XXIX
Les scrupuleux trouveroient encore une source abondante de paix et un moyen sûr de s’épargner bien des peines, s’ils s’occupoient plus de l’amour du bien que de la crainte du mal , s’ils étoient plus attentifs aux vertus qu’ils doivent pratiquer qu’aux fautes qu’ils commettent. Je sais que chacun de ces deux objets a son temps et ses droits; je conviens que l’on cultiveroit infructueusement les vertus, si l’on ne travailioit en même temps à déraciner les vices; mais les scrupuleux n’en sont pas moins condamnables de s’occuper trop souvent et trop long-temps du sentiment et de la confession de leurs fautes , trop rarement et trop superficiellement de leurs remèdes , et presque jamais des moyens d’acquérir les vertus opposées. On doit ordinairement mettre plus de temps à l’acquisition de la vertu , qu’à la destruction du vice. C’est abréger le travail, et en assurer le succès. La bonne habitude détruit toujours la mauvaise ; mais la destruction de la mauvaise ne suffit pas pour former la bonne.
• Cette maxime convient singulièrement aux
scrupuleux. La vue et l’amour du bien réjouissent le cœur, le remplissent d’une ardeur courageuse , et le mettent en paix : au lieu que la vue trop fréquente de ses fautes ne produit que la timidité, la tristesse et le trouble.