CHAPITRE VII
Souffrir tans inquiétude les aridités de l’aroe.
Îjoin de rechercher un goût sensible dans des affections excitées avec effort , il faut souffrir sans impatience les aridités et les dégoûts , et préférer toujours une paix solide, fondée sur la fermeté des résolutions, à des consolations passagères , souvent formées par notre tendre nature, ou accordées comme à regret à notre excessive foiblesse. En effet , ce ne sont guère que les âmes foiblés et peu versées dans la vie intérieure qui recherchent les consolations avec ardeur, et qui s’affligent à l’excès des sécheresses. Dès que Dieu cesse de les caresser comme une tendre mère caresse un petit enfant attaché à son sein , elles croient qu’il les a abandonnées; elles sont tentées de l’abandonner
(i) Semper. agent , semper quietm, Jitç.
l3* MOYENS D’ACQUÉRIR
à leur tour : ordinairement elles négligent son service , et toujours elles perdent la paix du cœur. C’est un mal si commun , qu’il n’est pas de livre spirituel où il n’en soit traité; et ieme dispenserois volontiers d’en parler, si le peu que j’en vais dire, et que je tiens même de ces auteurs, n’entroit nécessairement dans mon sujet.
D’abord je conviens qu’il est triste de remplir les plus religieux devoirs avec un cœur froid et un esprit dissipé ; d’y revenir toujours sans zèle , et d’être obligé d’y traîner son cœur comme par force ; de se trouver devant Dieu sans sentiment , et avec une stupide indifférence; de prier sans recueillement, de méditer sans affection , de se confesser sans douleur , de communier sans goût , de manger le pain céleste avec moins de satisfaction que le pain matériel ; de souffrir au dehors sans être soulagé au dedans , de porter de pesantes croix , et bien loin d’y ressentir cette onction secrète qui les adoucit, d’y trouver de nouvelles croix cachées , beaucoup plus pesantes que celles qui paroissent. Cet état est sans doute bien mortifiant , mais ménagé avec beau coup de sagesse par la providence d’un Dieu qui connoît parfaitement ses droits et nos besoins. Vous êtes juste, ômon Dieu.
LA PAIX INTÉRIEURE. l53
et tous vos arrêts sont dictés par l’équité même. Mais votre miséricorde entre aussi toujours pour beaucoup dans tous vos conseils , elle dirige toutes vos voies de concert avec votre vérité infinie (i). Vous triompherez toujours de l’homme qui voudra entrer en jugement avec vous (2): mais ici surtout votre conduite est si lumineuse , que l’homme même qui entreprend de défendre votre cause auprès de ces serviteurs tristes et presque mécontens , peut en peu de mots vous justifier et les confondre.