‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 51 sur 84 · OBSERVATION XCV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XCV

Douleurs dorsales depuis deux ans avec flexion du corps en avant ; tiraillemens douloureux dans la poitrine et l’abdomen ; affaiblissement et engourdissement des membres inférieurs ; disparition successive des accidens dans l’espace de trois mois , à la suite d’un traitement antiphlogistique. Guérison.

M. C***, âgé de vingt ans, d’un tempérament lymphatico-sanguin ,' était depuis deux ans affecté d’une maladie qui avait son siège dans le rachis, et pour laquelle il avait consulté plusieurs hommes de l’art, quand il s’adressa à M. le docteur Marinus, dans le courant de juin 1825. Une douleur constante , qui par mornens devenait lancinante, se faisait ressentir profondément à la partie inférieure du rachis ; les organes thoraciques et abdominaux étaient le siège de tiraillemens nerveux quelquefois suivis de lipothymies; les organes de la respiration et de la digestion étaient cependant dans leur état normal. Il y avait parfois des symptômes de congestion cérébrale, comme céphalalgie, éblouissemens, stupeur y etc. Le malade marchait à l’aide d’un

7*4 MYÉLITE OU INFLAMMATION

bâton , le dos courbé en avant, et la main appliquée sur la cuisse ; la jambe gauche était fléchie, et plus faible que la droite ; les membres abdominaux étaient dans une espèce d’engourdissement. Un large exutoire avait été appliqué h la région lombaire sans aucun résultat avantageux.

Une exploration attentive de la colonne vertébrale dans toute sa longueur, ayant fait reconnaître qu’il n’y avait aucune trace d’altération des vertèbres qui semblaient toutes dans une intégrité parfaite, M. Marinus n’hésita pas à considérer la maladie comme une myélite chronique. En conséquence, il pratiqua d’abord une saignée du bras de douze onces, prescrivit une diète végétale, et l’usage de boissons délayantes et mucilagineuses. Le lendemain, le malade éprouvait du soulagement : huit sangsues furent appliquées sur le trajet du rachis, à l’endroit le plus douloureux, et ensuite des cataplasmes émolliens, pour favoriser récoulement du sang. A la suite de ces émissions sanguines, il y eut un soulagement très-grand , les douleurs étaient presque nulles, et le pouls dans l’état naturel.

Tous les deux ou trois jours, on renouvela l’application de deux sangsues sur l’endroit affecté ; tous les huit jours, le malade prenait un bain tiède, et dans l’intervalle, des boissons légèrement laxatives pour entretenir la liberté du ventre et une légère révulsion. Au bout d’un mois environ de ce traitement, les douleurs rachidiennes étaient totalement disparues , de même que les phénomènes sympathiques développés consécutivement à l’affection de la moelle épinière. M. Ma-

rinus avait laissé supprimer graduellement, quoiqu’à regret, l’exutoire placé à la région lombaire; mais il n’en résulta rien de fâcheux. A cette époque, M. C*** pouvait redresser le rachis, se tenir droit sans éprouver la moindre douleur; il commençait même à pouvoir marcher sans le secours d’un bâton; enfin, il ne lui restait plus de sa maladie qu’une débilité des membres abdominaux.

En même temps qu’un régime plus tonique fut prescrit, on administra matin et soir une pilule de strychnine (strychnine pure, gr.yy, conserv. de ros. 3 fi, pour vingt -quatre pilules), des pédiluves. Le retour momentané d’une légère congestion cérébrale détermina l’application de quelques sangsues aux tempes , et vers la fin de septembre, M. C*** jouissait d’une santé parfaite; les mouvemens des membres inférieurs s’étaient rétablis, et tout était rentré dans l’état normal (1).

L’influence du traitement antiphlogistique ne peut être ici mise en doute , et c’est à la persévérance qu’on a mise à le suivre qu’on doit la guérison qui a eu lieu si rapidement. Il est à remarquer que l’application d’un exutoire dans la région lombaire n’avait apporté aucune amélioration dans les accidens, quoique l’emploi de ce moyen soit assez ordinairement alors suivi de guérison : les cures nombreuses obtenues par M. Latour (2) l’attestent’suffisamment, mais il faut continuer long-temps ce traitement.

(1) Annales de la mëd. pîiysiol. Août 1826.

(2 ) Loc. cit.

MYÉLITE OU INFLAMMATION

Causes.

A l'exception des causes apparentes, comme les efforts, les chutes, les coups violons portés sur le rachis, l’altération des vertèbres produite par une violence extérieure, par une carie scrofuleuse ou le rachitis, l’insolation par un temps chaud (Bergamaschi (1)), il est le plus souvent difficile de connaître les causes internes qui peuvent donner lieu à la myélite : ce que j’ai dit en traitant des congestions rachidiennes jette quelque jour sur cette étiologie.

La suppression des règles et des hémorrhoïdes fluentes peut , suivant V ogel (2), déterminer cette inflammation. On la voit aussi se développer, selon Frank (3), consécutivement à une frénésie, à une pneumonie, et ainsi que nous l’avons vu, à l’inflammation des organes digestifs. M. Ribes (4) pense, comme ce dernier auteur, que le rhumatisme en est souvent la cause. 11 ne paraît pas que le sexe et l’âge apportent quelques différences dans la fréquence de cette phlegmasie.

Traitement.

Les moyens qu’on peut employer pour combattre cette inflammation à son début sont à peu près les mêmes que ceux qui ont été indiqués pour la méningite rachidienne. Tels sont les saignées générales, les sang-

(1) Osserv. sul infiammazione délia midol. spin. Pavia , 1810.

(2) Handbuch (1er prakr. arz. Wiss. , tom. 4 , pag. 35.

(3) De curandis hom. morb. Epitome , lib. 1 1 , pag. 5o et 5i.

(4) Dict. desSc. méd. , article Vertèbre.

sues appliquées en grand nombre sur la région dorsale , les ventouses scarifiées sur la même partie, les bains tièdes long-temps prolongés , et qu’on dispose de manière à y placer le malade sans imprimer de mouvemens au tronc, des lavemens légèrement laxatifs, s’il n’existe pas de phénomènes d’irritation des voies digestives, une diète sévère, des boissons délayantes : quelques auteurs ont préconisé les fomentations froides. Au bout d’un mois ou cinq semaines, lorsque les phénomènes d’excitation sont calmés, il faut administrer des douches d’eau chaude à 32° ou 34% et fortement salée, sur la longueur du rachis , à l’aide d’un conduit mobile adapté à un bassin élevé de six ou huit pieds, suivant la force qu’on veut donner au jet de la douche. L’ouverture du tuyau doit varier d’un demi-pouce à un pouce de diamètre. On peut aussi appliquer à la même époque deux cautères sur les côtés des apophyses épineuses, là où le malade perçoit de la douleur. J’ai déjà dit que ce dernier moyen avait réussi très-fréquemment entre les mains de M. le docteur Latour.

Dans la myélite chronique, on met en usage avec avantage un traitement antiphlogistique modéré , mais continué pendant plus ou moins long-temps, lorsqu’il existe des douleurs aiguës , des congestions cérébrales assez fréquentes. Quand il n’y a au contraire qu’une paralysie sans douleur et sans aucuns phénomènes d’excitation , c’est alors qu’il faut employer les révulsifs sous différentes formes et de plus en plus énergiques. On a vu plusieurs fois des purgatifs répétés produire d’heureux effets : à l’extérieur, on commence par des fric-

Page 1