‹ Traité de la paix intérieureChapitre 47 sur 93 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La conformité à la volonté de Dieu*

L’amour de Dieu produit la soumission de notre volonté à toutes les dispositions de sa Providence ; et cette soumission nous conserve dans une sainte tranquillité parmi les plus fâcheux revers , et dans une admirable égalité au milieu des grands mouvemens et des cruelles vicissitudes de cette vie. Si nous aimons Dieu , nous ne voudrons que ce qu’il voudra ; et n’ayant d’autre volonté que la sienne , rien de ce qui paroît le plus affligeant ne sera opposé à la nôtre , parce que rien n’arrive dans ce monde que ce qu’il ordonne ou qu’il permet. Quel bonheur pour l’homme de s’unir à cette souveraine Providence , qui conserve , qui gouverne, qui arrange tout ; de vouloir tout ce qu’elle veut , et de ne vouloir rien de plus ; conséquemment d’être assuré d’avoir toujours tout ce qu’il souhaite , de ne souffrir jamais que ce qu’il veut souffrir , et de se rendreainsi en quelque manière l’arbitre de son sort ! Quelle élévation ! quel calme ! mais quelle mer*

veille ! Faire toujours sa volonté , parce qu’on ne veut jamais la faire ! s’oublier entièrement et se retrouver tout entier , et se retrouver aussi saintement qu’on s’est oublié ! se retrouver en Dieu parce qu’on s’est oublié pour Dieu !

Est-ce une fiction de notre piété ? est-ce une chimère de notre imagination ? Ah î quand les divins oracles ne le diroient pas, quand les exemples des saints ne le prouveroient pas , vous le ressentez assez , âmes solidement pieuses , vrais enfans de la Providence, qui ne mangez que de son pain , qui ne vous entretenez que de ses pensées , qui n’agissez que par son mouvement. Elle vous porte comme une mère porte un enfant qui n’a pas encore vu le jour (i). Quel repos ne goûtez-vous pas dans son sein ! Sa vérité vous couvre de toutes parts comme un bouclier impénétrable aux traits du jour et à ceux de la nuit (2). Ou elle les repoussera , ou , si elle s’ouvre pour leur laisser une issue , vous les recevrez , non comme partant de la main ennemie qui les a lancés, mais comme ménagés par

(1) Qui portamini à meo utero, qui gestamini à meâ vulvâ. fs. 46. v. 3.

(2) Scuto circumdabit te veritas ejus : non timebi» à timoré nocturno , à sagitiâ , etc. Ps . go. v. 5.

cette bonté paternelle qui ne fait que des blessures utiles , et qui les guérit quand elle veut. Sachant qu’un seul de vos cheveux ne peut périr , vous possédez votre ame dans la patience (i). Je ne parle pas ici de votre amour pour la croix , fondé sur ce que Jésus-Christ l’aime et qu’il y est attaché: je ne dis pas que vous recevez les adversités avec joie , mais avec une sainte défiance de vous-même , parce que vous connoissez leur utilité et votre foiblesse : je ne dis pas que vous recevez les prospérités avec reconnoissance, mais avec crainte , parce que ce sont des soulagemens nécessaires , mais dangereux. Je ne considère que votre parfaite tranquillité sous l’œil de Dieu qui voit tout, sous sa puissance qui peut tout , sous son action qui concourt à tout , et singulièrement dans les bras de son amour , qui veut tout ce qui est pour votre bien. Mais votre repos est tout divin , et je ne saurois le peindre : j’aime mieux admirer en silence ce que la grâce et la vertu font en vous , ce que les saints vous ont enseigné par leur doctrine et par leurs exemples , ce que les bons anges cultivent avec tant de soin , et ce que les mauvais

(1 ) Capillus de capite vestro non peribit : iu patieutia Vf sfrâ possidebitis auimas vestras. Tnt ai .18, 19,

regardent avec tant d’envie ; ce que les impies blasphèment , mais que toutes les âmes justes s’efforcent d’imiter.

x u%uvu vwxvwi ww wvt vvv\u\\ \ v w\\\wuv%uvn

Page 1