XXXIII
Un scrupuleux qui lira ces réflexions dira d’abord : ce n’est pas moi qu’elles regardent. Hé! qui donc regarderont-elles? cai tous diront- comme vous. Ceci est fait pou: des gens le plus souvent occupés de l’état de leur conscience , rarement tranquil les devant Dieu , et presque jamais satisfaits sur l’accomplissement de leurs devoirs ; gens d’une façon de penser toute singulière, du moins en ce qui fait le sujet de leurs perplexités ; que tout le monde condamne , jusqu’à leurs semblables , qui tournent contre eux -memes tout ce que l’on peut leur dire pour les tranquilliser, parce qu’ils prennent toujours les choses du côté qui leur est le moins favorable , et qui ne croient jamais s’être assez expliqués , quoiqu’ils aient été infinis sur des choses que les plus timorés regardent comme des minuties : gens qui fai sant ce que font les gens de bien , ne croient jamais le faire comme eux , et qui ne péchant pas dans leurs actions , croient toujours p4cher par pensées : gens que leurs confesseurs, leurs amis, et généralemcn
tous ceux à qui ils s’ouvrent , regardent comme des scrupuleux, et qui ne veuleut point se persuader qu’ils le sont ; ou qui , s’ils le croient en général , n’en conviennent jamais lorsque l’on entre dans le détail de leurs actions : gens enfin peu égaux , toujours indécis , et dont l’humeur et les idées varient d’un moment à l’autre.. Si vous refusez obstinément de vous reconnoître à ce portrait , quoique tout le monde vous y reconnoisse, ceci en effet ne sera point pour vous.
§. xxxn
Li jalousie de Dieu , qui poursuit un ame infidèle par ses miséricordieuses ri gueurs, est quelquefois la source de nos ténèbres intérieures et de nos doutes afïligeans. Alors le mal est utile , pourvu que nous en reconnoissions la cause , et que nous n’en négligions point le remède. Ces scrupules sont la punition de nos infidélités : la cessation de nos infidélités en est le remède. Ce sont comme des épines dont Dieu borde notre chemin , parce qu’il voit notre grande facilité à nous écarter (1). Si nous allons droit à lui , et si nous le cher*
(i) Sepiam viam luam spiuis,.... et semitas suas non iureuiet. %. 6
chon9 de tout notre cœur , comme le Roi prophète, il nous fera marcher dans des chemins spacieux, et semés des fleurs que produit l’amour parfait. On voit tous les jours des gens que ces peines rendent sérieux , appliqués , exacts , de légers , disais péset peu soigneux qu’ils étoient. Heureuses peines , qui font en peu de temps ce que l’oraison, les saintes lectures, l’attrait intérieur et les sacremens n’avoient pu faire en plusieurs années! Le remède est violent , mais nécessaire , quand les autres n’ont point réussi. Que ceux que Dieu attire fortement à lui prennent bien garde de le mettre dans la dure nécessité d’en user. Que ceux auxquels il l’applique ne s’arrêtent point à chercher le repos dans la seule exactitude à leurs devoirs essentiels : ils ne feroient que prolonger leur peine. Leur moyen d’en voir la fin , c’est de ne se rien pardonner. Dieu sera toujours irrité tandis qu’Achan retiendra une partie de ce qui est dévoué à l’anathème (1). Interrogez devant Dieu votre propre cœur, comme le saint conducteur du peuple de Dieu interrogea ce méchant Israélite : obligezle à ne rien dissimuler de tout ce que l’esprit de Dieu lui reproche; Confitcrc ,
(*) Joint. 7. v. 19.
9b REMEDES AUX OBsTACLEf
abscondas ; et sacrifiez sans ménagement toutes ces infidélités secrètes qui sont la cause de votre trouble (i).
Il arrive souvent que des âmes que Dieu poursuit miséricordieusement par des peines intérieures , pour les faire mourir à elles-mêmes, faute de discerner la voix de Dieu, se tourmentent sur la validité de leurs confessions passées, et par la crainte de quelque péché secret qu’elles croient exciter contre elles la colère de Dieu : alors elles se tourmentent pour découvrir ce péché , et pour réparer le défaut de leurs confessions en les réitérant. Elles se donnent beaucoup de peine et sans fruit, parce qu’ettes cherchent la cause de leur mal là où elle n’est pas. Elles font comme le Jeune Samuel , que Dieu appelle , et qui court à Héli. Cette erreur étoit pardonnable à un enfant qui n’étoit pas encore instruis dans les voies de Dieu, et qui ne savoit pas discerner sa voix (2) : mais des gens déjà exercés dans la vie intérieure , ne devroient pas tomber dans ce défaut ; du moins doivent-ils savoir que dans ces sorti) Quia turbasli nos , exturbet te Do min us. Jos . 7. >. 0 5.
(a) Porro Samuel necdùm sciebat Dominum. 1 A*?. 3-
tes de perplexités dont on ne reconnolt pai la vraie cause , l’ouverture à un directeur éclairé est le seul parti qu’il y a à prendre* après la prière et une réflexion sérieuse sui* ses infidélités envers Dieu.