‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 50 sur 84 · OBSERVATION XCIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XCIV

Affaiblissement progressif du mouvement dans les membres inférieurs; conservation de ^sensibilité ; paraplégie ; Contracture des membres ; au bout de quelques années , mêmes phénomènes dans le membre supérieurdu côté droit, puis dans celui du côté gaUcbe; constipation habituelle; excrétion urinaire involontaire.

d’un tempérament sanguin , d’une constitution assez robuste , doué d’un caractère gai et d’une

imagination très-vive, avait toujours joui d’une bonne santé jusqu’à l’âge de dix-sept ans, lorsqu’à cette époque il s’abandonna à la masturbation, devint languissant, et ses forces diminuèrent chaque jour davantage. Distrait de cette habitude dangereuse, ses forces revinrent

insensiblement, et un régime convenable acheva de lui rendre en peu de temps sa première vigueur. A vingt ans il s’aperçut d’un affaiblissement assez marqué dans les mouvemens de l’articulation du pied droit, mais cette affection ne persista pas. Il eut successivement deux blennorrhagies, dont la dernière se prolongea pendant plusieurs mois.

A vingt-cinq ans, il se livra de nouveau à la masturbation, et des accidens analogues aux premiers ne tardèrent pas à paraître : en outre, les extrémités inférieures devinrent plus faibles, et parfois la sensibilité de la peau était obtuse et même nulle, puis elle reparaissait. Lesbains de vapeurs , les frictions irritantes, etc. , ayant été sans effet, on conseilla l’emploi des eaux de Cauterets (Hautes-Pyrénées) : ce voyage n’apporta aucun changement dans la situation du malade. Au bout de quelques mois, la faiblesse des membres diminua un peu : M*** pouvait marcher pendant trois quarts-d’heure sans se reposer, mais il lui était impossible de rester debout plus long-temps; ses jambes refusaient de le soutenir, elles étaient amaigries sensiblement : il existait une constipation habituelle, et, depuis la dernière blennorrhagie, l’excrétion de l’urine était douloureuse. Cet état fut à peu près le même jusqu’au mois de décembre 1806 : M*** avait alors vingt-neuf ans.

A cette, époque la paraplégie devint complète; il ne pouvait plus marcher, ni même se soutenir sur des béquilles : souvent les membres inférieurs étaient engourdis; l’un et l’autre bras étaient de temps en temps le siège d’une insensibilité semblable, et parfois le sen-

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liment du toucher était obtus. L’amaigrissement des membres avait augmenté; l’excrétion de l’urine était souvent involontaire et la constipation habituelle. À cette période avancée de la maladie, M. Hallé conseilla les douches d’eau légèrement salée, et chaude à trentesix ou quarante degrés, ainsi que des frictions avec la teinture de cantharides sur toute la longueur du rachis. Ce nouveau traitement, continué pendant deux mois, produisit un effet remarquable: M*** put marcher seul, sans autre appui qu’une canne; les fonctions de la vessie avaient repris leur rhythme ordinaire; mais les envies d’uriner étaient fréquentes, et l’excrétion de l’urine était souvent accompagnée de douleur.

Dans les premiers jours de mai 1807, le malade, qui avait espéré hâter sa convalescence en voyageant dans le midi de la France, se rendit aux eaux de Digne (Basses-Alpes). L’usage intérieur et extérieur de ces eaux minérales, dont la température est très-élevée, le fatigua beaucoup, et augmenta l’affaiblissement des membres inférieurs. Comme il était tourmenté constamment par des douleurs en urinant, il fit usage de bougies emplastiques, et prit en même temps le rob de Laffecteur.

M***, toujours préoccupé de l’idée qu’une affection vénérienne, non guérie, était la cause des accidens qu’il éprouvait, persistait dans l’emploi des bougies de Dararii, lorsqu’il remarqua avec surprise, au commen-i cernent de. 1808, que, pendant qu’il maintenait une bougie dans le canal de l’urètre, la sensibilité disparaissait complètement dans le membre inférieur droit : cet

accident lui fit suspendre l’usage des bougies. A la meme époque, il observa un affaiblissement marqué dans la sensibilité des deux mains, et de la difficulté dans les mouvemens de celle du côté droit.

Voyant que la faiblesse des membres inférieurs était toujours la même, M4** se rendit aux eaux de Gréoux (Basses-Alpes). L’emploi de ces eaux sulfureuses ne produisit aucune amélioration : elles déterminèrent seulement des contractions rapides dans les membres paralysés ; il y eut encore rétention d’urine. En décembre 1808, la paralysie du mouvement devint complète, fut accompagnée de fréquentes envies d’uriner, et de tous les autres symptômes d’une phlegmasie de la membrane interne de la vessie. L’excrétion de l’urine, quoique volontaire, 11e s’effectuait jamais sans que le malade fût obligé de se presser le bas-ventre pour aider, en quelque sorte, les contractions de la vessie. Il était toujours averti du besoin d’uriner quelques minutes auparavant, de sorte qu’il pouvait éviter l’incommodité dégoûtante qui résulte d’une incontinence d’urine. La constipation était toujours la même, et le malade n’allait à la garderobe que tous les deux jours, à l’aide de lavemens; mais aussitôt que le besoin de la défécation se faisait sentir, il n’avait pas la volonté d’empêcher l’évacuation des matières qui sortaient subitement.

Les membres inférieurs offraient un degré de chaleur moindre que celui du reste du corps, et ne présentaient jamais de transpiration cutanée sensible : seulement la plante des pieds était légèrement humide. Le bras droit, ainsi que l’avant-bras et la main de ce côté ,

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étaient souvent le siège d’un sentiment de fatigue; les mouvemens y étaient moins libres, et le malade éprouvait quelquefois de la difficulté à écrire. Le membre du côté opposé 11’était nullement affecté. Le sentiment existait dans toutes les parties qui étaient paralysées du mouvement; il offrait seulement une aberration trèsremarquable : l’eau froide donnait la sensation d’un corps très-chaud. Tous ces accidens s’étaient manifestés sans qu’il eût existé jamais de douleurs dans la longueur du rachis.

Les fonctions digestives s’exécutaient en général assez régulièrement, niais lentement.

Telle a été la situation de M***, depuis 1808 jusqu’à 1819, époque où successivement le bras, l’avant-bras et la main du côté droit devinrent paralysés du mouvement. Insensiblement l’avant-bras se fléchit sur le bras, et cette demi-flexion fut accompagnée d’une rigidité très-marquée dans les muscles. Plus tard, les doigts devinrent roides, crochus, et peu à pou leur flexion augmenta tellement que l’on fut obligé de placer un tampon de linge dans la paume de la main , pour empêcher les ongles de s’enfoncer dans la peau. Vers le même temps, il remarqua un effet singulier du contact de la main sur la partie interne de chaque cuisse ( C’est exactement sur le trajet des nerfs cruraux). Lorsqu’on frotte légèrement la peau , aussitôt les membres s’étendent brusquement, comme par l’effet d’un courant galvanique, puis ils reprennent leur première position, qui est une demi-flexion permanente.

Au commencement de 1822, le membre supérieur

gauche fut le siège d’accidens semblables à ceux que le membre du côté opposé avait présentés, et en même temps la respiration devint plus difficile, la voix plus faible, la parole plus pénible ,* de sorte que le malade était comme essoufflé quand il parlait pendant quelques instans. Au mois de juin 1823, époque à laquelle j’observai M***, les accidens que je viens d’énumérer étaient toujours les mêmes. L’avant-bras du côté gauche a perdu la liberté de ses mouvemens , les doigts offrent un commencement de contracture analogue à celle du côté opposé : cependant le membre gauche , qui conserve toute sa sensibilité, peut encore se mouvoir faiblement et en totalité par suite de l’impulsion que les muscles de l’épaule communiquent au bras. Les muscles pectoraux sont dans un état de contraction permanente qui détermine un rapprochement continuel et involontaire des membres supérieurs en avant de la poitrine, et auquel on s’oppose en plaçant les deux mains le long de la partie externe de chaque cuisse.

La respiration devient insensiblement plus difficile. Il n’existe aucun trouble dans les mouvemens du cœur; le pouls est régulier, sans accélération sensible. J’ai fait administrer des douches d’eau chaude salée pendant les mois de mai et juin 1824. Elles ont eu simplement pour effet de diminuer pendant ce temps la constipation ; mais la paralysie et la contracture des membres sont restés les mêmes.

Aujourd’hui , janvier 1827, l’état de M*** offre peu de changement : la paralysie du mouvement, avec conservation de la sensibilité, existe toujours au même

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degré , ainsi que la contracture. Le corps se courbe davantage en avant depuis une chute que le malade a laite en i8a5, et dans laquelle le poids du corps porta sur la hanche droite; il existe des douleurs très-vives dans toute l’étendue du membre de ce côté, douleurs qui suivent le trajet du nerf sciatique. Cet accident a rendu les secousses convulsives des membres plus fréquentes. La constipation est actuellement plus prononcée; l’écoulement de l’urine a toujours lieu à peu près involontairement, c’est-à-dire que le malade sent bien le besoin de cette excrétion, mais il ne peut arrêter la sortie du liquide dont l'émission a lieu indépendamment de la volonté. Quanta l’évacuation des fèces, elle s’opère aussi sans que le malade ait la conscience de leur passage. D’ailleurs, les facultés intellectuelles conservent toute leur intégrité, et le malade prouve toujours par une conversation facile et agréable, qu’il n’a rien perdu de la gaité de son caractère, malgré l’état malheureux dans lequel il se trouve depuis tant d’années.

Symptômes.

Les premiers phénomènes qu’on observe le plus souvent au début de la myélite aiguë, consistent dans un engourdissement des doigts ou des orteils, accompagné de gêne dans les mouvemens, et parfois d’un sentiment de froid désagréable. Ces symptômes se manifestent successivement dans la totalité des membres, et s’étendent au tronc. Il peut arriver aussi que des convulsions partielles ou générales se développent dès

t)E LA MOELLE ÉPINIÈRE.

le début de cette inflammation, sans qu'il y ait de fourmillement incommode avec difficulté des mouvemens. En même temps, ou peu après l’apparition de ces phénomènes, le malade se plaint d’une douleur profonde et plus ou moins vive dans un point de la longueur du rachis, qui correspond à la partie du centre , nerveux où siège l’inflammation. Cette douleur peut se propager dans toute la longueur du dos, et suivant quelques auteurs, elle est exaspérée par les mouvemens. Mais il est probable qu’on a noté cette dernière circonstance dans des cas de méningite rachidienne , considérée comme une inflammation de la moelle épinière, méningite dans laquelle nous avons vu que les malades éprouvent les plus vives souffrances dans le dos quand on cherche à les déplacer ou à les soulever légèrement. Les observations qui précèdent ont fait voir, en effet/ qu’il n’y a ordinairement rien de semblable dans les cas de myélite simple; tandis que nous avons remarqué cette exaltation morbide de la sensibilité chez deux malades où la myélite était accompagnée de méningite.

Suivant Klohss (1), la douleur est augmentée par le décubitus sur le dos , surtout lorsque le m'alade repose sur un lit de plume et non sur un matelas. Elle n’est jamais rendue plus aiguë par la pression (2). Quelquefois la douleur dorsale m’est pas sensible, et l’on peut employer alors, pour diriger plus convenablement les

(1) Disscvt. tle Myelitide, pag 32.

(2) Harles, ouv. cité, pag. 5g. Bréra , délia Rachialgilc. Alti dclt’ Acad. ital. di sc. Livbrno , 1810.

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moyens thérapeutiques employés contre la myélite , le procédé indiqué par Copeland (i), dont J. Frank a reconnu plusieurs fois l’avantage (2), et qui consiste à promener une éponge ipibibée d’eau chaude sur toute la longueur du rachis. Dans tous les points où les vertèbres ne sont pas affectées, le malade ne ressent que l’impression de la chaleur de l’eau qui imbibe l’éponge; mais dès qu’elle se trouve vis-à-vis la vertèbre affectée ou au niveau de la portion enflammée de la moelle, il éprouve aussitôt un sentiment de chaleur brûlante. J’ajouterai que l’on peut aussi reconnaître à quelle hauteur existe la myélite, en portant successivement un ou deux doigts sur toutes les apophyses épineuses, et en présent légèrement sur chacune d’elles. J’ai vu deux fois des malades ressentir ainsi de la douleur dans un point qui jusque-là n’avait, été le siège d’aucune sensation appréciable; ils éprouvaient simplement un défaut de force dans les mouvemens , et ne pouvaient rien serrer un peu fortement entre leurs doigts. Dans le cas où une douleur existerait , son accroissement par la pression sur les aphophyses épineuses pourrait alors, concurremment avec les autres symptômes , éclairer sur sa véritable cause, et empêcher de la confondre avec une douleur rhumatismale.

Tantôt la paralysie suit une marche ascendante , gagne successivement la partie supérieure du tronc, les membres supérieurs, et en montant ainsi graduelle-

(1) übs. on tlic sympl. and treat. of the disead. spin. , etc. L011dorç, ,t8i5.

(2) Prax. med. , toni. 6, pag. 26.

ment, elle détermine la cessation de respiration et la mort par asphyxie; tantôt, au contraire, on voit ces acçidens suivre une marche opposée, et se propager de haut en bas; dans certains cas, la paralysie du mouvement existe sans altération de la sensibilité; d’autres fois, mais plus rarement, la sensibilité seule est abolie : ces différences dépendent de la partie de la moelle qui est le siège de l’altération. Ordinairement, la paralysie se manifeste d’abord seulement dans un côté du corps, puis ensuite dans l’un et l’autre , et alors le pied ou la main devient isolément le siège de fourmillemens.et de stupeur, suivant que les symptômes se manifestent de haut en bas ou de bas en haut ; communément tout le membre est affecté en entier avant que les mêmes phénomènes ne se développent dans celui du même côté. Le sentiment est plus ou moins altéré en même temps que le mouvement, suivant que le ramollissement occupe plus ou moins les cordons antérieurs et postérieurs. Il peut arriver aussi que les membres inférieurs soient successivement paralysés avant que les membres supérieurs le deviennent, et vice versa. Enfin, cet accident peut les frapper simultanément. Ajoutons que lorsque la myélite existe dans la portion dorsale ou lombaire, les membres inférieurs seuls sont affectés, et que les» supérieurs ne le sont que lorsque le ramollissement occupe la pprtion cervlcal-e de la moelle épinière. D’un autre côté, les observations que j’ai rapportées prouvent qu’il n’en est pas toujours ainsi, et que les parties situées au-dessous du point désorganisé peuvent quelquelois conserver leur mouvement et leur sensibi-

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lilé : cette circonstance est une exception rare à ce qui arrive le plus souvent. Quant à la sensibilité, j’ai fait remarquer qu’elle ne paraissait être exaltée que lorsque la myélite était accompagnée de méningite, et que c’est surtout alors que les membres inférieurs sont le siège de douleurs excessives. Cependant, chez un individu que j’ai eu l’occasiôn d’observer, et qui n’offrit aucun signe appréciable de méningite, le plus léger contact exaspérait ces douleurs à un point extrême ; de sorte qu’étant couché, il ne pouvait même supporter le drap qui le couvrait.

En général, les fonctions de l’intestin et de là vessie sont plus ou moins lésées, mais plus particulièrement celles de l’intestin ; d’où il résulte eommünément, dèsle début, une constipation assez opiniâtre. 11 peut arriver que l’excrétion de l’urine continue d’être volontaire pendant quelque temps, mais la rétention survient ensuite. On n’observe habituellement les phénomènes contraires, c’est-à-dire l’évacuation involontaire des fèces et de l’urine, qo’à une époque plus ou moins éloignée de l’invasion de la maladie : rarement ils se manilestent dès le commencement. Au reste , la constipation peut exister jusqu’à la lin , et l’excrétiôh de l’urine peut .rester volontaire. d — tu;: r- ■ »

Dans la période d’acuité , le pouls est Ordinairement fréquent, développé, irrégulier, tumultueux; en un mot , appareil fébrile offrant quelquefois des paroxvsmes; la respiration' est gênée et fréquente.

Tels Sont Jes symptômes généraux dépendant spécialement de là myélite aiguë; mais les communications

nerveuses si multipliées de la moelle épinière avec les divers appareils organiques, sont la source d’une foule de phénomènes sympathiques que je vais examiner en décrivant les symptômes qui se présentent plus particulièrement, suivant que l’inflammation a son siège dans la portion crânienne de la moelle épinière, et dans les régions cervicale , dorsale et lombaire. En général, on n’observe de lésion des facultés intellectuelles que dans le cas où la phlegmasie occupe le bulbe céphalique de la moelle ou ses prolongemens, et l’on ne remarque pas de roideur du tronc, de courbure du rachis, comme dans la méningite rachidienne, symptôme qui doit nécessairement faire distinguer l’inflammation des membranes de celle du tissu même de la moelle épinière.

Quand la portion supérieure ou crânienne de ce cordon nerveux est le siège de l’inflammation, il y a souvent alors trouble des sens, délire furieux, trismus, grincement des dents ; la langue est rouge , sèche ; la déglutition difficile , la parole impossible ; les mouvemens de la respiration sont pressés, tumultueux; des vomissemens surviennent , etc. On a vu quelquefois des symptômes d’hydrophobie : j’en parlerai plus tard. A ces phénomènes succède une hémiplégie plus ou moins subite, suivie d’une paralysie générale, ou bien une hémiplégie seule, suivant que le ramollissement occupe un seul cordon ou les deux cordons anterieurs de la moelle. Le siège du ramollissement annonce ici que le mouvement seul doit être anéanti, tandis que la sensibilité générale reste intacte,

7°6 MYÉLITE OU INFLAMMATION

puisque les cordons postérieurs ne sont dans ce cas aucunement lésés : c’est en effet ce que nous avons vu dans l’observation lxxvi. Dans celle qui la précède, on }i’a pas fait mention de cette distinction en parlant de la paralysie générale dont le malade fut affecté avant de succomber; mais tout porte à croire que le mouvement seul était aboli.

Lorsque la myélite réside dans là portion cervicale , on remarque assez souvent une douleur vive à la nuque et dans la partie postérieure du cou, une rigidité prononcée dans les muscles de cette région , de même que dans les membres supérieurs qui sont quelquefois agités de mouvemens convulsifs , et d’autres fois paralysés. La respiration est ordinairement très- pénible , diaphragmatique. La myélite aiguë qui occupe cette région peut être précédée d’un sentiment de gêne dans la déglutition , et des autres symptômes d’une angine plus ou moins intense; ces phénomènes persistent quelques jours avec accélération et dureté du pouls , et il survient ensuite des fourmillemens dans les doigts de Tune ou de l’autre main , auxquels succède plus tard la paralysie des membres supérieurs sans celle des inférieurs, mais ordinairement des uns et des autres. La dyspnée s’accroît rapidement, et le malade succombe. Suivant M. Desportes (i), quelques torticolis doivent être rapportés à l’inflammation de cette partie de la moelle, et cette phlegmasie donne lieu en même temps à une douleur singulière, insupportable, à la région occipitale , avec oppression ou gêne de la respiration, impossibilité de

(i) Revue méd. Février i8ci5.

supporter la tète dans une place ou dans une autre, quoiqu’au toucher les muscles du cou soient à peine sensibles. Je ne connais pas d’observation où l’on ait constaté par l’autopsie que la myélite ait donné lieu à de semblables phénomènes. J’ai cité plus haut(i), d’après le docteur Polletti, un exemple de contracture des muscles du cou; mais elle était due à l’inflammation chronique des méninges et du névrilème des paires cervicales , et non à celle de la substance médullaire.

Dans le cas où l’inflammation du tissu nerveux se développe dans la portion dorsale , entre les deux renflemens, on observe plus particulièrement des secousses convulsives et continues du tronc, auxquelles les membres ne participent pas, à moins que la désorganisation n’occupe une partie des renflemens. La respiration est courte, précipitée, et s’effectue en totalité par l’action des muscles respirateurs externes (2). Il y a des palpitations et des battemens du cœur irréguliers, quelquefois assez forts pour faire croire à l’existence d’un anévrysme, et un état fébrile général, marqué par l’excitation de toutes les fonctions.

Quand la partie inférieure de la portion dorsale et la portion lombaire, ou mieux, le renflement crural de la moelle, sont le siège de l’inflammation , on observe plus particulièrement alors la paralysie des membres inférieurs, l’écoulement involontaire ou la rétention des matières fécales et de l’urine; une douleur profonde,

(0 v°y- pag- 593.

(2) Voy. pag. 3i4 , Symptômes des plaies et contusions de la portion cervicale de la moelle.

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bornée à la région des lombes. Le malade éprouve quelquefois des coliques vives, des contractions convulsives des parois de l’abdomen, la sensation d’un serrement pénible dans cette région. Quant aux fonctions de l’intestin et de la vessie, j’ai vu plusieurs paraplégies traitées dès leur début par des émissions sanguines locales et générales, et qui avaient été suivies de guérison , dans lesquelles la paralysie du rectum et surtout de la vessie', avaient disparu en quelques jours, tandis que l’engourdissement des membres inférieurs avait persisté au même degré, et n’avait diminué d’intensité qu’après un temps plus ou moins long. Cette portion de la moelle épinière exerce une influence manifeste sur l’utérus : aussi avons-nous vu l’afflux périodique du sang accompagné de douleurs lombaires qui se dissipaient après la cessation des règles; d’un autre côté, la menstruation peut s’établir malgré l’existence d’une paraplégie complète (observation xvm), et s’il y a grossesse, les parois utérines peuvent être frappées d’inertie lors de l’accouchement (i) : M. Chaussier a cité un fait qui prouve qu’il n’en est pas toujours ainsi (2). 11 paraît qu’une irritation vive du renflement lombaire sans destruction de son tissu , peut produire un effet inverse, et déterminer au contraire des contractions vives et l’avortement: tel est du moins le résultat d’expériences curieuses faites par M. le docteur Brachet (3), sur les femelles de divers animaux. Enfin, on a vu des accès

(1) Foj. pag^ 3g8.

(2) Voy. plus loin l’obs. cxlii.

(3) Mém. sur les fond, du syst. nerv. gçingL Paris, 1820.

d’épilepsie chez des sujets qui offrirent à la mort un ramollissement pultacé de cette partie de la moelle.

Quand l’inflammation de la moelle épinière est chronique, on observe les symptômes généraux que j’ai décrits précédemment; seulement ils se développent lentement. Il n’est pas rare de rencontrer des individus chez lesquels la maladie s’annonce long-temps avant qu’aucun symptôme de paralysie se manifeste, par un état douloureux des membres qui en rend la moindre pression pénible, et qui est accompagné d’une douleur plus ou moins circonscrite dans la longueur du rachis. D’ailleurs , la paralysie présente dans sa marche les différences que j’ai indiquées; mais lorsqu’elle existe depuis quelque temps , assez ordinairement les membres affectés deviennent peu à peu roides, se rétractent, et restent dans un état de contracture permanente qu’on ne peut surmonter qu’avec peine, et souvent en causant de la douleur. La paralysie peut aussi n’être accompagnée d’aucune espèce de rigidité musculaire , comme

nous l’avons vu dans les trois cas d’induration de la

moelle épinière. Quelquefois les membres sont agités par des secousses comme galvaniques , quand on passe légèrement la main sur le trajet des nerfs principaux qui s’v distribuent. Indépendamment de cette rétraction des muscles dans la myélite chronique, on remarque encore dans les parties paralysées une diminution notable de température, l’absence de toute transpiration cutanée, ce qui rend la peau sèche et furfuracée par suite de 1 exloliation continuelle de l’épiderme. Cet abaissement de la chaleur résulte de l’affaiblissement de la circu-

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lation, qui donne lieu aussi à un œdème plus ou moins prononcé des membres , et particulièrement de la face dorsale des pieds et des mains. Enfin, il peut y avoir en môme temps une douleur lombaire analogue au lumbago; les malades marchent courbés en avant, se plaignent d’un sentiment de malaise ou d’engourdissement le long du rachis.

A ces symptômes propres de la myélite chronique, se joignent des phénomènes secondaires, qui sont la conséquence des liaisons de la moelle avec les organes thoraciques et abdominaux ; nous avons vu qu’à l’état aigu cette inflammation exerçait parfois .me influence manifeste sur le cœur dont les battemens devenaient tumultueux et très-forts. A l’état chronique, elle produit des palpitations, de l’essouflement, des suffocations fréquentes : je ne doute pas que cette inflammation soit souvent la cause de l’asthme que les auteurs ont décrit comme idiopathique ou essentiel. Il en est de même de l’angine de poitrine dont les accès commencent tantôt par un sentiment de douleur et d’engourdissement des membres supérieurs qui s’étend ensuite à la poitrine, et tantôt par une douleur qui se propage au contraire du thorax aux bras, aux avantbras, et jusqu’à l’extrémité des doigts.

Quant aux organes abdominaux, indépendamment des changemens qui surviennent dans l’excrétion de l’urine, et de la constipation plus ou moins opiniâtre qui existe constamment, et qui n’est ordinairement remplacée par l’évacuation involontaire des fèces que dans les derniers temps de la vie, les malades

éprouvent quelquefois la sensation d’une constrietion très-forte des parois de l’abdomen. J’ai vu une dame qui ressentait dans le ventre un serrement analogue à celui qu’eût produit une corde dont le nœud eût été fixé sur les vertèbres lombaires , et alors le mouvement des membres inférieurs était plus difficile; mais dès que cette sensation se dissipait, la progression devenait plus facile ; chez elle aussi, les bains d’étuve répétés n’avaient pu ramener la transpiration dans les extrémités inférieures. Des coliques, des crampes d’estomac, des tiraillemens douloureux dans le bas-ventre, sont autant de phénomènes sympathiques qu’on remarque- aussi chez certains individus. En général, les facultés intellectuelles sont intactes dans la myélite chronique, et les symptômes cérébraux, quand il en existe, ne sont que passagers.

Pronostic.

La myélite aiguë se termine le plus souvent par la mort qui peut survenir du troisième au quatrième jour. M. Th. Chevalier (i) rapporte a qu’un meunier faisant effort pour lever un sac de farine , perdit soudainement l’usage des membres inférieurs : il mourut le quinzième jour après l’accident. On trouva le canal vertébral évidemment enflammé, et rempli d’un sang mêlé avec une matière sanieuse. Le faisceau des nerfs sâcrés était dans un état de putrilage plus avancé qu’on ne le trouve sur des nerfs mis en macération dans l’eau depuis plu-

(1) Med. chir. trans. , tom. 8.

712 MYÉLITE OU INFLAMMATION

sieurs semaines. » Maccari ( i ) a vu un malade succomber

le dix-huitième jour.

La mort est surtout rapide dans les cas où la myélite occupe la région dorsale. Le docteur Earl (2) a observé aussi que les symptômes acquièrent alors bien plus rapidement un haut degré d’intensité , et que la maladie est plus promptement funeste; ce qu’il attribue avec assez de raison à l’étroitesse de cette partie du canal rachidien que la moelle épinière et ses membranes ne tardent pas à remplir entièrement par suite de la congestion vasculaire et de l’exhalation plus abondante de liquide qui ont nécessairement lieu : je crois qu’il faut ajouter aussi le gonflement de la moelle épinière elle-même dans le commencement de la myélite. Il résulte du concours de ces diverses causes, que le cordon nerveux éprouve une compression qui ne peut, en effet, que hâter les progrès de l’inflammation. Cette phlegmasie est susceptible de guérison quand elle se prolonge pendant un ou plusieurs mois (obs. lxxxii): M. Latour en a rapporté d’assez nombreux exemples (3).

La myélite chronique n’a point de durée bien déterminée; les malades qui en sont affectés peuvent vivre quinze ou vingt ans paralysés plus ou moins complètement des quatre membres, en conservant toute l’intégrité de leurs facultés intellectuelles : cependant le terme le plus ordinaire est deux, trois ou quatre ans, et les accidens s’aggravent dès qu’il se développe une

(1) Annales de la Société méd. de Montpellier , loin. 2 , pag 5.

(2) Transact. philos., an.; 1822 , deuxième partie.

(3) Mém. de la Soc. inéd. d’Emul. , loin. 6, pag. (12.

cscarrc large au sacrum. Comme cette phlegmasie est souvent obscure dans son principe , qu’on la confond avec des douleurs rhumatismales , il est quelquefois assez diflicile d’apprécier avec exactitude de quelle époque date la maladie, quand les individus viennent à succomber. Dans certains cas, on voit tous les accidens disparaître sous l’iniluence d’un traitement convenablement dirigé, lors même qu’ils existent depuis plusieurs années.

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