CHAPITRE VIII
Vie de foi.
Entrez courageusement dans la voie de la foi à mesure que Dieu vous y attire , et marchez-y à grands pas, sans jamais souhaiter d’en sortir. Que son obscurité soit votre lumière , et que sa fermeté soit votre appui. Ces épaisses ténèbres vous feront horreur dans les commencemens ; vous serez dans des inquiétudes continuelles; vous souhaiterez de voir et de toucher, comme saint Thomas: mais si vous êtes fidèle à calmer vos inquiétudes; si , loin de demander des lumières , vous êtes content de voir toujours moins; si vous fermez les yeux aux fausses lueurs de l’imagination, que vous seriez tenté de
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préférer aux plus utiles ténèbres ; si vous avancez toujours dans cette obscure carrière, où rien ne réjouit votre vue, et où rien ne console votre cœur , que l’accomplissement de la volonté de Dieu et l’espérance en ses miséricordes , une paix intime et solide sera le fruit de votre travail et de votre patience. Cette vie de foi est très -humiliante. On voudroit s’occuper beaucoup de soi-même, remarquer les défauts du prochain , et en gémir sous une apparence de zèle pour lui , mais en effet par un retour de complaisance sur soi : l’on voudroit se tâter sans cesse comme un malade impatient de recouvrer la santé , réfléchir souvent sur le bien que l’on a fait et sur celui que l’on veut faire , s’observer toujours avec satisfaction sous prétexte de vigilance , comme un homme vain observe sa démarche et son port ; et on se verroit presque réduit à se perdre de vue, si l’on ne sentoit le besoin que l’on a de régler ses actions sur ses devoirs , de les épurer par les intentions , et de les élever à Dieu pour les rendre méritoires.
Celte vie de foi est encore très-mortifiante, parce qu’elle ôte tout appui sensible. Elle fait disparoître les vives peintures de l’imagination , auxquelles, toutes
fausses qu’elles sont, l’on aimeroit mieux s’attacher que de ne tenir à rien : elle ôte l’attache que l’on avoit pour les grandes austérités qui sont hors le cas de devoir et d’attrait , et dans lesquelles une ame que Dieu conduit au dépouillement , chercheroit une ressource : elle fait compter pour rien les goûts sensibles , qui sont en effet moins que rien dans ceux qui les estiment quelque chose. Une ame à qui, dans cette privation de tout appui sensible , il ne reste plus que la foi avec ses obscurités f l’espérance avec ses incertitudes , la charité , encore plus enveloppée de ténèbres que l’espérance et la foi ; l’accomplissement des devoirs communs , qui n’a rien de personnel ; la paix du cœur , qui n’a rien de piquant qui nous rappelle et nous rende présens à nous-mêmes ; une méditation sèche des mystères de Jésus-Christ et de toutes les vérités de la religion , et un profond oubli de toutes les choses du monde; cette ame , dis- je , se* trouvant comme seule avec Dieu seul , frémit de cette vaste solitude; mais si elle se confie en Dieu, si elle est contente de n’avoir que lui seul , qu’elle intéressera ce Dieu d’amour à sa sanctification ! qu’elle fera de grands progrès dans les voies intérieures 1 que la paix
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s’affermira dans son cœur ! Elle sera comme suspendue en l’air, et soutenue par son seul abandon à la divine Providence, ainsi que le prophète Habacuc n’étoit porté que par un de ses cheveux ; mais qu’elle sera en sûreté par un soutien si foible en apparence ! qu’elle avancera rapidement dans ce chemin peu frayé !
que ce cheveu blessera profondément le cœur de l’Epoux céleste (i ) ! En effet , estil rien de si touchant pour Dieu que ce renoncement à tout appui sensible, pour n’être soutenu que de lui ? Est-il rien qui témoigne autant de foi en sa parole , et de confiance en sa bonté ? Celui qui marche confidemment dans une route entièrement inconnue et par une épaisse nuit , sans hésiter, sans sonder le chemin, sans soupirer après la lumière, sans vouloir tenir par la main le guide qui le conduit, comptant autant sur sa parole que sur ses propres yeux, témoigne une entière confiance en lui , et mérite tous ses soins : de même nous ne pouvons mieux témoigner à Dieu notre amour, ni nous attirer plus puissamment le sien , qu’en vivant des ténèbres de la foi.
(x) Vulnerasti cor meum in uno crine colli tui. Cant. 4. v. 9.
LA PAIX INTÉRIEURE. lit
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