‹ Traité de la paix intérieureChapitre 3 sur 93 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La paix intérieure affermit en nous le règne de Dieu.

Toute notre piété ne doit tendre qu’à nous unir à Dieu par la connoissance et par Pamour, à le faire régner en nous par notre dépendance absolue et continuelle, par une fidèle correspondance à son attrait intérieur et à tous ses mouvemens, en attendant qu’il nous fasse régner avec lui dans sa gloire. Or, sans la paix intérieure, nous ne pouvons posséder tous ces avantages Paix inter . i

que très-imparfaitement : le trouble interrompt nos méditations ; alors notre ame affoiblie ne s’élève à Dieu qu’avec peine , et les violentes secousses qu’elle souffre altèrent beaucoup en nous la tranquillité et la solidité de son règne. Notre cœur est toujours son trône ; mais c’est un trône chancelant, qui menace d’une ruine prochaine ; c’est son siège, mais un siège mal assuré , ou il ne peut trouver le repos. Aussi le Prophète dit que Dieu habite dans la paix (1). Ce n’est pas qu’il n’habite aussi dans l’ame du juste agité ; mais il n’y est que comme étranger, parce que la confusion qui y règne ne lui permet pas de s’entretenir familièrement avec elle , et que l’agitation qu’elle souffre annonce que son séjour y sera de peu de durée. Car une ame qui est encore violemment agitée , n’est pas pour l’ordinaire solidement établie dans la justice : mais celle qui s’est longtemps soutenue dans la paix , est comme une maison établie sur le roc , à l’épreuve des orages et des vents ; Dieu y fait sa demeure avec plaisir et avec assurance. C’est cette maison qu’il veut qu’on lui bâtisse (2), où il puisse avoir une demeure fixe et per-

(1) Factus est in pace locus ejus. Vs. 75? v. a.

(a) lAv. 2 des Rois, eh. 7.

manente , peu satisfait d’habiter dans ce9 pavillons que l’on tend le soir et que l’on enlève le matin , qui flottent à tout vent , et qui n’ont rien de solide : vrai symbole d’une ame que le trouble fait varier à l’infini par toutes les passions qui le causent, et qui la rendent toujours inégale et différente d’elle-même.

Les saints souffrent aussi quelquefois des tribulations dont les eaux pénètrent jusqu’à leur cœur ; leurs peines intérieures sont accompagnées de troubles et de divers mouvemens ; mais toutes ces épreuves ne sont, pour ainsi dire, que dansl’exlérieur de leur ame : la partie la plus intime jouit toujours de la paix ; Dieu n’est point agité dans l’intérieur de son tabernacle (1).

(i) Sanctificabit tabernaculum suum AHissitnt»: Deus in medio ejus, non commovebitur. Pi,

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