‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 76 sur 84 · OBSERVATION CXVII · texte numérisé non relu

OBSERVATION CXVII

Refroidissement général et subil, suivi d’un point de coté et d'un tremblement continu et involontaire de l'avant-bras droit.

Jean Ray, âgé de trente ans, blond, sec, charnu, d’un tempérament sanguin et assez robuste, entra comme remplaçant dans la légion de la Dordogne, le 23 mars 1819, et fut envoyé avec les autres recrues dans le département de Maine-et-Loire. Occupé aux travaux de la campagne, cet homme avait toujours joui d’une bonne santé. Le 18 mai, lorsqu’il était de faction, il survint au milieu de la nuit un orage violent, après lequel il éprouva un froid général. Rentré au corps-de-garde, il chercha inutilement à se réchauffer. Vers le milieu du jour ce malaise disparut ; mais le 19, dans la nuit , il fut réveillé par une douleur trèsaiguë dans le coté droit, et il remarqua en même temps que son avant-bras droit était agité d’un tremblement très-marqué qui ne lui causait d’ailleurs aucune sensation pénible, et qui persista toute la nuit. Le lendemain matin, on administra un purgatif qui détermina des

selles abondantes et la disparition du point de côte; mais le mouvement de l’avant-bras était toujours le même. Ray lut envoyé le 22 à l’hôpital.

Il était sans fièvre, n’éprouvait aucune espèce de malaise, jouissait, en un mot, d’une parfaite santé, et n’était incommodé que par un mouvement continuel et égal de haut en bas , qui agitait incessamment l’avantbras du côté droit. Ce mouvement avait également lieu pendant son sommeil, et ne l’empêchait pas de dormir ; le bras n’éprouvait rien autre chose que les secousses résultant du tremblement de l’avant-bras. Lorsqu’on employait une grande force poûr rendre le membre immobile, on parvenait avec assez de peine à arrêter les mouvemens qui se communiquaient aussitôt au tronc : la sensibilité n’était nullement altérée; la flexion et l’extension des doigts avaient lieu comme dans l’état naturel; cette agitation n’était accompagnée d’aucun sentiment de douleur. Plusieurs fois je cherchai à comprimer fortement le plexus brachial, sans qu’il en résultât aucun changement dans le mouvement de l’avantbras.

On employa successivement les vésicatoires à la nuque; sur le bras- du même côté, des frictions d’éther et de laudanum à parties égales sur toute l’étendue du membre, les douches de Barége, les bains tièdes et froids : tous ces moyens furent sans succès, et le malade sortit de l’hôpital, après plusieurs mois de séjour, sans aucun changement dans sa situation. Je crois qu’on fut obligé de le réformer.

Dans le plus grand nombre des cas, on trouve une

lésion de l’encéphale chez les épileptiques ; mais il est bien constant qu’assez fréquemment aussi la moelle est le siège d’altérations plus ou moins prononcées, soit qu’elles se développent secondairement , soit qu’elles existent primitivement. Nous avons déjà vu plusieurs exemples de tubercules situés dans les membranes et dans la substance même de la moelle chez des individus qui avaient offert depuis longues années des accidens nerveux semblables à ceux qui caractérisent l’épilepsie. '

Sur dix individus affectés de cette maladie, et morts en 1817 à l’hospice de la Salpétrière, M. Esquirol (loc. cil.) a trouvé neuf fois des lésions du prolongement rachidien. Ce qu’il a rencontré le plus souvent^ était un ramollissement très-marqué du renflement lombaire. Chez l’un de ces sujets, l’arachnoïde rachidienne contenait un grand nombre de lamelles i cartilagineuses. J’ai rapporté un fait analogue (obs. lxxvii), et il existait en même temps des traces évidentes de méningite chronique. M. Clôt (i) a cité deux exemples d’une inflammation semblable chez deux épileptiques. On trouve aussi dans la thèse de M. Calmeil (2) les observations de deux malades chez lesquels on remarqua des plaques cartilagineuses très-multfpliées sur l’arachnoïde rachidienne, sans lésion appréciable de la substance médullaire, tandis que sur deux autres, le tissu »•'•••* ■ U.p.f i 08Ur,0

(0 Recherches et obs. sur le spinitis , etc. Dissert, inaug. Montpellier , 1820.

(2) De l’épilepsie étudiée sous le rapport de son siège , etc. Paris,

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de la moelle épinicrc avait augmenté considérablement de densité, et les vaisseaux des méninges étaient fort injectés. MM. Bouchet et Cazauvieilh ont également observé des altérations analogues de la moelle et de ses membranes , des ramollissemens circonscrits, et des plaques cartilagineuses sur l’arachnoïde (i). M. Portai a consigné aussi des exemples d’affections de la moelle épinière et de ses enveloppes dans l’ouvrage qu’il vient de publier sur l’épilepsie (2); il cite entre autres l’observation d’un enfant rachitique et épileptique affecté de spina-bifida, et chez lequel la moelle éLait creusée d’un canal central communiquant avec le quatrième ventricule , et qui était rempli d’un liquide limpide.

Ces faits ne peuvent qu’ajouter plus de probabilité à cette opinion deM. Esquirol, que certaines épilepsies dé, pendent d’une lésion de la moelle ou de ses enveloppes. Dans un cas, il a appliqué quatre moxas le long du rachis d’une épileptique, dont les accès revenaient surtout aux époques menstruelles, et il en est résulté une amélioration très-marquée dans l’état de la malade. Ces dernières observations sur l’épilepsie sont d’autant plus importantes, que cette maladie est une de celles sur la nature et le siège desquelles on a le moins de données positives.

Il qp est de même de la chorée, affection dont la cause est encore bien obscure. Quelques observations

(1) In Archiv. ç;én. de méd. , loin. 9 et 10.

(9.) Obs. sur lanat. et le trait, de l’épilepsie, i vol. in-8°. Paris,

prouvent que la moelle épinière est quelquefois affectée dans cette maladie ; mais elles sont en trop petit nombre pour qu’on puisse y voir jusqu’à présent autre chose qu’une coïncidence accidentelle entre cet état morbide et une altération du centre nerveux rachidien. Ainsi, j’ai cité plus haut (p. 584) une observation de Bréra, qui a vu dans ce cas une méningite rachidienne avec myélite. M. Guersent n’a trouvé que deux fois un ramollissement très-marqué de la moelle épinière, et j’ai eu l’occasion d’ouvrir sous ses yeux le rachis d’un enfant qui était également affecté de chorée, chez lequel la moelle épinière n’offrit aucune altération sensible : sa consistance, sa couleur et celle de ses membranes étaient dans l’état naturel; c’est ce qu’on observe le plus souvent. Ce ne peut être qu’une étude long-temps suivie des altérations que cette maladie laisse après elle, qui puisse changer en certitude les doutes qu’on peut avoir sur sa nature. Enfin , j’ajouterai d’après J. Frank (loc. cit.), que J. Clark (i) a observé chez les enfans un genre particulier de convulsions qui commencent par une grande difficulté de la respiration , et dont la cause paraît être l’inflammation de la moelle épinière.

De toutes les maladies qu’on peut attribuer à une affection de cet organe ou de ses enveloppes , il n’en est aucune qui s’accompagne de symptômes plus en rapport avec ceux que nous avons étudiés, que le tétanos. En effet, la méningite rachidienne donne lieu à de véri-

(i) Comment, an some of thc most import, diseas. of child. London, i8i5.

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Labiés spasmes tétaniques, et la roideur du tronc, qui est un de ses caractères distinctifs, est également un des signes du tétanos. Il n’est donc pas étonnant qu’on ait considéré cette affection comme le résultat d’une inflammation de la moelle épinière ou de ses membranes. Cependan t , quelque fondée que puisse être cette opinion, elle ne se trouve pas confirmée d’une manière constante; car, soit que les traces d’une phlegmasie aussi rapide dans .sa marche disparaissent après la mort, soit qu’il n’en ait réellement pas existé, toujours est-il que dans beaucoup de cas, on ne trouve rien dans la portion rachidienne du système nerveux qui puisse expliquer les phénomènes observés pendant la vie. Néanmoins, comme on a trouvé assez souvent une inflammation des méninges spinales ou du cordon nerveux qu’elles enveloppent, le traitement de cette maladie sera toujours rationnel, quand on réunira aux moyens généraux indiqués dans ce cas , ceux qui sont plus spécialement relatifs à la méningite rachidienne et à la myélite.

M. le professeur Bréra a rencontré plusieurs fois l’inflammation de la moelle épinière et de ses enveloppes sur des individus morts à la suite du tétanos : il en a rapporté des exemples, et entre autres le suivant.

DANS QUELQUES MADADIES.

OBSERVATION CXVIII (l).

Tétanos à la' suite d’une contusion du pouce de la main droite. Inflammation de la moelle épinière du côtccorrespondant à la blessure de la main.

Un jeune homme de dix-neuf ans eut une contusion au pouce de la main droite. Douze jours après il commença à sentir quelque roideur dans la mâchoire inférieure : non-seulement il négligea cette indisposition, mais il s’exposa à l’air et au vent. La difficulté de mouvoir la mâchoire augmenta, et tout le corps devint roide. il fut transporté à l’école clinique dans un état de spasme universel et de contraction des muscles de la face. Il y avait des sueurs froides; des douleurs se faisaient sentir par tout le corps, et principalement dans la région lombaire et le long de la colonne vertébrale. La face était rouge et le pouls contracté.

Convaincu de l’existence de l’inflammation de la moelle épinière, M. le professeur Bréra fit appliquer le long du rachis cent vingt sangsues, et prescrivit l’acide prussique qui , comme on sait d’après les expériences de Fontana, a une action directe sur la moelle épinière. Après l’application des sangsues, il y eut une diminution dans le spasme, mais il augmenta peu de temps après; la paralysie survint, et la mort la suivit de très-près.

L examen du cadavre fît reconnaître une inflamma-

(1) Prospetto de risultamenti ottcnuti nella clinica medica , dcli I. R. università diPadova , nclle 1816 et 1817.

tion bien prononcée de la moelle épinière, qui commençait seulement vers l’origine des nerfs cervicaux. Le reste de cet organe et le cervelet n’étaient aucunement affectés. On observait avec étonnement que l’inflammation se bornait à la partie droite seulement, correspondant avec la main blessée.

J’ai déjà dit que plusieurs médecins pensaient que l’inflammation de la moelle ou de ses membranes existait surtout dans le tétanos traumatique ; il en existe en effet des exemples assez nombreux. On lit dans les Archives générales de Médecine le fait suivant (i).

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