‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 78 sur 84 · OBSERVATION CXX · texte numérisé non relu

OBSERVATION CXX

Douleurs dans la portion cervicale du rachis , précédées de sueurs supprimées tout à coup par l’impression d’un air froid ; déglutition du liquide impossible; dyspnée augmentant par la vue d’un corps brillant. Mort le septième jour. Inflammation du tissu et des méninges de la moelle dans la portion cervicale.

Le nommé Faher, concierge des prisons du fort Saint-Jean à Marseille, âgé de quarante-trois ans, doué d un tempérament sanguin, athlétique, se livra, dans les derniers jours du mois de mai, h des exercices pénibles. Le icr juin, il ressent des douleurs vives et profondes dans la partie supérieure du dos, avec difficulté

(0 Physical obs. on the lopograpf.y, etc. Philadelphia, 1818, november.

dans les mouvemens de la tête , précédées par des sueurs abondantes, qui lurent tout à coup supprimées par 1 impression"d’un air froid : il continua ses occupations jusqu’au 5 juin. Pendant cet intervalle, le malade, d’un caractère opiniâtre et très-irascible, négligea tous les moyens qu’on lui prescrivit, et cette résistance de sa part à suivre les conseils sages qui lui étaient donnés, engagea le commandant du fort à le faire conduire à l’Hôtel-Dieu, où il entra le 6 juin, à huit heures du matin.

Ier Jour. Pouls fort et irrégulier; respiration libre, mais parfois très-gênée , surtout lorsque le malade veut avaler les liquides, et qu’on lui présente un corps brillant; sensations pénibles qui l’obligent alors de porter la main sur les yeux pour se soustraire à l’impression que produisent sur lui ces objets; déglutition rendue impossible par le spasme du pharynx, aussitôt qu’une goutte de liquide pénètre dans l’arrière-bouche; celle-ci reste béante dés que le spasme a cessé; point de roideur et de contraction dans les membres.

2e Jour. Rêvasserie délirante, altération profonde des traits de la face, conjonctive sale et injectée, regard parfois stupide et tantôt furieux, loquacité extrême, prostration générale, affaissement très-grand, basventre tendu et ballonné , couleur plombée et livide en certains points de la surface du corps, insensibilité, respiration stertoreuse. Mort à six heures du matin.

Autopsie cadavérique.

Hab itude extérieure. Taille de cinq pieds dix pouces ; saillies musculaires très-prononcées; injection générale des vaisseaux superficiels qui donne à la peau une couleur livide très-intense; rigidité des muscles des membres , mais plus particulièrement de ceux du cou et des gouttières vertébrales; l’ouverture de la bouche et le menton sont recouverts par une écume abondante ; la région des tempes , les oreilles et les lèvres de couleur livide.

Bas-ventre. Rien de particulier dans les viscères de ces cavités, sinon que l’intestin grêle renferme une grande quantité de gaz inodore.

Cavité du crâne. Tous les vaisseaux de l’arachnoïde, de la pie-mère, sont très-en gorgés , surtout les plexus choroïdes ; il n’y a point de sérosité épanchée dans les ventricules latéraux; la surface inférieure du cervelet , la moelle alongée paraissent légèrement enflammées.

Canal vertébral. Le névrilème de la moelle ne présente aucune altération dans la région lombaire et dorsale de l’épine ; mais le tissu cellulaire qui revêt la portion cervicale est très-rouge, et infiltré d’une grande quantité de sang. La gaine fibro-séreuse de la moelle ayant été incisée dans toute sa longueur, on trouve les mêmes changemens à la portion correspondante de la surface de la pulpe nerveuse ; la partie postérieure présente des traces si apparentes d’inflammation , que l’injection considérable du réseau capillaire qui le re-

couvre, contraste d’une manière très-saillante avec la blancheur qu’elle offre dans ses portions dorsale et lombaire; une certaine quantité de sérosité rougeâtre remplit la surface interne de la membrane arachnoïde; le névrilème et la substance médullaire n’offrent aucun changement dans les autres points de leur étendue.

Chez les individus morts de la rage , on a rencontré quelquefois aussi des altérations de la moelle et de ses enveloppes. Ainsi, M. Trolliet (i) a trouvé les vaisseaux de la méninge rachidienne fortement injectés. M. Matthey, de Genève (2), a publié un cas de cette maladie, où l’ouverture du cadavre offrit un épanchement de sérosité dans le canal rachidien. M. Hufeland (3) pense que le siège de cette affection réside dans la moelle épinière. Telle est aussi l’opinion du docteur Robert Reid (4). M. le professeur Dupuy a trouvé chez les bêtes bovines mortes des suites de la rage, «la moelle épinière ramollie, diffluente et d’une couleur jaune-foncé, surtout au dernier renflement d’où émanent les nerfs qui se distribuent aux membres postérieurs. La méningine rouge injectée renfermait aussi plus de sérosité que dans l’état ordinaire. Une chèvre affectée de la même manière n’a présente pour toute lésion qu’un ramollissement très-remarquable aux renflemens du prolongement rachidien. On a ob-

(1) Nouveau traité delà rage, etc.

(2) Journ. géu. de méd. , loin. 44 > Pag- 1 2 * 479*

(5) Bibl. méd. , tom. 45, pag. 3g5.

(4) On lhe nature andtreat. of tétanos and Iiydrophobia. 1817, Dublin.

serve aussi une infiltration jaunâtre dans la duplicature de la méningine, et entre les différens filets des nerfs avant leur sortie de la grande méninge (i). » M. Barthélemy (2) a observé chez un cheval atteint de la même maladie ^ la substance grise très-ramollie et d’une couleur lie de vin : les méninges rachidiennes étaient vivement injectées. J’ai vu un ramollissement de la partie inférieure de la région dorsale de la moelle épinière chez un individu qui succomba enragé. Cette myélite, développée en trois jours, avait été accompagnée de mouvemens brusques et désordonnés des membres inférieurs.

Enfin, d’après tous les faits accumulés dans cet ouvrage, n’est-il pas très-probable qu’une lésion plus ou moins profonde du centre nerveux rachidien est quelquefois la source de certains phénomènes morbides, considérés comme des névroses de la digestion , de la respiration, de la circulation et de la génération ? Tels sont, par exemple, quelques cas d’angine de poitrine, d’asthme convulsif ( voj . pag. 710), de palpitations (p. 629 etsuiv.), de cardialgie, de pollutions diurnes graves , de priapisme , etc.

Il n’est pas de mon objet de discuter les opinions nombreuses qui ont été émises sur la nature des diverses maladies que je viens de signaler; j’ai seulement voulu indiquer la part que peut avoir dans chacune d’elles l’affection de la moelle épinière : aussi ne m’appesantirai-je

( I ) Extrait du procès-verbal de la séance publique tenue par l’école vétérinaire d’Alfort , 1821.

(2) Archives gén. deméd. Août 1823, pag. 6i/\.

pas davantage sur l’examen de plusieurs autres dont les symptômes dénotent assez l’influence de cet organe. Des faits multipliés prouvent combien sont étroites les liaisons des viscères de la digestion et du centre nerveux rachidien; on sait qu’il n’est pas très-rare de voir des paraplégies dans la dysenterie: les recueils d’observations contiennent beaucoup d’exemples de paralysies de ce genre, disparues avec les symptômes de l’inflammation des intestin^. N’est-ce pas aux communications de la moelle épinière avec le trisplanchnique dont les filets se distribuent dans les organes digestifs, qu’il faut attribuer ce sentiment de brisure générale et d’affaiblissement des membres, surtout des inférieurs, qui existe ordinairement avec les coliques accompagnées d’évacuations alvines ? Une contusion violente de l’abdomen peut même déterminer une paralysie générale, ainsi qu’on le voit dans l’observation suivante (1), rapportée par le docteur Henning de Zerbst.

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