‹ Traité de la paix intérieureChapitre 16 sur 93 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Quelques autres obstacles à celte paix.

Il y a encore plusieurs choses qui troublent la paix intérieure; je ne les toucherai ici que légèrement , pour n’être pas trop diffus. Ce sont les adresses , les intrigues sour des delà politique, toujours gênée et toujours sur les épines , toujours occupée à so masquer et à se donner pour ce qu’elle n’est pas , toujours inégale , et sans consistance (1) ; les amitiés trop humaines qui nous attachent, nous dissipent et nous as sujettissent à des égards excessifs , contre l'attrait intérieur, souvent même contre 1a conscience; le petit amour-propre ,( car ü ne s’agit pas ici de passions grossières, cet attachement à son sens , à ses commo

(i) Tir duplex animo inconstant est in omnibus viii suit. Bp. B, laevb. *. 1.

dités , à sa réputation , à sa propre volonté, qui remplit de pensées importunes , de désirs impatiens , de tristes réflexions , de délicatesses outrées ; la secrète vanité sur le savoir, l’esprit , la naissance, que sais-je? sur la dévotion même et la bonne idée qu’on en a, ou le nom qu’on s’en est fait , et enfin sur tous les autres talens de la nature ou de la grâce : vanité qui nous élève ou nous abat , selon qu’on nous loue ou qu’on nous blâme ; qui nous tire souvent du recueillement, et qui nous assujettit à toutes les alternatives des caprices d’autrui et des nôtres, comme une outre enfla donne plus de prise à tous les vents ; la légèreté , qui nous fait souvent sortir de nousmêmes ; l’imagination , qui nous séduit , ou qui nous distrait ; les longs entretiens , qui dissipent l’esprit; l’amusement, qui énerve le cœur ; l’attachement à quelque créature que ce soit, toujours incompatible avec la liberté de l’ame ; et généralement tout ce qui passionne, et qui nous tire du repos que nous goûtons en Dieu seul.

Tous ces mouvemens irréguliers troublent la sérénité de notre ame; sérénité qui épure toutes ses idées, qui ajoute un nouveau mérite à toutes ses actions , et qui dans mille occasions nous rassure et dissipe

os scrupules; sérénité qui , après la loi àe Dieu et les devoirs de chaque état, décide de presque toute notre conduite, et , pour ainsi dire , de notre salut éternel. La paix intime qui nous la procure , est comme la matière première de toutes les vertus et de toutes les bonnes œuvres : c’est cette paix intime et de tous les jours , qui honore Dieu, et qui nous dispose à la contemplation et à l’union divine ; c’est ce calme divin , qui est sur la terre une imitation du repos qu’on goûte dans le Ciel : nous devons nous le procurer par toutes sortes de moyens.

Pour le posséder sans altération , il faut être simple et ingénu , sans être imprudent ; penser de tout, et en parler d’une manière noble et élevée, mais sans hauteur ; éviter les amitiés humaines , sans être incivil : il faut voir tout sans rien regarder, entendre tout, sans rien écouter, qu’autant que la nécessité le demande ; garder toujours une conduite grave et sérieuse, digne du Dieu qu’on sert, et de la bienheureuse éternité à laquelle on aspire. On doit éviter l’amusement , comme une foiblesse du plus bas âge, couper court aux entretiens inutiles; et dans ceux qui sont nécessaires , n’y rien faire entrer qui ne le

soit. Il faut encore modérer ses plaisirs el ses peines; prendre les uns avec retenue , lorsqu’on ne peut s’en passer, et recevoir les autres avec une tranquille soumission, lorsqu’on ne peut le faire avec joie.

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