OBSERVATION CXIII
Fourmillemens et crampes douloureuses dans les membres abdominaux, suivis de la paralysie du sentiment et du mouvement: constipation; rétention de l’urine. Mort le neuvième mois. Acéphalocystes intermédiaires à la dure-mère rachidienne et aux vertèbres; compression de la moelle épinièr e.
Une femme , âgée de vingt-six ans , domestique , d’un tempérament lymphatique, et d’un embonpoint médiocre, jouissant habituellement d’une bonne santé, accoucha heureusement dans les derniers mois de l’année i8i4. Dix mois après, elle commença à ressentir, sans cause connue, dans la région lombaire gauche, une douleur sourde, circonscrite, accompagnée d’un sentiment de pesanteur : cette sensation était si peu incommode, qu’elle ne s’en plaignit pas; mais bientôt elle devint plus forte, et s’étendit dans une plus grande largeur : elle était lancinante , pulsative et rongeante , disait la malade. On ne distinguait rien à la vue ni au toucher. Toutes les fonctions étaient d’ailleurs comme dans l’état de santé : les menstrues coulaient régulièrement. Cependant l’affection locale faisait
des progrès sensibles , de sorte que sept mois après le développement de cette maladie, cette femme devint morose, irascible;' elle ressentait par intervalles, tantôt un fourmillement, tantôt des crampes ou une sorte de stupeur dans les membres abdominaux : elle fut ainsi pendant quelque temps. Bientôt le mouvement et la sensibilité de ces parties diminuèrent d’une manière remarquable, et finirent par disparaître complètement. Celte paraplégie contraignit la malade à garder le lit : alors les règles se supprimèrent, et à ces symptômes, qui annonçaient bien évidemment une lésion du cordon rachidien, il se joignit une difficulté de l’excrétion, puis u«e rétention complète de l’urine et des matières fécales. Insensiblement il survint de l’anorexie , de la dyspnée, une fièvre lente et des escarres gangréneuses à la partie postérieure du bassin. La malade s’affaiblit de plus en plus , et mourut neuf mois après l’apparition des premiers symptômes (Année i8i5).
Autopsie cadavérique vingt heures après la mort.
État extérieur. Il y avait peu d’amaigrissement. Les membres thoraciques étaient roides; les membres abdominaux , flasques et flexibles; les pieds et la partie postérieure du corps étaient infiltrés.
Tête. Tous les organes sains; un peu de sérosité limpide dans les ventricules.
Thorax. Petite quantité du même liquide dans les plèvres et le péricarde; cœur sain et contracté; oreillette droite remplie d’un sang noir, peu coagulé; ses
PRODUCTIONS MORBIDES
parois intérieures étaient colorées en noir. Poumons libres de toute adhérence, un peu rouges; les bronches et leurs divisions remplies d’un mucus spumeux.
Abdomen. Peu de sérosité; viscères de la digestion flasques et sains. L’intestin rectum et la portion gauche du rectum étaient distendus par des fèces endurcies, la vessie remplie d’urine. Le rein droit et l’utérus étaient dans leur situation naturelle. Au-dessous du péritoine, près le rein gauche, on remarqua une tumeur saillante, pénitente, élastique, presque ronde, ayant le volume du poing, qui adhérait intimement aux côtés du corps des première et seconde vertèbres lombaires : elle avait insensiblement déprimé, et plus ou moins déplacé le rein gauche , le diaphragme et les faisceaux musculaires voisins. Cette tumeur était formée extérieurement par une membrane blanchâtre , dense, semicoriacea , et remplie d’une quantité innombrable d’hydatides (acéphalocystes, Laënnec). Leur grosseur n’était pas la même : quelques-unes avaient le volume d’un œuf de pigeon; les autres offraient un diamètre variable et moindre que celui d’un pois. Le fond de la tumeur semblait resserré entre les deux vertèbres .lombaires indiquées, et formé dans cet endroit par le périoste de ces os, dont le tissu était érodé, creusé. Les trous intervertébraux qui donnent passage aux nerfs lombaires étaient tellement dilatés et si larges, qu’on pouvait y introduire facilement l’extrémité du pouce : ils formaient ainsi un canal par lequel les acéphalocystes avaient pénétré entre le tube osseux et la dure-mère rachidienne. On ouvrit avec précaution le
DE LA MOELLE ÉPINIÈRE. 7g5
canal vertébral, et l’on vit des hydatides de toutes les grosseurs qui entouraient la méninge de tous côtés, et comprimaient ainsi évidemment le faisceau des nerfs lombaires. De là la paraplégie et les autres phénomènes observés pendant la vie. (Quarantième lettre de Morgagni (i).) Voici un fait analogue à celui-ci :