‹ Traité de la paix intérieureChapitre 30 sur 93 · XXX · texte numérisé non relu

XXX

De l’amour du bien suit nécessairement l’aversion pour le mai et l’éloignement du péché, même véniel. Dans cette aversion et cet éloignement, une ame scrupuleuse trouve un grand fonds de décision pour tous ses doutes de péché mortel. Car, pour les véniels, elle doit ordinairement les détester, sans les décider; et s’en humilier, sans beaucoup examiner si elle en est coupable. Les examens rigoureux sur des fautes légères marquentsou vent beaucoup d'amourpropre , et causent ordinairement plus d’embarras de conscience , qu’ils ne procurent de progrès dans la vertu. Ce travail excessif qu’on se donne pour éclaircir des doutes, et des doutes qui reviennent souvent, ralentit la dévotion dont la ferveur efTaceroit en un moment, et sans examen, des fautes réelles, et tourneroit même à son profit les fautes douteuses. C’est d’ailleurs une maxime qui me paroît sûre , et

que je crois être de saint François de Sales* qu’il ne faut pas trop craindre les péchés véniels dont les occasions sont si fréquentes ; que la timidité nous jetteroit dans des perplexités continuelles qui ne nous retarderoient pas peu dans le chemin de la vertu. Un voyageur qui marche à grands pas , et qui fait beaucoup de chemin, quoi* qu’il bronche quelquefois , et que quelquefois aussi il s’écarte de sa route, est sans doute préférable à celui qui marche avec tant de précaution , qu’il ne fait point de faux pas, mais qui aussi fait peu de chemin ; qui pose le pied avec la dernière circonspection , dans la crainte de rencontrer quelque petite pierre qui le blesse , ou de faire lever quelque poussière qui l’offusque ; qui s’arrête à tous les sentiers , et qui y perd beaucoup de temps à examiner et à se tourmenter par la crainte de s’écarter un peu. Il faut donc appréhender moins de faire des fautes, mais être beaucoup plus résolu de n’en commettre aucune de propos délibéré.

Une ame qui est dans cette ferme résolution de ne commettre aucun péché, même véniel, avec une pleine connoissance , peut donc , et doit se dire à ellemême avec beaucoup de courage et de

confiance , pour se tranquilliser dans ses doutes accablans : Je liais le péché , et j’en évite les occasions : ma disposition ordinaire est de n’en commettre aucun, même des plus légers ; et si j’y tombe par foiblesse, du moins je n’y croupis point par habitude. Pour le péché mortel, il me semble que je le hais plus que tous les maux du monde ; et la grande peine que je sens maintenant par la seule crainte d’y être tombé, m’en est une preuve. Quel mal ai-je donc fait dans cette occasion qui fait le sujet de mon trouble? Si je suis coupable, cé ne peut être que de quelque négligence , ou de quelque foiblesse peu réfléchie. Que j’aie entièrement consenti au crime, c’est contre toute apparence. L’homme ne passe point en un instant, et sans milieu, d’une extrémité à l’autre ; du soin de son salut, et même de sa perfection , à la révolte contre Dieu et au péché mortel. Ce n’est que par degrés qu’on tombe jusqu’au fond de cet abîme. On rouie quelquefois peu rapidement, il est vrai, mais enfin on roule : on ne se précipite pas, mais on descend de Jérusalem à Jéricho. Pour pécher mortellement , il faut un consentement parfait , et j’ai tout lieu de croire que si j’eusse eu toute ma liberté et toute ma réflexion dans

gO REMEDES AUX OBSTACLES

l'occasion qui fait ma peine , le péché mortel m’auroit fait autant d’horreur qu’il m’en fait maintenant.

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