CHAPITRE XII
L’oraison mentale.
Mais un des plus puissans moyens , et sans lequel la plupart des autres ou ne
(i) Perturbationes animi extioguit. Cyril. Altx . l:b. 4. in Joan . c. 17
l6o MOYENS D’ACQUÉRIR
peuvent subsister en nous, ou ne sauroient produire qu’imparfaitement leur effet, qui est de tranquilliser famé , c’est l’oraison. Dès que nous approchons de Dieu nous sommes éclairés (1); la paix et la sérénité succèdent bientôt aux ténèbres qui confondent tout , et nos gémissemens devant lui dissipent tous nos troubles (2). Fussions-* nous émus , passionnés, inquiets , lorsque nous nous mettons en oraison , nous nous sentons tranquilliser peu à peu ; et si à la fin il nous reste quelque peine , c’est d’être obligés de nous éloigner de la source d’un si doux repos. Les exemples des saints qui employoient les nuits entières à ce céleste exercice , ou plutôt qui sembloient ne l’interrompre jamais , prouvent assez le calme qu’il produit ; sans quoi ils n’auroient pu y persévérer long-temps , une ame agitée étant comme un malade dévoré de la fièvre et privé du sommeil , qui se tourne et retourne sans cesse, et pour qui l'assujettissement à une même situation seroit un tourment terrible : et de même que l’on reconnoît à la tranquillité du malade l’effet des remèdes et la diminution du mal ,
(1) Accedite ad eum, et illuminamini. Ps. 33. v. 6.
(a) Iste pauper clamavit, et Dominus exaudivit eum, et de omnibus tribulalionibus ejus salvavit eum. Ib . r. 7.
on reconnoît aussi , au repos d’une ame dans l’oraison , l’affoiblissement de ses passions , et son progrès dans ce saint exercice.
Nous mettons ce moyen un des derniers, parce que nous souhaitons qu’il reste profondément imprimé dans les esprits, et parce qu’il est un des plus puissans , et qu’il renferme même les autres. Si nous les avons expliqués en détail , ce n’est pas comme des pratiques indépendantes de celle-ci, mais comme des fruits sur lesquels il faut insister lorsque l’on s’y applique Quoi que l’on puisse dire de la paix intérieure et des différentes voies pour l’acquérir, il faut toujours revenir à l’oraison : sans elle on n’en obtiendra jamais ni la fin ni les moyens. Si l’on voit des âmes fort tranquilles quoiqu’elles ne s’appliquent pas à la méditation et qu’elles en ignorent même la théorie , c’est que Dieu leur accorde une oraison qu’elles ne discernent pas, et quelquefois même très-sublime.
La sainte communion même , qui renferme l’Auteur de toutes les grâces, ne produit pas la paix de l’ame sans l’oraison, qui nous dispose à ce sacrement dans la
162 moyens d'acquérir préparation prochaine et éloignée , et qui en reçoit les fruits dans l’action de grâces et dan* le recueillement qui la suit : et l’oraison, qui nous unit à Dieu, qui nous nourrit de Dieu , qui nous transforme en Dieu, et qui par ces avantages est une espèce de communion sublime et angélique, peut opérer notre sanctification sans la communion sacramentelle, comme on le voit dans plusieurs saints (i). Nous n’avons garde de vouloir ralentir le zèle des fidèles pour la fréquente communion ; nous voudrions bien plutôt l’augmenter , et l’inspirer à tout le monde avec les dispositions requises; nous souhaiterions, avec le concile de Trente (a), qu’ils pussent communier à toutes les messes où ils assistent : mais ceux qui sont empêchés de suivre leur attrait pour la divine Eucharistie, ont de quoi se consoler , puisqu’ils peuvent y suppléer par l’oraison , dont rien ne peut les priver que leur dissipation et leur négligence.
L’oraison peut donc tenir lieu de la fréquente communion , mais seulement dans le besoin , lorsque l’on est involontairement
(i) Sainte Magdeleine , saint Paul ermite, sainte Marie C Egyptienne , etc.
(a) Sess. a a. chap. 6
privé de cette dernière. Car ceux qui voudroient de leur chef, sans nécessité , substituer l’une à l’autre, donneroient dans l’illusion, et sortiroient, avec grand risque , de l’ordre de la Providence , qui veut nous communiquer ses grâces par ce sacrement. Jésus-Christ semble l’avoir institué singulièrement sous les espèces des alimens journaliers , et nous avoir ordonné de nous en nourrir , pour nous apprendre les sentiers de notre intérieur qui nous étoient inconnus, et pour nous forcer, pour ainsi dire , d’y rentrer du moins avec lui , et de nous y tenir d’abord en sa présence , et ensuite même en son absence, dans le recueillement et dans le repos. Une ame qui communie fréquemment, acquiert insensiblement une grande facilité à rentrer dans ce sanctuaire intérieur, et à se tenir en paix dans cette profonde solitude , oit tantôt elle jouit de Jésus-Christ présent , tantôt elle l’adore dans le lieu où ses pieds se sont reposés à la communion précédente, et tantôt elle le lui prépare de son mieux pour celle qui doit bientôt suivre.
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