‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 70 sur 84 · III · texte numérisé non relu

III

Corps etrangers animés. Acéphalocystes.

Dans la seconde classe des tissus morbides qui se développent dans l’économie animale, il est un genre qui comprend les corps étrangers animés, parmi lesquels on trouve les vers vésiculaires, que Laënnec a désignés sous le nom d’ acéphalocystes. Il n’est pas très-rare d’en trouver un plus ou moins grand nombre contenu entre le canal osseux des vertèbres et la duremère rachidienne, ou bien dans la cavité des membranes de la moelle.

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Dans le premier cas, les acéphalocystes paraissent le plus souvent avoir pénétré par les trous de conjugaison des vertèbres, qui sont alors élargis, et qui communiquent avec un kyste plus ou moins ample, adhérent à l’extérieur du rachis. M. Chaussicr en a rapporté deux exemples : le premier est consigné dans le procès-verbal de la distribution des prix faite aux élèves sagesfemmes de la Maternité, le 29 juin 1807; je vais le transcrire ici.

OBSERVATION CXH.

Grossesse ; paralysie du mouvement et de la sensibilité des membres inférieurs ; accouchement spontané sans douleur. Mort le dixième jour. Acéphalocystes extérieurs à la dure-mère rachidienne, et comprimant la moelle épinière.

Le 12 mai (1807), on transporta à cet hospice une brodeuse, âgée de vingt-deux ans, qui était au commencement du neuvième mois de sa seconde grossesse, et qui, depuis quelques semaines, était attaquée d’insensibilité et de paralysie des membres inférieurs. D’après le simple aperçu de cette affection qui n’était accompagnée ni d’œdème, ni d’émaciation, il était bien certain que cette insensibilité, cette paralysie des membres inférieurs, dépendaient d’une compression quelconque sur l’origine ou le trajet des nerfs qui s’y distribuent. L’examen attentif que nous fîmes du bassin et du rachis dans toute son étendue, ne nous présenta aucun engorgement qui pût faire présumer quelque altération, soit dans les vertèbres, soit dans les articu-

lations du bassin. La malade n’avait point fait de chutes ou d’efforts; elle n’avait éprouvé antérieurement aucune maladie j aucune éruption qui pût faire soupçonner un dépôt profond ou une métastase sur les nerfs du rachis. L’abdomen avait le volume ordinaire à cette époque de la grossesse; il n’y avait aucun point de douleur ou d’engorgement perceptible aux sens ; le pouls était bon , la respiration habituellement libre, facile, la parole aisée ; enfin, toutes les fonctions paraissaient s’exécuter dans l’ordre naturel, et la malade conservait sa fraîcheur, son embonpoint : seulement nous apprîmes, par des recherches ultérieures, que, dès les premiers temps de sa grossesse, cette femme, qui était naturellement vive et gaie, était devenue triste, morose, souvent irascible; que, vers le troisième mois , elle éprouva , à la partie supérieure du dos et un peu à droite, une douleur sourde, mais continuelle, qui devenait plus vive par la toux, le rire, l’éternuement, et qui parfois était accompagnée d’oppression et d’une grande difficulté de respirer; que cette douleur se faisait encore ressentir de temps en temps , quoique d’une manière moins vive. A cette époque, la malade éprouva des frémissemens passagers et une sorte d’engourdissement continuel au bras droit, engourdissement qui, lorsque nous la vîmes, persistait encore, mais ne lui en ôtait pas l’usage ; le cou s’inclina aussi d’une manière remarquable en arrière et à droite, et il était si roidc, que la malade ne pouvait regarder un objet de côté, sans être obligée de tourner tout le corps.

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Vers le sixième mois de la grossesse, il y eut à l’œil droit, par intervalles, des scintillations, des frémissemens, des mouvemens convulsifs, qui persistèrent quelques semaines; la paupière du même côté fut aussi, pendant quelque temps, paralysée, et ne pouvait se relever; mais ces accidens étaient entièrement dissipés lors de notre examen.

Enfin au septième mois, après une saignée que l’on fit au bras droit, dans l’espérance de dissiper cet engourdissement dont il était affecté, le sentiment et le mouvement se perdirent d’abord dans la cuisse droite, et bientôt après dans la gauche ; de sorte que la malade, qui, jusqu’à cette époque, avait pu se lever, fut obligée à garder constamment le lit, ou à être portée sur une chaise longue. On remarqua aussi que, depuis ce temps, l’excrétion de l’urine et des matières fécales était moins facile, moins fréquente qu’auparavant.

Cet ensemble de symptômes successifs démontrait assurément bien qu’il existait sur le prolongement rachidien un point de compression et d’irritation, qui se progageait même sur différons nerfs; mais comme le siège n’en était pas exactement déterminé, comme la grossesse était fort avancée, enfin, comme alors toutes les fonctions paraissaient bien s’exécuter, on se borna à l’usage des roborans, des antispasmodiques, espérant que le temps fournirait des éclaircissemens propres à servir de base à un traitement plus efficace.

Depuis son entrée à l’hospice, pendant tout le temps du neuvième mois, l’état de la malade ne présenta aucun changement remarquable; elle était gaie, mangeait

avec plaisir, dormait bien , et passait les journées sur son lit à broder des mousselines.

Le 4 juin , à trois heures du matin , l’accouchement s’opéra tout à coup, et avec si peu de douleurs que la femme ne s’en aperçut que par la déplétion de l’abdomen et les cris de l’enfant, qui était vigoureux et pesait près de cinq kilogrammes.

Les premiers jours qui suivirent l’accouchement se passèrent fort bien; la sécrétion du lait eut lieu comme à l’ordinaire, et la malade commença à allaiter son enfant : seulement, à des intervalles éloignés, la malade éprouvait des élancemens passagers , des soubresauts douloureux tout le long des membres inférieurs, mais particulièrement au côté droit.

Le soir du quatrième jour, il y eut un accès de fièvre qui ne fut point précédé de frissons, et qui fut suivi d’une sueur abondante à la tête. Dès-lors le pouls reste serré et fréquent, la chaleur est âcre, la langue blan-r che, sèche; les lochies sont supprimées, la sécrétion du lait est diminuée, les selles deviennent fréquentes, et leur excrétion ainsi que celle de l’urine est involontaire. Cependant l’abdomen est souple, sans douleurs; mais la respiration est courte, gênée; la malade éprouve un besoin de tousser, mais ne peut le satisfaire; enfin, il se forme des taches gangréneuses au sacrum, aux fesses.

Les jours suivans, tous les accidens s’aggravent ; il y a, par intervalles, un sentiment d’oppression, d’étouffement, avec une toux fréquente, mais sans expectoration ; les nuits sont rarement tranquilles; les taches gan-

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gréneuses s’étendent, les forces s’épuisent, et la malade succombe le i3 juin, dix jours après l’accouchement.

La marche de cette maladie était trop remarquable pour ne pas en rechercher avec attention la nature et le siège. A l’ouverture du crâne , on trouva une légère infiltration à toute la surface du cerveau; la méningite s’en détachait avec la plus grande facilité; ses vaisseaux étaient engorgés, et il y avait un peu de sérosité dans les ventricules. Dans l’abdomen, tous les viscères parurent sains; seulement les veines étaient distendues par une grande quantité de sang noir entièrement fluide. Dans le thorax, surtout du côté droit, on trouva quelques cuillerées de sérosité jaunâtre, parsemée de légers flocons albumineux. Le péricarde contenait aussi un peu de sérosité, mais le cœur était sain. La plèvre, ainsi quesesappendices graisseuses, ne présentait aucun vestige d’inflammation; cependant les poumons étaient tuméfiés, leur surface était rougeâtre, leur consistance molle, leurs vésicules remplies d’une grande quantité de mucosités écumeuses.

Le poumon droit était fortement adhérent à la partie postérieure et supérieure du thorax, qui avait été le siège de ce point douloureux que la malade avait commencé à sentir au troisième mois de sa grossesse. En détachant ces adhérences contre nature, on vit que le poumon était compacte en cet endroit, et qu’il faisait partie d’un kyste ovoïde, situé sur le côté droit des vertèbres du dos, qui, du bord inférieur de la deuxième côte, s’étendait à la quatrième, et avait à peu près neuf centimètres de long sur sept de large.

Ce kyste contenait un grjfnd nombre de vers vésiculaires, diaphanes, ovoïdes, et de différentes grosseurs; quelques-uns avaient un volume de deux, trois à quatre centimètres; d’autres n’étaient pas plus gros qu’un pois ordinaire; il y en avait meme de plus petits. En examinant son fond et ses parois, on reconnut, i° différens points d’érosions ou d’usure superficielle sur le corps des troisième et quatrième vertèbres du dos. L’extrémité des côtes qui s’y articulent présentait aussi le même mode d’altération. 20 Entre les troisième et quatrième côtes, on vit une excavation large et profonde, qui gagnait la base de l’apophyse épineuse, et s’étendait dans l’épaisseur des muscles situés à la face spinale du dos. 3° A.U lieu d’être fermé par une membrane et des tissus graisseux, comme dans L’état ordinaire, le trou latéral droit de la quatrième vertèbre, qui donne passage à un des nerfs dorsaux, était entièrement ouvert, son diamètre assez agrandi pour admettre l’extrémité du doigt, et pénétrait dans le canal rachidien : il nous parut doue que quelques-uns des vers vésiculaires contenus dans le kyste du thorax avaient pu pénétrer par cette ouverture jusque dans le canal rachidien. Pour ne laisser aucun doute sur ce point, nous ouvrîmes le rachis dans une grande étendue, et nous y rencontrâmes une douzaine de vers vésiculaires de différentes grosseurs , qui, de l’ouverture intervertébrale, remontaient jusqu’à la hauteur de la première vertèbre du dos; là ils étaient entassés, attachés à la face externe de la méninge, et l’embrassaient circulairement comme un anneau; dans cet endroit, la méninge était épaissie, compacte; sa

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couleur était rougeâtre, ses vaisseaux capillaires engorgés, et elle formait une sorte de collet qui comprimait le prolongement rachidien de l’encéphale (moelle épinière). La consistance de ce prolongement ne nous présenta, dans toute son étendue, aucune différence appréciable aux sens; mais nous remarquâmes, d’une manière bien certaine, que les nerfs qui sortaient du rachis, au-dessous de l’étranglement formé par l’adhésion des vers vésiculaires, étaient proportionnellement plus fermes et plus petits que ceux qui naissaient au-dessus ; nous vîmes aussi que la portion du cordon longitudinal du nerf splanchnique, qui, au côté droit, se trouvait compris dans les parois du kyste vermineux, était d’un volume plus petit et d’un tissu plus compacte que celle qui se trouvait au côté gauche des vertèbres.

En rapprochant ces observations anatomiques des différens symptômes que la malade a éprouvés pendant sa grossesse et ses couches, on voit maintenant, d’une manière évidente, i° que cette douleur du thorax, constante, mais plus ou moins vive, que la malade commença à sentir au troisième mois de sa grossesse, était déterminée par la situation et l’accroissement du kyste vermineux; 2° que les frémissemens et l’engourdissement du bras droit étaient produits par un certain degré d’irritation et de pression sur les nerfs qui sortent entre les premières vertèbres du dos, pour se distribuer au bras; 3° que l’inclinaison de la tête et la rigidité du cou étaient la suite d’une contraction permanente excitée, entretenue par le travail des vers vésiculaires qui du

thorax se glissaient dans l’interstice des muscles situés à la face spinale du dos; 4° que les scintillations, les mouvemens convulsifs de l’œil droit, ainsi que la paralysie de la paupière, étaient, comme l’observation l’a déjà démontré dans quelques autres cas, un effet de la compression exercée sur le nerf trisplanchnique par le développement du kyste vermineux situé dans le thorax ; 5° que l’insensibilité et la paralysie des membres inférieurs survinrent lorsque les vers vésiculaires, après avoir passé par le trou de la quatrième vertèbre du dos , formèrent, par leur nombre et leur volume, une pression sur le prolongement rachidien ; 6° enfin , c’est au mouvement, au déplacement des vers nichés dans le rachis, à l’irritation plus ou moins grande qu’ils occasionnaient, qu’il faut attribuer ces élancemens, ces soubresauts douloureux que la malade éprouva aux membres inférieurs quelques jours après son accouchement.

A ces réflexions de M. le professeur Chaussier, j’ajouterai qu’ici les contractions utérines n’ont pas été paralysées, ainsi qu’il est arrivé dans le cas cité par M. Brachet, et comme tendent à le prouver les expériences faites par ce médecin. La destruction du tissu de la moelle épinière est peut-être une condition nécessaire pour que l’inertie de l’utérus existe avec la paraplégie; et chez cette malade, nous avons vu que ce cordon nerveux était simplement comprimé, et nullement altéré. Néanmoins, cette observation offre un exemple remarquable de l’influence de la paraplégie sur l’accouchement , puisqu’il s’est terminé spontanément et sans

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causer de douleur , la femme ne s’étant aperçue de la sortie du produit de la conception qu’à la déplétion du ventre et aux cris de l’enfant.

Le second exemple est rapporté en note , par M. C haussier 5 dans la nouvelle édition de l’ouvrage de Morgagni, que ce savant professeur a publiée récemment. Je vais en donner la traduction.

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