‹ Traité de la paix intérieureChapitre 42 sur 93 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Tranquillité dans les mouvement.

Le cœur est plus lent et plus capable d’être fixé que l’esprit et l’imagination ; mais aussi ses mouvemens sont plus imperceptibles et c’est ce qui peine encore davan-

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tage ceux qui veulent fortement exciter ses affections et s’assurer de ses dispositions. C’est en connoître peu la nature que de penser lui donner la détermination par le mouvement du corps , et de croire qu’il aime parce qu’on s’attendrit : cet attendrissement n*est que dans le sang et dans les organes , qui ne sont rien moins que le siège de l’amour sacré. Tout est modéré dans le service de Dieu. Il n’exige point que la tête se fatigue ou que la poitrine s’épuise par des efforts déplacés ; et l’on ne doit , par conséquent , ni mettre son esprit à la torture pour en assujettir l’inconstance , ni son cœur , pour ainsi dire, sous la presse, pour en exprimer les affections. Ces mouvemens produit' oient un effet tout contraire , parce que le cœur veut être libre et au large. Ce qu’on croiroit quelquefois ressen* tir d’amour de Dieu et de zèle pour son service , ne seroit rien moins que l’un et l’autre , et ainsi ce seroit se procurer l’illusion de l’esprit par le tourment du corps et de l’ante.

Mais encore est - ce véritablement l’amour de Dieu que nous cherchons par tous ces efforts? Non , c’est notre propre satisfaction. Dieu ne demande de nous que la solide préférence « la conduite uniforme,

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la tranquillité de Pâme , la paisible soumission aux ordres de sa providence , le zèle attentif sans être empressé , pour accomplir sa volonté connue ; et nous nous y bornerions si nous ne recherchions que lui seul. Quand nous avons dit à un ami que nous l'aimons sincèrement, que nous n’avons rien qui ne soit à sa disposition , et que nous sommes prêts à nous sacrifier nous-mêmes pour lui , nous sommes satisfaits de nous, et nous croyons qu’il a sujet de l’être , quoique nous lui ayons donné cette assurance d’un ton simple , sans gestes animés, sans un regard plein de feu , sans mouvemens convulsifs , sans une respiration forte et précipitée; et cela , parce que nous savons que les expressions naturelles et les manières ingénues sont le vrai langage du cœur , et que ce n’est que le cœur que notre ami demande. Pensonsnous que Dieu en demande davantage ?

Nous a-t-il jamais dit : donnez-moi votre tête ou votre poitrine, vos mains ou vos yeux ? Donnons-lui notre cœur , qu’il demande, et tenons-nous en repos.

S- IL

Mais il y a encore plus , c’est que nous devons réprimer doucement ces mouve-

mens trop sensibles , lors même qu’ils viennent sans que nous les ayons excités. Ces bouillonnemens intérieurs d’une imagination échauffée , ces saillies d’un naturel actif et souvent présomptueux ne font que nous remplir de nous -mêmes , et nous guinder dans la dévotion. C’est, dit l'apôtre saint Pierre, une ferveur étrangère qui ne fait que nous égarer , et qui est une vraie tentation pour nous (1). Notre joie dans ce monde doit être de participer aux souffrances de Jésus-Christ (2) , et notre consolation d’éprouver les angoisses de son agonie. Il nous fera goûter pleinement les ardeurs saintes , les pieux transports , les délicieux épanchemens d’un cœur consumé par le feu de la charité , lorsqu’il manifestera sa gloire dans la céleste Jérusalem (3). S’il en verse dans nos cœurs quelque léger écoulement, dans cette vallée de larmes , ce n’est qu’en passant et quand il le juge à propos , et il ne veut point que nous le désirions jusqu’à l’inquiétude ou seulement pour le goût. Tout ce que nous

(1) Nolite peregrinari in fervore qui ad tentationem vobis fit. 1 Petr. c. 4. v. 12.

(2) Sed communicantes Christi passionibus gaudete. Ibid. v. x3.

(3) üt et in revelatione glori» ejui gaudeatis exultantes. IbiiL

ferions pour l’attirer seroit sans fruit , et tout ce que produiroient nos efforts n’en 6eroit qu’une trompeuse imitation , qui nous donneroit une trop bonne idée de nous-mêmes. En effet, dans ces momens d’ardeur, nous nous épanouissons tout entiers , nous admirons imperceptiblement la beauté de nos pensées, la fermeté de notre courage , la vivacité de nos mouvemens , et nous sommes tout orgueilleux de cette superbe roue qui nous environne. Dès que nous nous en apercevons il n’y a qu’une chose à faire, c’est de laisser tomber d’euxmêmes tous ces mouvemens , de nous renfermer en nous-mêmes avec Dieu , noua tenant en sa présence dans une contenance modeste et un humble silence , jetant de temps en temps sur lui des regards pleins de respect.

§. III

Il nous donnera ces mouvemens paisû blés quand il le trouvera bon ; et il ne veut , point des nôtres dès qu’ils sont opposés à la paix de l’ame , qu’il désire si fort. Il faut l’attendre, et non pas le prévenir; et nous devons appliquer à cela toute notre force ( 1 ) :

(i) Expecta Dominant, virilitcr âge, et confortetui cor tuum , et sustine Domiuum. P s . a6. r. 14.

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ü faut marcner à sa suite., et non pas le devancer ; et nous devons faire consister en cela toute notregloire ( i ). C’est en vain, dit le Prophète , que vous vous levez avant le jour : vous vous donnez d’inutiles mou* vemcns au milieu des ténèbres (2) : tenez vous en repos en attendant que le soleil paroisse , et ramène la lumière , la chaleur et l’action. Nourrissez-vous cependant du pain de la componction qui fortifie et qui soutient , et de l’eau des pleurs qui assoupit et qui tranquillise (3). Au milieu de ce sommeil intérieur , et lorsque vous y penserez le moins , l’époux céleste viendra, vous introduira dans la salle du festin , et les délices qu’il vous fera goûter dans ce misérable exil vous feront comprendre et désirer celle qu’il vous prépare dans la céleste béatitude, qui sera l’héritage du Seigneur et la récompense de ses enfans (4). Alors vous discernerez les mouvemens de la grâce d’avec ceux que vous formez seul : vous comprendrez , vous sentirez la vérité

(1) Magna gtoriaestsequi Dominum. Eecl. a3. v. 38,

(a) Vanum est vobis ante lucem surgere. Ps. \ a 6. r. a.

(3) Surgi te postquàm sederitis, qui mauducatis paoem doloris. Ibid .

(4) Cùm dederit dilectis suif soranum : eeet Ium*» dit*» Domini , filii merees. IbicL

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de ce que vous .croyez maintenant savoir , que personne ne peut aller à Jésus-Christ s’il n’est attiré par son Père. Dieu fera plus en un moment que vous ne sauriez faire en toute votre vie. Vous marcherez , dit le Seigneur , dans les routes que V0119 ne connoissez pas ; vous y avancerez jusqu’à vous étonner vous-même, et la rapidité de votre course sera semblable à la vélocité d’une flèche qu’un homme vigoureux a dé-* cochée de toute la force de son bras (1). Voilà ce que Dieu fait quand il le veut , ce que nous pouvons espérer si nous sommes fidèles , et ce que nous ne devons ni prévenir par notre impatience , ni troubler par nos efforts. Nous ne devons cependant pas réprimer tous les mouvemens intérieurs vifs et sensibles : il en est auxquels nous devons nous livrer sans réserve. Je donnerai ailleurs plusieurs marques auxquelles on peut les discerner : ilme suffira de dire ici qu’ils tiennent delà tranquillité de Dieu même , qui en est l’auteur , et qui , nous ayant formés à son image , veut que nous l’imitions dans toute notre conduite (2) ,

(1) Sicut sagittæ in manu potentis, ita fllii excustorum , P s, 126. p. 4.

(2) Ideo novimus hominem ad imaginem Dei coi diluai , ut imitator tui esset auctoris. Lee Mag.

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et que nous soyons comme lui , autant que peut le supporter notre foiblesse , dans une continuelle action et dans un profond repos (l).

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