CHAPITRE V
Patience dans les distractions.
Il faut sans doute, autant qu’il dépend de nous, apporter*l’altention de l’esprit à nos prières , à nos méditations , et au reste de nos pieux exercices qui demandent l’application intérieure , mais sans crainte des distractions qui pourroient venir, sans inquiétude pour celles qui viennent , sans alarmes pour celles qui sont déjà passées. Il en est à peu près de l’attention comme de l’intention ; elles subsistent dans la même action jusqu’à ce qu’elles soient volontairement révoquées. Quelques excursions que l’esprit ait faites, on a été toujours attentif si on n’a jamais été distrait avec réflexion. Appliquons-nous , sans croire que nous pourrons nous fixer : la mobilité de notre esprit n’en est point capable ; il s’irrite , au contraire et s’égare souvent à proportion
des efforts qu’on fait pour le captiver. Il reste quelquefois assez tranquillement auprès de nous ; mais c’est le faire partir que de vouloir s’en assurer: ne nous occupons ni de lui ni de ses distractions, et nous serons attentifs. Tendre fortement son imagination , c’est se fatiguer inutilement la tête , c’est ruiner sa santé sans aucun avantage, mais plutôt avec perle du côté de la paix de l’ame : c’est tenter l’impossible , et môme le ridicule , que de vouloir s’en rendre le maître par ses efforts. On arréteroit aussitôt l’air dans sa main à force de le serrer, qu’on fixeroit son imagination à force de la contraindre. Quand on réussiroit pour un moment à écarter tout autre objet , elle s’occuperoit de sa contrainte même.
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