‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 69 sur 84 · OBSERVATION CXI · texte numérisé non relu

OBSERVATION CXI

Affaiblissement progressif des membres inférieurs, avec engourdissement, puis perte de la sensibilité; constipation opiniâtre; émission de l’urine presque impossible; accroissement des accidens ; évacuations involpntaires ; mouvemens convulsifs des membres inférieurs. Mort trois ans après l’apparition des premiers symptômes. Tubercule dans l’épaisseur de la portion lombaire de la moelle épinière ; méhingite rachidienne circonscrite.

J. Mancel, cordonnier, âgé de cinquante-quatre ans, d’une constitution faible, d’un tempérament lymphatique, d’une petite stature, fut atteint à l’âge de sept ans d’une maladie de l’articulation coxo-fémorale gauche, qui guérit par ankylosé. Dans le courant de l’année 1821, il devint insensiblement et assez promptement paralysé des membres inférieurs, et cette paralysie était presque complète quand il se décida à entrer a l’hôpital Saint-Louis. Retour du mouvement après quatre-vingts

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bains de vapeur cL un repos complet : il pouvait marcher à l’aide d’une béquille.

A la fin de 1823, douleurs vives dans la région lombaire, et apparition d’une tumeur au côté gauche du dos, au niveau de l’angle inférieur de l’omoplate gauche; augmentation successive de la tumeur, avec douleurs assez vives, accompagnées d’un sentiment trèspénible dans les lombes. Ces accidens déterminent le malade à entrer à l’Hôtel-Dicu le 2 février 1824; il offrait alors les symptômes suivans :

Emaciation générale; tumeur oblongue, molle, rénitente, sans changement de couleur à la peau dans la région indiquée ci-dessus; elle est le siège d’une douleur légère avec engourdissement dans le bras gauche. Le malade se plaint de douleurs lombaires et de stupeur des membres abdominaux ; il marche avec un bâton. Toutes les fonctions en général sont dans l’état de santé. Le 9 février, M. Dupuytren applique six raies de feu sur la longueur du rachis. Le 1 4, la douleur lombaire a diminué d’intensité; l’engourdissement du bras est moindre. Au bout de quelque temps, la tumeur dorsale paraît diminuer de volume; ie malade s’affaiblit, et est tourmenté de constipation avec un besoin fréquent d’aller à la selle sans pouvoir le satisfaire. Il ne garde aucun lavement. Il y a un peu de fièvre chaque soir , soif et quelques coliques. (Bouillon aux herbes, huile de ricin). Mieux momentané.

Bientôt l’affaiblissement des membres abdominaux augmente , et est accompagné de secousses convul-

sives; la constipation se prononce davantage; efforts presque inutiles pour uriner, qui ne sont suivis que de l’émission de quelques gouttes d’urine. Perte complète du sentiment dans les membres inférieurs, qui conservent un peu de mouvement; diminution de la chaleur: c’est le malade qui se plaint de ce refroidissement qui n’est pas appréciable au loucher. Impossibilité de conserver une minute la station sur les pieds. Ces accidens augmentant , M. Dupuytren renouvelle l’application du feu. La paralysie complète de la vessie oblige à y laisser une sonde à demeure. Les jours suivans, la sensibilité parait revenir un peu dans les membres inférieurs ainsi que la chaleur, mais les mouvemens convulsifs sont plus fréquens,sans retour de plus de mouvement volontaire.

Bientôt des escarres gangréneuses se développent; la constipation devient telle qu’on est obligé de vider mécaniquement le rectum. La vessie était toujours paralysée. A la constipation succède l’évacuation involontaire des matières fécales que rien ne peut arrêter; l’affaiblissement fait chaque jour des progrès plus rapides, et le malade succombe en conservant jusqu’à la fin l’intégrité de ses fonctions intellectuelles.

Autopsie cadavérique.

Le cerveau et ses membranes sont dans l’état naturel. A l’extérieur de la dure-mère vertébrale , clans la région lombaire et derrière le corps des vertèbres , il existe de petites plaques blanchâtres, caséiformes , qu’on enlève facilement en raclant la membrane avec le bistouri. A

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la face postérieure de la moelle, on observe des plaques analogues. En incisant la pie-mère, on trouve au niveau de l’articulation de la dernière vertèbre dorsale avec la première lombaire, dans l’épaisseur même de la substance médullaire, un tubercule olivaire ayant huit à dix lignes de longueur, sept à huit d’épaisseur, et six lignes de largeur environ, qui , dans cet endroit, donnait à la moelle une épaisseur plus grande que dans l’état naturel. La substance médullaire qui l’entourait n’était ni plus molle, ni plus dure que dans l’état ordinaire : elle n’offrait aucune injection notable, et audessous de ce tubercule la moelle se terminait comme à l’ordinaire , et offrait un demi-pouce d’étendue ; les nerfs correspondans ne présentaient aucun changement dans leur volume et leurs autres caractères anatomiques. Ce tubercule était très-consistant, résistant à la pression, formé de matière tuberculeuse dure et concrète. Aucun vaisseau n’existait dans son intérieur : sa situation était exactement au centre du cordon rachidien , et on ne voyait pas qu’il fût plus rapproché de la face, antérieure que de la face postérieure de la moelle.

Le rachis n’offrait aucune déviation, aucun rétrécissement de son canal; les os étaient sains, et dans l’épaisseur des gouttières vertébrales, surtout à gauche, on trouva une collection purulente très-abondantë; l’articulation coxo-fémorale gauche était ankylosée; le péritoine offrait une injection légère; tous les autres organes étaient sains.

L’absence de toute injection de la substance de la moelle épinière dans la portion qui renfermait le tiiber-

cule, sa consistance normale, sont autant de circonstances qui prouvent que les mouvemens convulsifs qui se sont développés dans les derniers temps, n’étaient pas le résultat de l’irritation du tissu même de la moelle; tandis que les concrétions caséiformes observées dans le point correspondant sur les méninges rachidiennes peuvent en rendre raison, puisque nous avons vu que ces symptômes existent quelquefois dans la méningite.

Quoi qu’il en soit, les diverses observations qui précèdent montrent combien sont variés les symptômes produits par les tubercules qui ont leur siège dans l’épaisseur de la moelle épinière; et si le plus souvent ils paraissent donner lieu à des phénomènes d’excitation , nous voyons aussi qu’il peut arriver qu’aucun symptôme n’en annonce la présence , ou qu’il n’existe pas d’autres accidens que ceux qu’on observe dans la myélite chronique.

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