CHAPITRE III
Fidélité à ses exercices.
Je viens d’insinuer une chose qui est trop essentielle pour n’être touchée qu’en passant, c’est la fidélité à ses exercices spirituels. Elle doit être grande , parce que la plus légère négligence cause un affoiblissement de l’esprit intérieur, et par conséquent de la paix de l’ame (1). Il faut que cette exactitude aille jusqu’à la rigidité , et à une rigidité qui paroît excessive, dit un grand prélat ; mais sans elle tout tombe en confusion : on se dissipe , on se relâche, on perd ses forces, on s’éloigne insensiblement de Dieu , on se livre à tous ses goûts, et on ne commence à s’apercevoir de l’égarement où l’on tombe , que quand on y est déjà tombé jusqu’à n’oser plus espérer d’en pouvoir revenir. Ce que dit ici ce pieux et savant évêque , est une des véritables et des grandes maximes des saints , et surtout des anciens Pères du désert , qui ne recommandoient rien si fort , surtout
(1) Non sine dispendio tiansit levis omissio exercitii. /mit. Chr
aux commençans , dont la vertu encore foible et chancelante a besoin d’étre étayée par un corps de pratiques (1). On peut voir en effet, dans toutes les histoires de ces premiers maîtres de la vie ascétique , que les plus parfaits même , bien loin de se relâcher le moins du monde de cette exactitude , s’en faisoient un devoir essentiel (2), et quelquefois une nécessité par un saint esclavage (3). Ils regardoient toutes leurs pratiques de piété comme autant de remparts qui couvroient leurs grands devoirs , et qui mettoient leur salut en assurance : et dans cette pensée ils en augmentoient le nombre autant qu’il leur étoit possible , pour écarter de plus en plus leur ennemi , et l’obliger de porter ses assauts plus loin d’eux , avec moins d’avantage pour lui et moins de risque pour eux-mêmes. On a même vu des saints s’acquitter publiquement de certaines pratiques austères qu’ils s’étoient prescrites , lorsque la foule qui les environ noit les privoit de la solitude et du recueillement que deman-
(1) Voyez les Vies des PP. par Ar . d’Andil. tome 3. p. 5o.
(a) Vie de 6. Nathanaël , tome 2 des PP. p. a3<» et ailleurs .
(3) Saint Eusehe t Vies des PP tome 2. P> 404.
dent ordinairement ces sortes d’exercices , parce qu’ils craignoient moins l’éclat de l’austérité que les mauvais effets de la négligence.
Cependant , sans un attrait particulier qui sort de la voie ordinaire, il ne faut point que cette rigidité aille jusqu’à la roideur ; il faut savoir céder prudemment à la nécessité et aux bienséances. Cette inflexibilité sent le caprice et l’entêtement , déshonore la piété , la rend incommode au prochain , et est ordinairement une production de l’amour-propre. Elle est directement opposée à la paix intérieure , qu’ demande cette souplesse contre laquelle toutes les forces extérieures s’amortissent sans éclat et sans violence. Il faut se plier sans résistance , sans dépit , sans chagrin , à ce que la charité, l’humanité, la raison exigent de nous , en prenant même, s’il le faut , sur notre règle de conduite. Mais donnons-nous de garde de nous en relâcher trop facilement : ce ne seroit plus une condescendance , mais une vraie dissipation.
Où est l’esprit de Dieu , là est la liberté , et non le libertinage , dit fort bien l’illustré évêque dont je viens de parler. Soyons souples et plians; mais ayons de la force et de la consistance et comme une forte éla»-
LA PAIX INTÉRIEURE. I fl 1
ticité , pour nous remettre dans notre pre mier état dès que les obstacles seront ôtés Au reste, Inexactitude aux pratiques personnelles et libres ne doit jamais gêner l’attrait intérieur de la paix et du recueillement , puisqu’elle n est si nécessaire que pour les conserver.
»w\uw vw vww VW\\U\ uvvwww v\u\w