‹ Traité de la paix intérieureChapitre 14 sur 93 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L’Iudolence.

Pour amortir l’activité, il ne faut pas tomber dans l’indolence ; le remède seroit pire que le mal. De tous les défauts que j’attaque ici c’est le plus opposé à la paix intérieure, qui est le partage des âmes courageuses, et le fruit de leur ferveur. On s’en feroit une idée bien fausse, si on la prenoit pour une certaine indifférence stupide que rien n’émeut, parce que rien ne la touche ; qui est tranquille , non par possession de soi-même , mais par aversion du mouvement , et en qui l’égalité d’humeur n’est qu’une égalité de paresse. Cette paix au contraire est un équilibre acquis à force de soins; un repos en Dieu, et non un ensevelissement dans la matière ; une régularité de mouvement que les passions domptées n’altèrent pas , et non une profonde léthargie que rien ne pique et ne réveille ; une nourriture délicieuse tirée du lion abattu , et non un sommeil honteux dans le sein de la volupté. Cette manne cachée dans le cœur est le prix de notre vie-

foire, et d’une victoire universelle, qua nous n’obtiendrons qu’après bien des combats par un courage prudent et par une patience laborieuse : Consitio etpatientiâ.

Ceux qui se sentent portés à l’indolence doivent sans cesse se réveiller eux-mêmes, comme on réveille un léthargique; et se ranimer par l’action et par le travail manuel , comme on ranime par le mouvement des membres engourdis. Un des grands maîtres de la vie spirituelle (1) conseille dans ce cas les austérités corporelles, qui sont comme un aiguillon qui fait sortir l’ami de sa lenteur ; mais il faut en cela beaucoup de modération.

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