‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 77 sur 84 · OBSERVATION CXIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION CXIX

Plaie de la partie inférieure de la jambe , suivie de tétanos. Moitié treizième jour. Méningite rachidienne. ^

Un paysan fut blessé par une serpe qui, agissant de haut en bas, pénétra en taillant dans le tendon d’Achille, divisa l’artère tibiale postérieure et le nerf du meme nom : points de suture et compression forte mis en usage par un chirurgien de campagne. Développement d’accidens et commencement de gangrène. On pratique la ligature de l’artère, on multiplie les saignées, on administre l’eau cohobée de laurier-cerise, à la dose de douze gouttes en vingt-quatre heures. Nonobstant ces moyens, la gangrène fait des progrès rapides, accompagnée de trismus, de convulsions, de tétanos, de

(i) N° de juin 1824* Clinique de l’hôpital Santa-Maria-Nuova; par UccelU.

sueurs abondantes, et le malade succombe treize jours après l’accident.

À l’ouverture du cadavre, on observa une injection considérable des petits vaisseaux du cerveau, de la moelle épinière et des méninges; une exsudation pseudo-membraneuse était interposée entre cette dernière et ses enveloppes; les nerfs sciatique et crural n’offraient aucun indice d’inflammation ; les viscères de la poitrine et du bas-ventre étaient sains.

On trouve dans les recueils d’observations un assez grand nombre de faits de cette espèce. Il y en a deux dans la thèse de M. Clôt. M. Gendrin (i) a cité un cas analogue, et l’on en trouve un autre dans l’ouvrage de M. Barbier d’Amiens (2). M. Monot (3) a rapporté aussi deux exemples de tétanos survenus dans un cas chez un malade atteint de pustule maligne, et dans un autre, à la suite d’une plaie énorme du bras. J’ai déjà rappelé (p. 599) l’exemple de méningite rachidienne observée par M. Dupuytren sur un malade mort d’un tétanos développé après unç piqûre du pied.

Dans les Transactions du collège des médecins d’Irlande , on a donné deux figures de la moelle épinière d’un individu mort à la suite du tétanos (4). Sur l’une, on voit deux épanchemens d’un sang rouge foncé, infiltré et formant deux caillots énormes, entre la duremère et le canal osseux : tous les deux recouvrent toute

(1) Hist. anat. des iiiflam. , lom. i , pag. g4-

(2) Mat. méd. , toin. 2 , pag. 283.

(3) Nouv. bibl. méd. Aonl 1826.

(4) Transact. oftlie association , etc. , tom. 1, pag. i.

la paroi postérieure de la membrane jusqu’au corps des vertèbres, et sont situés exactement vis-à-vis chacun des deux renflcmens. Quelques stries rouges sont répandues çà et là sur le reste de la surface de la duremère.

Tous les vaisseaux qui rampent à la surface de la pie-mère de la moelle sont fortement injectés et remplis de sang. L’artère spinale antérieure est distendue par un sang rouge foncé dans toute l’étendue du renflement cervical et au milieu de la région dorsale. Dans une étendue de deux pouces de longueur, au niveau des neuvième et dixième vertèbres dorsales, la substance médullaire et les enveloppes de la moelle sont disparues, détruites; et au-dessous de cette perte de substance, la moelle reprend sa grosseur et sa forme habituelles, mais ses membranes sont également trèsinjectées.

Ces divers exemples prouvent donc que les phénomènes tétaniques résultent dans certains cas d’une inflammation des méninges rachidiennes; mais il suffît qu’on ait vu aussi assez fréquemment qu’il n’existait rien de semblable après la mort, pour qu’on ne doive pas se hâter de rayer cette maladie des cadres nosologiques, en la rattachant aux symptômes de la méningite rachidienne. On sait, en effet, que certains poisons développent rapidement un tétanos suivi de la mort, sans laisser de lésion appréciable de la moelle ou de ses membranes.

Le trismus des enfans nouveau-nés dépend assez souvent d’une inflammation de la partie supérieure de

DANS QUELQUES MAJLADIES.

la moelle rachidienne. M. le docteur Thomson (i) a vérifié ce fait un grand nombre de fois ; et M. le docteur Goëlis a trouvé fréquemment, dans ce cas, la même altération à l’hospice des Enfans -Trouvés à Vienne.

Les faits qui précèdent ont fait voir que des affections qu’on prend communément pour de simples névroses sont quelquefois de véritables inflammations. Dans plusieurs cas d’hydrophobie spontanée, on a également vu une inflammation très-marquée de la portion cervicale de la moelle. Sallin , ancien doyen de la Faculté de médecine de Paris , en a cité plusieurs observations. M. Clôt (thèse cit.) en rapporte aussi un exemple remarquable que je vais consigner ici.

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