‹ Traité de la paix intérieureChapitre 11 sur 93 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

ou l’on traite des obstacles a la paix intérieure , ET DES MOYENS DE LES VAINCRE.

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CHAFITRE PREMIER.

La vaine joie et la noire tristesse.

La joie excessive est une des choses qui nous dérangent le plus communément au dedans. On ne sait point se méfier de ses approches, parce qu’elle ne présente que du plaisir, et un plaisir qui souvent n’est point criminel : et l’on ne sent guère les plaies qu’elle fait , parce que la première de toutes , qui est l’in attention sur nous , nous empêche de sentir les autres , et d la sentir elle-même (1) Joie inconsidérée qui nous dissipe au dedans , qui nous attire au dehors , qui nous donne une espèce de raréfaction par laquelle nous nous ré-

(i) Propter levitalem corclis non sentimus aniline nostræ dolores : sed sæpè vanè ridemus , quandô ritô flere deberemus. Imit. Chriui . L. i. c. 2.

pandons de toutes parts, comme une eau qui bout , et comme une cire fondue qui ne laisse au fond du vase aride que des restes desséchés (1). Joie ennemie de la retenue et de la mortification , qui nous fait quelquefois oublier jusqu’aux règles de la modestie. Joie folâtre , qui ouvre toutes les portes de nos sens, pour donner entrée à tous les objets extérieurs; et qui, à leur aide, mettant tout en mouvement au dedans de nous , y excite un tumulte qui ne nous laisse point jouir d’un moment de repos. Joie effrénée, qui nous fait parler haut, rire avec éclat , et nous livrer à toutes les saillies inconsidérées de notre imagination. Elle ne se porte pas toujours jusqu’aux derniers excès ; mais le mal qu’elle nous fait, n’est presque jamais peu important : un quart d’heure de badinage dissipe tout le fruit de plusieurs jours de recueillement ; toute l’onction intérieure s’évapore dans cette espèce d’ébullition ; il s’en élève une épaisse vapeur . qui obscurcit notre ame , et qui eu ternit tout Téciat. Fascinaito nugacitatis obscurcit bona ; et il nous faut bien du temps et de la componction , pour

(i) Sicut aqua effusus sum factum est cor meum

tanqtiam cera liquescens aruit tanquam testa virtus

mea. Ps. ai. v. 1 5.

DB LA PAIX INTÉRIEURE. 5l

vaine joie. II faut éviter ces deux extrémi> tés : une joie tranquille et modeste tient le juste milieu. Si la crainte de l’un de ces défauts faisoit donner dans l’opposé > ce seroit se jeter contre un écueil , pour se trop éloigner de l’autre ; il faut passer entre les deux. On penche le corps du côté opposé à celui où l’on est près de tomber : ce n’est pas pour tomber de ce côté plutô que de l’autre , mais pour ne pas tomber du tout : on se jetteroitde nouveau si l’on penchoit trop. Ainsi une ame doit , pour ainsi dire , se balancer entre ces deux pas sions, jusqu’à ce qu’elle ait trouvé l’équilibre.

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