OBSERVATION XCVI
Tumeurs cncéphaloïdes des enveloppes de la moelle épinière , survenues à la suite d’une chute sur le dos (2).
« Un jeune garçon, âgé de dix ans, après avoir fait une chute sur le dos, se plaint tout à coup, au bout de quelque temps, de ressentir des douleurs très-variées
(0 VoJ- pag. 490.
(2) Obs. recueillie par le doct. L. Wolfjun. (Gazette médicochirurg. , publiée par Nep. Ehrhart , mai 1825. Inspruck. ) Extrait du Bnllet. des Sc. méd. de M. de Férussac. Janvier 1826.
PRODUCTIONS MORBIDES
aussitôt qu’il marche $ et deux mois plus tard, il est contraint de garder le lit ; il y demeure Couche sür le dos, et dans l’impossibilité de se mouvoir. Dès ce moment, la faiblesse augmente journellement, une fièvre lente survient, l’urine est rendue involontairement, et la paralysie des membres inférieurs ne tarde pas à être complète. Un traitement antiphlogistique n’ayant apporté aucune amélioration dans l’état du malade, il entre à l’hôpital. En examinant la partie postérieure du tronc, M. Wolf observe à la partie supérieure du dos une grosse tumeuf qu’on ne peut comprimer sans Occasionner des vertiges et un sentiment pénible à la partie antérieure de la tête : une seconde tumeur ne tarde pas à se manifester à la région lombaire, tous les symptômes acquièrent plus d’intensité, et le malade succombe.
» A l’ouverture du canal rachidien , on remarqua d’abord que les apophyses épineuses des deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième, septième et huitième vertèbres dorsales, étaient complètement disparues ; les apophyses transverses de ces mêmes vertèbres étaient cariées. Les deux tumeurs qui faisaient saillie pendant la vie étaient formées par deux masses blanchâtres , assez dures , adhérentes à la moelle épinière. Celle-ci n’avait subi elle-même aucune altération notable; à peine remarqua-t-on un léger ramollissement dans les parties correspondantes aux deux tumeurs; mais les enveloppes de ce cordon nerveux étaient détruites dans ces mêmes endroits. La tumeur inférieure pesait environ huit onces, après une macération de
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vingt-quatre heures dans l’eau. Son aspect était celui de la substance encéphalique; mais sa consistance était plus grande que celle de ce tissu. La tumeur était entourée d’une enveloppe membraneuse ; et l’on pouvait même y distinguer une portion grise et une portion blanche ou médullaire.
» D’après ces faits et les recherches chimiques auxquelles il s’est livré, M. Wolf n’hésite pas à regarder cette altération comme un fongus médullaire, se fondant particulièrement sur la description que M. Maunoir en a donnée. En considérant, d’ailleurs, la caüse occasionnelle de la maladie, qui a été la chute sur le dos, l’auteur regarde le développement des deux tumeurs comme le résultat de l’inflammation chronique qui a dû suivre cet accident. »
Il est à regretter que le traducteur ait été aussi concis dans l’extrait qu’il a donné de cette observation importante, et qu’il ait omis de parler de la tumeur supérieure. L’auteur, M. Wolf, a sans doute donné plus de détails sur les connexions des deux tumeurs avec les enveloppes membraneuses de la moelle; et quoique la description indique assez positivement que ces membranes étaient le siège de l’une et l’autre tumeurs, on ne pouvait trop insister sur l’indication précise de leurs rapports réciproques.
On trouve une observation analogue dans le Mémoire d’Abercrombic (i). Un jeune homme, âgé de quatorze ans, tomba d’un second étage sur le dos qui lut le siège d’une contusion violente, sans qu’il y eût
(i) Loc. cit. , in Annal, clin, de Montpellier.
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fracture ou déviation du rachis. Il continua de marcher, quoique éprouvant une faiblesse extrême ; mais trois ans et demi après l’accident, il se plaignit d’une douleur violente dans le dos, les jambes et les cuisses; une tumeur se développa dans la région lombaire, et acquit bientôt un volume considérable; sa surface était rouge, parcourue de veines dilatées. Dans peu de temps, une paraplégie complète se manifesta, avec incontinence d’urine, selles involontaires, amaigrissement de plus en plus grand, et mort six ans après l’accident. On trouva à l’autopsie une masse fongueuse, analogue à la substance médullaire du cerveau, qui prenait naissance de la moelle épinière, s’étendait de la troisième vertèbre lombaire jusqu’au coccyx; plusieurs vertèbres lombaires et dorsales étaient plus ou moins altérées par la carie.
On voit d’après ces divers exemples, que lorsque les tumeurs encéphaloïdes de la dure-mère rachidienne se développent de dedans en dehors, la moelle épinière peut n’être pas altérée, et l’on n’observe pas d’autres symptômes que ceux d’une compression lente de ce cordon nerveux. Mais lorsque la saillie de cette production morbide existe particulièrement en dedans du canal rachidien, la moelle épinière et ses membranes ne tardent pas à devenir le siège d’une inflammation plus ou moins vive dans le voisinage du tissu accidentel, et les malades offrent les divers phénomènes qui caractérisent la myélite et la méningite rachidienne.
OBSERVATION XCVII (l)*
Au début, douleurs lancinantes dans l’abdomen et la poitrine, ensuite dans le bassin et les membres inférieurs ; plus tard, impossibilité de marcher et attaques de convulsions dans ces derniers ; insensibilité, immobilité et flexion avec rigidité de ces extrémités qui sont le siège d’élancemens très-douloureux. Au niveau de la dixième vertèbre dorsale , tumeur cérébriforme derrière la moelle qui est ramollie dans toute son épaisseur.
Thérèse Morin , ouvrière en linge , âgée de cinquante deux ans, avait joui d’une assez bonne santé jusqu’en 1819, où elle commença à ressentir des douleurs lancinantes dans l’abdomen et dans la poitrine ; elle les attribuait alors à la suppression de l’évacuation menstruelle, parce qu’elle avait éprouvé plusieurs fois un soulagement momentané par l’application de sangsues à la vulve. Au bout de quelques mois, ces élancemens \ abandonnèrent le thorax et l’abdomen, et se firent sentir, avec beaucoup plus de violence qu’auparavant, dans le bassin, les membres pelviens, et particulièrement le gauche. Les extrémités inférieures devinrent dès-lors le siège des phénomènes les plus variés : elles étaient tantôt froides, tantôt brûlantes et engourdies; le plus souvent, elles faisaient ressentir le prurit lê plus douloureux; elles étaient ou complètement immobiles, ou agitées de secousses convulsives; assez fortes encore pour supporter le poids du corps de la malade , elles ne pouvaient exécuter aucun mouvement pour la marche.
(1) Revue méd. , avril 1824. Observ. recueillie par M. le docteur Colin. , - . - , LOI/'? I "
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Il semblait aussi très-souvent à la femme Morin que toutes ces parties, devenues incompressibles, imprimaient leurs formes sur les corps les plus durs. Enfin , au mois de février 1821 , les membres commencèrent à s’atrophier, et perdirent tout-à-fait le mouvement et la sensibilité. Tous les phénomènes ci-dessus étaient passagers , et n’avaient rien de constant dans leur retour. La malade passait quelquefois plusieurs jours sans éprouver autre chose qu’un sentiment de fourmillement et des irradiations douloureuses qui, partant du bassin , semblaient suivre le trajet des nerfs.
La malade n’avait pas quitté le lit depuis quatre mois, lorsqu’elle entra le i4 mai à l’hôpital Necker. A cette époque, les extrémités inférieures roides ne pouvaient être fléchies qu’avec beaucoup de peine, et en produisant des douleurs atroces. Elles étaient insensibles à toute excitation extérieure, mais toujours le siège d’élancemensvifs,fréquenset très-douloureux. Cependant, malgré cette rigidité des membres , les chairs étaient flasques et molles. La colonne vertébrale n’offrait aucune déformation , aucune saillie , et la malade n’accusait de douleur dans aucun point de sa longueur. L’état général paraissait d’ailleurs assez satisfaisant.
Tous ces symptômes persistèrent sans offrir aucun changement jusqu’au mois de janvier 1823, époque où les jambes commencèrent à se fléchir sur les cuisses, et celles-ci sur le bassin ; en sorte qu’en peu de temps la flexion fut portée à un point tel , que les talons étaient appuyés contre les lesses , et les genoux relèves sur la poitrine; l’extension forcée des membres était devenue
aussi douloureuse que l’était autrefois la flexion, et quand on était parvenu à alonger ces extrémités , elles revenaient brusquement à leur première position , dès qu’on cessait les efforts de traction. Ce dernier état persista jusqu’à la mort, qui arriva le 6 octobre i8a3, après une longue agonie.
Pendant la durée de cette longue et cruelle maladie, la malade eut, au mois d’octobre 1822, une pleurésie, dont elle fut guérie. Deux mois avant sa mort, plusieurs articulations du carpe et du métacarpe gauche , et celle du genou droit , s’enflammèrent. Les premières s’abcédèrent et suppuraient depuis six semaines , quand la malade succomba. On employa sans succès, pendant quelques jours , la strychnine qui détermina des secousses convulsives, et parut aggraver momentanément les souffrances. On administra également l’acétate de morphine à la dose d’un grain sans aucun succès.
Autopsie cadavérique.
On trouva à l’ouverture du cadavre les poumons excavés et remplis de tubercules. Cette affection n’avait pas été soupçonnée.
Ce poumon gauche adhérait partout à la plèvre costale, du côté où avait eu lieu la pleurésie.
Les articulations ci-dessus désignées contenaient un liquide purulent ; leurs cartilages étaient rugueux, et paraissaient détruits dans quelques points.
Le ceryeau était sain; le cervelet, en bon état d’ailleurs, offrait en arrière, le long de son bord sur chacun
PRODUCTIONS MORBIDES
de ses lobes, une bandelette, longue d’un pouce et demi à deux pouces, d’une substance blanche, trèsferme, très-résistante, paraissant composée de fibres accolées suivant leur longueur, et très -intimement adhérentes entre elles.
La moelle épinière était saine jusqu’au niveau de la dixième vertèbre dorsale, où se voyait à sa face postérieure une tumeur contenue entre les deux feuillets de l’arachnoïde. Cette tumeur oblongue, représentant un ovoïde de deux pouces environ de longueur, et couchée longitudinalement dans le canal rachidien, était légèrement bosselée à sa surface, d’une consistance assez ferme, d’un blanc inégalement rosé, sillonnée par de petits vaisseaux qui pénétraient dans son intérieur. Incisée, elle parut composée d’une matière homogène , assez semblable à la substance du cerveau , mais plus ferme , d’une couleur légèrement rosée , et offrant , quand on la déchirait, des granulations petites, mais bien distinctes. Elle était parcourue dans tous les sens par des vaisseaux nombreux et très-déliés ; elle n’adhérait nullement à la moelle épinière, qui, dans toute la partie qui lui correspondait , était ramollie dans toute son épaisseur à consistance de bouillie épaisse dans l’étendue de deux pouces environ , et qui , vers le point le plus volumineux de la tumeur, semblait coupée transversalement; en sorte que les deux portions, isolées par un léger intervalle , représentaient deux cônes adossés par leur sommet. Un examen très-attentif de la portion ramollie de la moelle ne laissa apercevoir aucune fibre qui ne participât à cette altération.
Les membres étaient atrophiés; le volume des nerfs ne paraissait pas diminué.
L’indication des rapports de la tumeur est trop vaguement exprimée pour qu’on puisse affirmer que cette production morbide appartînt à la dure-mère. Cependant , si Ton considère qu’elle n’adhérait aucunement à la moelle épinière, et qu’on dit qu’elle était contenue entre les feuillets de l’arachnoïde, on conçoit difficilement que , n’étant pas libre dans la eavité de cette membrane, elle n’ait pas été adhérente à la dure-mère par l’intermédiaire du feuillet séreux qui la tapisse. Quoi qu’il en soit, l’observation suivante va nous offrir également un exemple de myélite circonscrite produite par le développement d’une tumeur dans la dure-mère rachidienne.
OBSERVATION XCVIII (i).
Symptômes de myélite et de méningite rachidienne précédés des phénomènes qui annoncent un anévrysme des cavités gauches du cœur ; paralysie du mouvement et conservation de la sensibilité dans les membres inférieurs. Mort au bout de six mois. Masse fongueuse d’un jaune verdâtre , développée dans l’épaisseur de la dure-mère au niveau des premières vertèbres dorsales ; myélite dans le point correspondant.
L.-C. Gaultier, âgé de vingt-un ans, tourneur, d’un tempérament lymphatique, d’une constitution grêle et délicate, adonné à la masturbation depuis son enfance, éprouva au commencement de février 1825 une douleur légère à la région épigastrique, des digestions labo-
(0 Journ. de physiol. expér. , obs. de M. Serres. Juillet 1825.
PRODUCTIONS MORBIDES
rieuses et 4c ja constipation; en outre, depuis quelque temps il avait de la gêne dans la respiration, déterminée p^r des palpitations que la marche, et surtout la montée d’un escalier, augmentaient beaucoup.
Lors dp son entrée à l’hôpital de la Pitié, le 28 qvnl l8a5, il offrit d’abord tous les symptômes d’qpe hypertrophie des cavités gauches du cœur ; à ces symptômes, qui diminuèrent après quelques jours, il succéda des signes de péritonite et d’entérite à la suite d’utt excès dans le manger. Pendant la durée de cette dernière affection, le malade se plaignit d’une faiblesse insolite dans les membres abdominaux. Les accidens dissipés, et au moment où l’on s’attendait à voir le malade entrer en convalescence, une paraplégie complète se déclara; le malade ne pouvait remuer les jambes : la sensibilité était conservée ; à mesure même que la perte du mouvement augmentait, la sensibilité parut s’accroître; car le malade jetait des cris quand on le touchait, ou qu’on changeait la position des membres inférieurs. La vessie se paralysa peu de temps après la manifestation de la paraplégie II fallut d’abord sonder le malade, puis laisser à demeure dans la vessie une sonde qui détermina l’inflammation de cet organe; une escarre large et profonde, suivie d’ulcération, mita nu toute la partie postérieure du bassin : dês-lors lesaccidens s’aggravèrent de plus en plus, et le malade succomba le 1 1 août, six mois et demi environ après l’apparition dos premiers symptômes.
Autopsie cadavérique.
Cavité encéphalo-rachidienne. Tubercule jaunâtre, ramolli, de la grosseur d’un haricot, dans la partie postérieure de l’hémisphère droit ; il est situé au fond d’une circonvolution, et adhère à la pie-mère, sans pénétrer dans la substance corticale ; petite quantité de sérosité citrine dans les yentricules latéraux.
Le corps de la troisième vertèbre dorsale est légèrement altéré 5 la portion correspondante de la dure-mère offre une dégénération comme cancéreuse, qui s’étend depuis le corps de la troisième vertèbre dorsale jusqu’au niveau de la cinquième vertèbre cervicale. Le corps de toutes les vertèbres, en rapport avec cette altération, est blanchâtre, un peu inégal, ramolli à un faible degré : le ligament vertébral antérieur est détruit. La dure-mère, dans l’étendue indiquée, était fongueuse, dégénérée en une masse inégale, d’un jauneverdâtre, ayant la consistance des tubercules pulmonaires non ramollis : cette altération était bornée à la moitié antérieure de l’enveloppe fibreuse; la moitié postérieure était saipp. Cette masse était ainsi appliquée contre la moelle épinière; le feuillet de l’arachnoïde qui revêt la pie-mère était sain, ainsi que le ligament dentelé , dans toute la longueur correspondante à la désorganisation.
Le tissu de la moelle épinière était ramolli, et partir çulièrementau nivpau de la septième vertèbre cervical, e et des trois premières dorsales. Le ramollissement 00014pait spécialement les cordons antérieurs dont l’asppct
PRODUCTIONS MORBIDES
était d’un blanc-grisâtre, qui devint rosé après quelques heures d’exposition à l’air. Les cordons postérieurs étaient légèrement ramollis, au niveau seulement des trois premières vertèbres dorsales. Après quatre jours de séjour dans l’alcool, cette partie des cordons antérieurs est devenue granuleuse; les postérieurs ont pris la disposition fibreuse. Les branches antérieures et postérieures n’offrirent aucune altération sensible.
Thorax. Poumons sains, crépitans; le droit contenait supérieurement un petit tubercule ramolli. Cœur sain ; son volume est normal ; les cavités gauches ont leur ampleur et leur épaisseur ordinaires.
Abdomen. Épanchement rougeâtre et purulent dans la cavité péritonéale; concrétions membraniformes réunissant les intestins; quelques traces de phlegmasie dans différens points de la membrane muqueuse gastrointestinale; tubercule développé dans l’épaisseur des membranes de l’iléon, vers son tiers inférieur; vessie raccornie, épaissie, d’un rouge noirâtre.
Quoique la description de cette altération ne soit pas assez précise pour qu’on puisse déterminer sa nature qui , sous quelques rapports , semblerait se rapprocher de celle de la matière tuberculeuse ramollie, cependant j’ai cru devoir rapprocher ce fait du précédent, à cause de l’analogie des phénomènes locaux et consécutifs qui ont eu leur siège dans la moelle épinière. Les circonstances de cette observation fourniraient matière à d’assez longues réflexions que je crois devoir omettre ici, d’autant mieux que je les ai déjà rappelées en traitant de la myélite.
de la moelle épinière. 749
Le tissu cellulaire qui enveloppe et unit les diverses membranes de la moelle épinière peut être aussi le siège de dégénérescence analogue à celle dont il vient d’être question. Tantôt l’altération s’étend de proche en proche, de l’extérieur à l’intérieur du canal vertébral, par la continuité du tissu cellulaire; tantôt elle se forme spontanément et isolément au centre de la gaine méningienne du rachis.