OBSERVATION XCIX
Tumeur cancéreuse située sur la partie latérale gauche du cou , accompagnée de la paralysie incomplète du mouvement dans le membre thoracique de ce coté avec conservation de la sensibilité ; douleurs vives et engourdissement dans le membre du côté opposé ; tissu encéphaloïde développé dans le tissu cellulaire extérieur à la dure-mère de la région cervicale.
Marie-Louise Latouche portait sur la partie gauche du cou un ulcère cancéreux, large de trois ou quatre pouces dans ses différens diamètres. Le bras gauche avait conservé toute sa sensibilité, mais le mouvement y était presque entièrement aboli. Dans le bras droit , il se manifestait par intervalles une douleur vive, à laquelle succédait ensuite un engourdissement qui se propageait jusqu’à l’extrémité des doigts, et s’accompagnait de la paralysie complète des mouvemens volontaires. Toutes les autres fonctions s’exécutaient d’ailleurs comme dans l’état de santé. La malade, en proie à une fièvre continue , déterminée par l’altération locale du cou, tomba dans lç marasme, et succomba.
PRODUCTIONS MORBIDES
Autopsie cadavérique.
On reconnut que la dégénérescence cancéreuse s’étendait bien plus loin que les apparences extérieures ne l’avaient fait supposer d’abord. Tout le tissii cellulaire de la région latérale gauche du coii Semblait infiltré de matière encéphaloide. Cette production morbide, pénétrant jusqu’au rachis , se prolongeait dans l’intérieur de la portion cervicale du canal rachidien, par les trous de conjugaison, et le tissu filamenteux rougeâtre qui recouvre habituellement la dure-mère avait éprouvé la même transformation que celui qui réunissait les divers muscles du cou, où siégeaient extérieurement la tumeur et l’ulcère cancéreux. La dure-mère était ainsi doublée depuis la deuxième vertèbre cervicale jusqu’à la quatrième dorsale, par une couche blanchâtre, d’un tissu densë, opaqué, jouissant d’une cërtaine élasticité, en un ülot , offrant tbus les caractères du tissu encêphaloïdè non ramolli : cette couche de matière cé'rébri- Forinë recouvrait aussi les gaines fibreüsés qùt entoürent les nerfs à leur Sortie des trous de conjugaison : de sorte que, du côté gauche, cettfe couche, ayant âù moins une ligné d’épaissëur, avait comprimé les nerfs du plexus brachial de manière à produire là paralysie qùi existait pendàntla vie. Les racines de ces rterfs, à leur séparation dë la moelle , n’éprouvaient d’ailleurs aucüne cOinpressibn par cettë couche de matière ëérébriforme, noh plüs que là moëllë, vu la largeur du canal rachiditett dans ce pbiht. Là dure-mère semblait
DE LÀ MOELLE ÉbiNlÈïtE. 'jBl
seulement épaissie dans quelques endroits, et olfrait une légère injection en tnêrhe tefnjls que des adhérences avec cette lame de tissu accidentel qui cessait brusquement d’exister vis-à-vis les vertèbres indiquées plus haut.
Je passe à dessein les autres altérations observées sur le cadavre.
La situation de cette production morbide prouve évidemment que la paralysie du bras droit résultait exclusivement de la compression éprouvée par les nerfs rachidiens à leur sortie des trous intervertébraux; mais il est difficile de concevoir comment la sensibilité a pu rester intacte, puisque la gaine qui envelojppe chaque nerf fachidiëh était doublée par unë cduclle accidentelle d’une ligne d’épaisseur. Leè douleurs viVeà que la màlade ressentait par intervalles dans lë meinbre de l’autre côté, étaient-elles produites pàt l’inflammation de ces cordons nerveux, ou seulement par celle dë leur névrilème? La durë-mère du canal rachidien, qui était épaissie et injectée dans toute l’étendue où elle correspondait à cë tissu, fendrait cette explication assez plausible; car ces douleurs irrégulièrement intermittentes, accompagnées d’engourdissetnent et de stupeur , avaient quelque analogie avec les névralgies, et l’on sait que ces dernières sont assez Souvent caiiséès par une névrite ou une névriléinite (observations xïxm ét lxx).
PRODUCTIONS MORBIDES