‹ Traité de la paix intérieureChapitre 10 sur 93 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Plusieurs autres avantages.

Je ne finirois jamais, si je voulois faire l’énumération de tous les biens qui nous reviennent de cette paix. Elle produit dans nos cœurs des délices inexprimables; et par là elle nous dégoûte des plaisirs sensibles , qui deviennent fades et insipides pour ceux qui ont goûté cette paix délicieuse qui surpasse tout sentiment (1). C’est par ses douceurs que Dieu nous attire à son service (2) , et qu'il prémunit nos cœurs

(1) Pax Dei quæ exsuperat omnem sensum. Philip. 4. v. 7.

(2) Pax Christi.... in quâ voeati estis. Col, 3. v. iS.

JL2 EXCELLENCE

contre les attraits de la volupté (1). Elle nous forme un caractère uni et une conduite égale , qui charment les hommes , et qui plaisent beaucoup à Dieu ; au lieu que sans elle on est souvent d’un moment à l’autre si peu ressemblant à soi-même , qu’on déplaît à Dieu et aux hommes. Elle nous donne un air mddeste , doux , paisible, simple, ingénu, accommodant, qui fait honneur à la piété , et qui lui concilie l’estime et l’affection des personnes les plus prévenues contre elle.

Enfin, on peut dire de cette paix ce que l’Apôtre dit de la piété, dont elle est comme i’ame et la vie, qu’elle est bonne à tout, et qu’elle nous procure toutes sortes de biens pour la vie présente et pour la vie future (2). Si vous vouiez vous entretenir avec Dieu , il faut vous mettre en paix , puisqu’il ne parle que le langage de la paix, qui ne peut être, bien entendu, que de ceux qui jouissent de la paix dans leur propre cœur (3). Tandis que vous êtes dans le trouble , vous parlez un autre langage que

(1) Pax Dei.... custodiat corda vestra. Philip . 4. v. 7

(a) Pietas ad omnia utilis est , promissionem ha-

bens vilæqtiæ mipc est et futurs. x.Epjst.ad Thimoth .

ui , vous n’entendez pas le sien ; et , s’il est permis de s’exprimer ainsi , il n’entend point le vôtre : vous êtes pour lui un étranger qu’il ne connoît pas , et un barbare qu’il n’entend pas. Si vous voulez vous unir à la sainte communion , préparez à ce Roi pacifique une demeure de paix. C’est dans la retraite intérieure et dans le silence de l’ame qu’il veut que vous jouissiez de lui (i). L’ancien agneau pascal se mangeoit debout, à la hâte, les reins ceints, et dans une entière disposition au mouvement et à la marche ; mais le nouveau se mange dans le repos du cénacle , et dans la situation la plus tranquillle (a). Voulez-vous rendre au prochain quelque assistance corporelle ? Agissez en paix ; sans quoi vous serez dur, impatient et désobligeant, même avec la meilleure intention et dans les services les plus capables d’obliger. Voulezvous le servir utilement dans ses besoins spirituels ? Observez vous encore plus soigneusement ; car si l’impression de votre

(i) Mane in secreto , et fruere Deo tuo. (mit. Christi. Lib. 4. c. 12.

(a) Les Hébreux mangeoient couchés sur de petit* lits; c’est dans celle situation que Jésus-Christ institua l'Eucharistie , après le repas ordinaire qu’il prit avec tes apôtres.

zèle vient à troubler l’économie de votr© paix, vous parlerez trop, vous agirez sans réflexion; au lieu d’attendre le moment de Dieu , vous saisirez celui de votre ardeur impatiente ; vous vous épuiserez d’onction et de recueillement; et, sans pouvoir réussir au bien que vous projetez pour les autres, vous vous ferez à vous-même le mal que vous ne pensez pas. Enfin, si vous voulez travailler à votre sanctification , souvenez-vous qu’elle est l’ouvrage du silence et de la paix (i) : et si vous voulez travailler aussi à celle des autres , n’oubliez pas que pour se rendre maître des esprits, et pour leur faire goûter les plus saintes maximes, il faut être homme de paix , et la posséder à un tel degré , qu’elle se répande au dehors sur tout ce qui nous environne (2).

Yoilà en abrégé les grands biens qui résultent de la paix intérieure , et qui doivent nous la faire regarder comme une des plu. signalées faveurs du Ciel. Elle est quelque chose de si précieux , que Dieu n’en fait

(1) In silentio et quiete proficit anima devota, Imit. Chris ti. Lih . 1. ch. 2.

(2) ImperanteS in præsenti populo et virtute pru-

dentiæ populis sanctissima verba pacificanles in do

mibns suif. Eccl. 44. r. 4* et 6.

COLLEGE LI5TRARV

CHfcàïNUT NILL, M ASS

DE LA PAIX INTERIEURE. 2b

point part aux méchans , à qui il n’ôte ni les talens , ni la foi, ni l’espérance , ni les grâces prévenantes (1). Elle a toujours été si reconnue comme un bienfait singulier de sa bonté , et une marque de sa présence, que les faux prophètes ne parloient que de paix , pour faire accroire qu’ils parloient de sa part : mais il ne pouvoit y avoir de véritable paix là où Dieu n’étoit pas. Il est, ce Dieu de paix, au milieu de ses saints , comme un père dans sa famille.

Ceux qui gardent le plus soigneusement la paix de leur cœur, sont ses plus chers enfans.

Bienheureux les pacifiques, parce qu’ils seront appelés les enfans de Dieu. Il les aime tendrement , il les porte entre ses bras, et les repose tranquillement dans son sein. Je goûterai en Dieu une paix délicieuse , dit le Prophète; mon repos en lui sera semblable à un doux sommeil (2).

Si l’acquisition de ce repos intérieur est un peu difficile , notre désir n’en doit être que plus ardent : cette difficulté est une nouvelle preuve de son excellence. Ce qui ne coûte pas beaucoup à acquérir , n’est

(1) Non est pax impiis , dicit Dominus. Is. 48. v* 22.

(a) In pace in idipsum dormiam et requiescam. Ps.

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