est divisée en quatre cordons, qu’on trouve à
peu près complètement isolés les uns des autres, deux antérieurs, et deux postérieurs.
Rien de remarquable dans les autres organes, si ce n’est quelques traces de phlegmasie dans le tube digestif, et une rougeur remarquable de la surface interne de la vessie.,
Ce fait très-intéressant, qui m’a été communiqué par M.. Andral fils , fournit à la fois un exemple de ramollissement de toute l’étendue de la moelle épinière, ce qui est rare, et une preuve de la marche que suit ordinairement la myélite dans son développement. J’ai dit précédemment que cette inflammation commençait dans les centres gris de la moelle qui constituent la partie la plus vasculaire de ce cordon nerveux, et qu’elle s’étendait ainsi du centre à la circonférence en envahissant ensuite la substance blanche. Or, nous voyons dans cette observation la démonstration de ce fait pathologique et des conséquences physiologiques que j’ai déduites de l’organisation de la moelle épinière. En effet, j’ai avancé , contre l’opinion de plusieurs physiologistes, que la substance grise centrale n’était point aussi étrangère à la production du mouvement et de la sensibilité qu’on a cherché à l’établir d’après diverses expériences et quelques faits d’anatomie comparative; qu’elle partageait avec les faisceaux de substance blanche auxquels elle correspond , la propriété départie à chacun d’eux, et que les connexions réelles des nerfs rachidiens avec la substance grise venaient à l’appui de cette opinion. L’observation qui précède justifie donc pleinement celte manière de voir , puisqu’il y avait ici
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paralysie du mouvement et de la sensibilité, et que la substance grise centrale était la seule partie de la moelle épinière qui fût désorganisée.
Quant à la paralysie, elle s’est manifestée de haut en bas, mais avec cette différence qu’elle a envahi successivement les deux membres supérieurs avant de s’étendre aux inférieurs. Nous allons voir que ces phénomènes peuvent suivre une marche inverse, c’est-àdire ascendante; de sorte que le mouvement, d’abord plus ou moins gêné dans l’un des membres inférieurs, devient peu à peu également difficile dans le membre opposé, qu’une paraplégie y succède, et qu’enfin les membres supérieurs finissent eux-mêmes par être affectés de la même manière.