‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 60 sur 84 · OBSERVATION C · texte numérisé non relu

OBSERVATION C

Céphalalgies revenant par accès irréguliers avec renversement delà tête en arrière pendant six mois; au bout de ce temps, ces symptômes accroissent d’intensité ; agitation générale; mouvemens convulsifs; état douloureux des membres qui ne sont nas paralysés; impossibilité de rester assis ; renversement du tronc en arrière sans roideur. Mort dans le sixième mois. Tumeur encéphaloïde au centre du cervelet ; couche encéphaloïde développée sur la face postérieure de la moelle épinièi’c , entre la pie-mère et l'arachnoïde ; encéphalite et méningite de la base avec épanchement de sérosité dans les ventricules.

Legrand (Jean-Pierre-Léon), âgé de onze ans et demi, entra à l’hôpital desEnfans le Ier juin 1825. Cet enfant, bien constitué, habituellement bien portant, né de parens jouissant d’une santé parfaite, n’avait jamais eu d’autre maladie qu’un point pleurétique en 1 823. Il avait une intelligence remarquable et beaucoup de mémoire, surtout pour les calculs. Il perdit son père vers le milieu de l’année 1824: celui-ci mourut subitement d’une attaque d’apoplexie, et le jeune Legrand, qui fut seul témoin de cet événement , en fut profondément affecté.

Vers les derniers jours de l’année 1824, cet enfant fut pris de céphalalgies très-intenses qui revenaientpar accès tellement violens, que le malade se renversait en arrière et poussait des cris aigus; en outre, il avait quelquefois des vomissemens. Ses facultés intellectuelles s’affaiblissaient, il n’avait plus de mémoire, était triste, n’avait de goût à rien. La vue s’affaiblissait aussi. Il est à remar-

DE t.A MOELLE ÉPINIÈRE.

quer que pendant cet état, qui existait depuis six mois, il eut une éruption croûteuse à la tête qui dura trois semaines, et que pendant ce temps la céphalalgie fut beaucoup moins intense*

Les parens de cet enfant ayant consulté un chirurgien distingué, celui-ci leur conseilla de ne plus faire travailler cet enfant,- et de le soumettre à un traitement antiscorbutique. Plus tard, il fit appliquer huit sangsues à l’anus, puis aux jambes, puis un vésicatoire au bras. Le A2 mai, deux vésicatoires aux jambes; le 29 mai, de l’huile de ricin.

Le 3i mai, céphalalgie très-intense, perte d’appétit, Vomissemens verdâtres très-abondans , convulsions légères dans les yeux; parfois l’enfant poussait des cris; agitation générale. Ilne distinguait plus les objets qu’on lui présentait. Le Ier juin, dans la journée, vingt-deux accès convulsifs, mouvemens continuels, vomissemens, agitation extrême : il porte continuellement la main à son front, comme pour dire qu’il en souffre. Il n’y a point eu d’évacuation depuis deux ou trois jours. (Diète, tisane de violettes avec sirop de capillaire.)

A son entrée à l’hôpital, à huit heures du soir, il est dans l’état suivant :

Peau fraîche, assoupissement, peu d’agitation, renversement de la tête en arrière avec céphalalgie trèsintense; impossibilité de se tenir assis; pupilles dilatées et sensibles à la lumière, mais impossibilité de reconnaître les personnes ou les objets qui sont proches. L’ouïe et la voix ne sont pas altérées; les membres sont sensibles et se remuent facilement, mais ils spnt dou-

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loureuy; le pouls est petit, lent et irrégulier. L’interne de garde qui fut alors appelé, prescrivit l’application de cinq sangsues derrière chaque oreille , des sinapismes aux pieds, et l’application de compresses imbibées d’eau froide sur le front : les sangsues ne furent pas appliquées, le reste fut exécuté.

Le 2 juin : toute la nuit, agitation extrême, plaintes, cris, et douleurs vives dans toutes les parties du corps, principalement dans le dos ; au matin , la face est peu animée , les pupilles dilatées , mais sensibles ; la sensibilité et la motilité sont parfaites; le malade répond parfois aux questions qu’on lui adressera peau est chaude, le pouls fréquent ,! peu développé;' la respiration est irrégulière, mais elle s’entend bien sans râle; la toux est laryngée; le malade a des 'envies de vomir sans vomissement; le ventre n’est pas douloureux, il y a constipation. (A huit heures du matin, saignée du bras d© six onces. )

Après la saignée, le pouls s’est releté, et est plus plein et plus développé. Du reste, même état.

A la visite, le pouls donne quatre-vingt-huit à cent pulsations; la respiration est très-irrégulière; il y a entre quelques inspirations une suspension totale de la respiration pendant plusieurs secondes, ou bien il y a quelques légères inspirations entre deux trèsgrandes.

Le malade n’a pas la conscience des objets; il remue continuellement les membres quand il est assis ; il se renverse en arrière; il parle à chaque instant sans raison; parfois il est assoupi, dans d’autres momens il est

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agité. (Saignée de la jugulaire, six onces, sinapismes aux jambes, glace sur la tête. )

Pendant la saignée, le malade ne peut sé Soutenir assis; il remue continuellement, se renverse'en arrière, mais n’a pas de roideur dans le tronc. Après cette saignée, il y eut du calme- pendant une heure, mais l’agitation revint; le pouls était plus faible; la- face était alternativement rouge et: pâle; il n’y- avait:‘pôint eu d’évacuation alvin'o ( Lavement purgatif administré sans effet).

A quatre heures de l’après-midi, convulsions dans la face et dans les bras, respiration bruyante, frêquéiite et irrégulière. Le malade ne parle plus, il rie peut plus boire, et même en lui donnant une gorgée de liquide, sa face devient violette ; il parait momentanément comme asphyxié; il ne tarda pas à s’affaiblir considérablement, et succomba, à six heures du soir, le 2 juin.

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Autopsie cadàvcrique.

Appareil sensitif interne. Cerveau. L-arachnoïde qui recouvre la convexité du cerveau est sèche et luisante; les vaisseaux des circonvolutions cérébrales sont peu dilatés; le sinus longitudinal de la dure-mère est gorgé de sang liquide. Les Circonvolutions du cerveau sont un peu aplaties ; la sübstahéc cérébrale est fermé et non injectée. Les empreintes dés circonvolutions cérébrales sont très-prortoheées â là table interne dé l’os. On trouve dans chacun des ventricules trois onces de sérosité transparente; ces ventricules sont tfès-dila-

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tés; les parties moyennes du cerveau sont assez saines; cependant la cloison interventriculaire est un peu ramollie à sa partie moyenne. La membrane qui tapisse les ventricules est pâle comme celle des hémisphères; on ne remarque aucune injection, soit à la base du cerveau, soit dans les scissures de Sylvius : l’arachnoïde se détache très-facilement à la base du cerveau; dans cet endroit, la substance corticale est molle et injectée; ce ramollissement se remarque surtout à la partie inférieure de l’hémisphère gauche.

Cervelet. La membrane arachnoïde paraît épaissie à la partie supérieure du cervelet. On remarque à la partie supérieure de cet organe, en arrière de la protubérance annulaire, une tumeur ayant le volume d’un œuf de pigeon {V oyez pl. Iïl ,Jig. 5. b.). Elle est recouverte d’une membrane très-mince; elle est inégale à sa surface , molle, d’une couleur rosée, et manifestement formée de tissu encéphaloide; elle est parcourue par des vaisseaux dans quelques points; dans d’autres, les vaisseaux sont moins apparens : elle a la consistance du squirre. Du reste, la substance du cervelet est ferme, et n’est pas ramollie autour de cette tumeur.

Moelle épinière. A l’ouverture du canal rachidien , les membranes parurent distendues par un peu de sérosité : après avoir enlevé la moelle épinière avec ses membranes, nous trouvâmes la dure-mère saine, l’arachnoïde saine ; mais au-dessous de celle-ci, dans toute la longueur de la moelle, à sa partie postérieure seulement, existait, sous forme de demi-canal cylindrique, une couche accidentelle formant une nouvelle enve-

loppe bornée à la partie postérieure de la moelle {V ojr. pl. llljfig. 3. », a, a, a.). Elle avait l’épaisseur d’une ligne dans la plupart des points ; dans quelques autres , elle était un peu plus épaisse ; sa consistance était celle du tissu encéphaloïde non ramolli; elle était assez ferme, résistante, et parcourue par de petits vaisseaux ; elle présentait partout une teinte uniformément rosée. Cette couehe do tissu accidentel s’amincissait sur les parties latérales de la moelle , et semblait se confondre avec l’arachnoïde ( V^ojr . pl. Dl^Jig. 4 • a.). Le tissu de la moelle paraissait généralement moins consistant, surtout à la fin de la région dorsale.

Appareil respiratoire. La membrane muqueuse du larynx et de la trachée-artère est d’une rougeur d’autant plus, vive, que l’on s’approche davantage des bronches dont la coloration est très-intense. Les deux poumons sont parfaitement sains, crépitans, mais gorgés de sang en arrière^

Appareil circulatoire . L’épaisseur du ventricule gauche du cœur est au ventricule droit environ comme trois est à un. Le sang contenu dans tes cavités droites est noir et bleuâtre ; celui qui est dans les cavités gauches est beaucoup plus rouge.

Appareil digestif. Pharynx sain ; estomac distendu par des gaz ; membranes muqueuses de cet organe recouvertes d’un mucus épais vers le grand cul-de-sac; de plus, ramollissement complet des deux membranes dans ce point. Ganglions mésentériques un peu rouges, mais non développés. Le petit intestin contient dans sa partie supérieure un liquide jaunâtre, un ver asca-

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ride , Iombricqïde ; vers sa partie inférieure, quelques

taches . rouges et: des matières verdâtres. Dans le gros

intestin,, la valvule iléo-Gcücale est un peu rose; tout le

reste de l’intestin est parfaitement sain; foie et rate

sains.

Appareil urinaire , sain ; la vessie est seulement distendue par une assez grande quantité d’urine.

Cefte ; observation, qui m’a été communiquée par M. Guqrsqnt fils , offre un exemple bien rare de produçpp^ eqcéphaloide dans des méninges rachidiennes : je, .n^ponnais aqcun fait analogue. Il serait difficile de déterminer quels ont été plus particulièrement les phénomènes causés par cette couche accidentelle, parce que les symptômes de l’affection cérébrale pouvaient ici compliquer le diagnostic. Toutefois, cette observatioriuprou,ye que la capacité du canal rachidien peut être, notablement rétrécie dans toute sa longueur sans qu’il en résulte de lésion appréciable dans les mouvemens, et qup la quantité du liquide cérébro-spinal peut êtr(ç seqsfblement diminuée sans que des désordres fopjÇtiqnnçls(très-considérables en soient la suite, puisque noup voyons chez, ce malade la plus grande partie du canal sous-arachnoïdien .remplie par une substance solide. jG’eSjt probablement -à, la tumeur du cervelet et à l’inflapiniatipii des membranes et du tissu de la base de l’encéphale, qu’il , faut attribuer l’impossibilité de rester g^is,, et,|p renversement de la tète'en arrière. La pré§eqce (je ce.tte çpucloe eoçéphaloïde à la surface des épions .postérieurs de la moelle (ftoj, lûfig- a-t~ elle. contribué à causer cet état douloureux des mem-

DE LA MOELLE ÉHNlÈtlE.

bres, assez analogue à l’exaltation de la sensibilité qu’on observe dans la méningite rachidienne, mais sans rigidité musculaire? A-t-elle concouru à rendre la respiration aussi irrégulière et inégale?

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Tubercules développés daiiS les membranes dé là inoelle épiniêrè.

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Il n’est pas rare d’observer de la matière tuberculeuse dans l’épaisseur des membranes rachidiennes,

lorsqu’il existe une carie scrofuleuse du rachis. M. Del-

pech (i) dit que « lorsqu’on trouve dés ulcérations de ces membranes dans le mal vertébral , elles n’ont probablement pas d’aütre origine que le ràiùoîlissement des tubercules qu’elles renfermaient. » Ge qui prouve que cette dégénérescence des enveloppes de la moelle est alors dépendante de celle qui affecte le tissu osseux, c’est qu’on ne l’observe que dans le point correspondant à la. carie-. v

Quelquefois la matière est comme infiltrée dans le tissu de la membrane : d’autres fois elle forme un noyau isolé, un tubercule, en un mot, qui a son enveloppe propre. Tantôt plusieurs tubercules paraissent s’être développés d’abord isolément, puis s’être confondus en une seule masse plus ou moins volumineuse , et qui peut comprimer la moelle , d’autant plus que toujours les membranes sont alors plus ou moins épaissies.

L’observation suivante va en fournir un' exemple.

(•); Traite dçs malad. réputées cliir. , tom, 3 , pag. 64G.

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