XXV
Tournons encore ce raisonnement d’une autre manière , pour le rendre de plus en plus sensible. Nous ne sommes pas toujours obligés de faire ce qui est le plus sûr, ce qui nous approche le plus de la loi de Dieu , et qui nous éloigne le plus du péché ; mais seulement ce qui paroît le mieux fondé, le plus raisonnable, et que la prudence chrétienne nous dit que nous devons faire. Cette vertu a sur nous un empire si absolu, quoiqu’extrêmement doux , qu’elle assujettit la conscience même, qui n’est la règle de nos actions qu’autant que la prudence la dirige. Or la raison et la prudence disent aux scrupuleux d’après les saints et les auteurs moraux , qu’ils ne peu vent rien faire de mieux que d’obéir, mal gré leurs craintes et leurs doutes ; donc en obéissant ils agissent sagement , prudem-
meut , et d’une manière irréprochable , quand même au fond par une méprise de leur confesseur , et par la pureté de leur obéissance, ils s’écarteroient de la loi. Abrégeons tout ce raisonnement, afin qu’il puisse entrer dans les esprits prévenus des scrupuleux.
Tout ce que l’on fait dans une véritable et entière bonne foi , quand ce seroit matériellement contre la loi de Dieu , n’est pas un péché, mais plutôt une bonne œuvre, si on le fait par de bons motifs. Or , en suivant dans vos perplexités et dans vos doutes l’avis d’un sage directeur, vous êtes dans une véritable et entière bonne foi , puisque vous faites ce que vous dictent , non une ignorance coupable , non une inadvertance de dissipation , non une erreur de penchant , mais ce qu’une réflexion sérieuse, un jugement éclairé, une maxime incontestable vous proposent comme le mieux, et ce qu’en effet vous pouvez faire de mieux , selon la doctrine de tous les auteurs , et selon les règles de la prudence : donc vous ne péchez pas, mais au contraire vous méritez devant Dieu par votre obéissance , quand vous donneriez matériellement queiqu’atteinte à sa loi par votre action.
Ce raisonnement est si commun aux
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docteurs moraux , qu’il est inutile d’en citer aucun, et il est d’ailleurs si lumineux par lui- même , qu’il n’a pas besoin d’être autorisé. Une personnequine pensant prendre que sur son propre sens et sur sa propre volonté , auroit pris innocemment sur la loi de Dieu ce qu’elle auroit donné à une légitime soumission , pourroit dire confidemment à Dieu : Seigneur, voudriez-vous frapper une ame droite , à cause de son ignorance ; et d’une ignorance qui vient do sa simplicité et de son obéissance, et non de sa négligence et de sa dissipation (1) ?