XXI
Je l’ai déjà dit ; mais je ne saurois trop le répéter. L’obéissance est le grand , et presque l’unique remède des scrupuleux. Elle doit être prompte , résolue , et constante . elle doit être le fruit d’une entière confiance , et non d’une autorité despotique. Elle doit soumettre l’esprit aussi-bien que le cœur , autrement le remède seroit pire que le mal. Ce n’est pas qu’il faille leur faire beaucoup de raisonnemens pour les convaincre. O11 doit rarement leur faire sentir qu’on a raison de leur commander , il suffît qu’ils soient persuadés qu’ils ont raison d’obéir. Vouloir toujours , ou le plus souvent , lever leurs doutes par la voie du raisonnement , seroit un travail aussi stérile que pénible et long ; il augmenteroit même le mal, en les entretenant et en les fortifiant de plus en plus dans le goût de discourir et de subtiliser , et de se conduire par la conviction plutôt que par l’obéissance. Celle ci doit être leur pain de tous les jours : le raisonnement ne doit être employé que rarement et à propos, comme un assaisonnement à leur nourriture, afin
qu’ils ne s’en dégoûtent pas. La patience à les écouter, la condescendance à leur prouver qu’on les entend , autant qu’ils peuvent être entendus, et souvent mieux qu’ils ne s’entendent eux-mêmes , la douceur compatissante envers eux , leur conviction du zèle suffisamment éclairé de ceux qui les conduisent , leur doivent tenir lieu des raisonnemens les plus exacts et les plus con cluans.