‹ Traité de la paix intérieureChapitre 5 sur 93 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La paix intérieure est très-propre à nous faire discerner les mouvemens de Dieu.

Un autre grand avantage de cette paix , c’est qu’elle nous fait discerner les mouvemens de Dieu, de ceux du démon , ou de notre amour-propre. L’esprit de Dieu nous met en recueillemenUet en paix ; au lieu que le mauvais esprit porte en nous la dissipation et le trouble. J’écouterai ce que Dieu me dira au fond du cœur, dit le Roi prophète , car ses divines paroles ne sont que des paroles de paix(i). Le démon peut bien produire en nous quelque apparence de cette paix intérieure , et notre amourpropre satisfait nous fait ressentir quelque chose qui semble en approcher ; mais les unes expérimentées ne s’y méprendront pas, comme celui qui a vu le jour, ne prendra jamais la lueur d’une lampe pour la lumière du soleil.

De quelle utilité n’est-il pas pour tout le

( i ) Audiam qi\id Ioquatur in me Dominus Deus . quoniam loquet nr pav-em. Ps. 84. p. 9.

détail de la vie , de savoir ainsi discerner les mouvemens de Dieu d’avec ceux qui ne sont pas de lui ! A combien d’égaremens ne se livre-t-on pas , pour ne savoir point faire ce discernement ! Et combien cette paix, qui, après la foi, la saine doctrine et l’obéissance, est un des plus grands moyens de ne s’y pas méprendre , ne doit-elle pas nous être précieuse ! Que de scrupules levés ! Que d’illusions dissipées ! Que d’entreprises imprudentes mieux dirigées ! Que de fausses dévotions rectifiées , si l’on ne sortoit jamais de cette paix qui nous porte à Dieu sans bruit et sans trouble , et si l’on tenoit du moins pour suspect tout ce qui peut en altérer la douceur !

Je dis pour suspect, et non pas toujours pour faux ; parce que souvent un mouvement de Dieu est accompagné d’un autre qui naît de notre fonds : et c’est ce dernier qui nous agite , et qui nous trouble. C’est le défaut ordinaire des naturels actifs , qui font entrer leur propre aréeur dans toutes leurs actions. Leur imagination s’enflamme aisément , et ils ne peuvent en venir au point d’agir long-temps d’une manière paisible , que par un long usage du recueillement et de la paix , et qu’à force de modérer leur naturel et d’amortir leur

activité. Mais pour ceux-là mêmes la paix est un moyen de discerner les mouvemens de Dieu d’avec ceux qui naissent du fond de leur naturel. Car, si au moment qu’ils se sentent animés d’une ardeur empressée pour le bien qu’ils se proposent de faire , ils savent s’arrêter tout court , invoquer le Seigneur, se donner le temps de réfléchir, changer d’objet pour quelque temps, ils verront bientôt l’empressement tomber , et le trouble se calmer ; et si leur dessein vient de Dieu , la paix restera seule au fond de leur cœur, avec la bonne volonté à laquelle il l’a promise ; au lieu que cette épreuve fera tout évaporer , s’il n’y a que du naturel et de l’humain. Tant que durera ce mouvement empressé et cette espèce de fermentation intérieure , ils doivent être persuadés qu’il y a dans leur cœur beaucoup d’humain, beaucoup de leurpi^pre activité, et que c’est peut-être tout ce qui s’y trouve.

La paix intérieure est donc une marque qui nous fait reconnoitre les mouvemens de Dieu : et non - seulement elle nous les fait discerner dans leur naissance, mais encore dans leurs effets.

Plus ils deviennent forts , plus la paix augmente : les travaux mêmes qu’ils nous

font entreprendre ne nous troublent point, parce qu’ils tiennent de la pureté de leur principe , qui est d’une activité infinie et d’une paix inaltérable. Il faut pourtant avouer qu’il est rare qu’on ne se dissipe un peu , même dans un travail de véritable et pur attrait; et que ce profond calme ne souffre quelque altération , surtout dans le commerce avec les hommes. Les saints eux-mêmes l’ont reconnu parleur expérience ; et le repos que le Seigneur fit prendre à ses disciples , en les tirant de la foule au retour de leurs courses apostoliques (1) , nous fait assez comprendre qu’il est bien rare qu’on se trouve aussi recueilli en quittant le travail qu’on l’étoit en s’y mettant ; et qu’il est difficile que la société des hommes n’altère un peu la douceur du commerce que l’on goûtoit en ne conversant qu’avec Dieu (2). Mais l’émoüon intérieure n’est pas consi dérable , et encore ne vient-elle qu’insensiblement , lorsqu’on est attentif à ne se communiquer qu’autant qu’il est nécessaire ; le même mouvement divin qui nous porte à agir, nous inspire toujours cette circonspection. Il est tout ensemble un ai-

(1) Marc. 6. c. 3i.

(a) Quoties inter hommes fui , minor homo redii. Imit. Chris fi. lih . x. c. 2.

I)£ LA PAIX INTÉRIKUREv 1 i

guîllon qui nous presse , et un frein qui nous retient : au lieu que le faux attrait nous passionne d’abord, ne nous donne pas un moment de relâche , ne nous laisse pas le temps de nous recueillir ; et bien loin de nous inspirer dé* la circonspection , il ne nous permet pas même de penser qu’elle puisse être nécessaire , dès qu’il ne nous présente que du bien. Néanmoins ce mouvement qui nous vient du démon , ou de nous-mêmes, quelque louable que paroisse le travail où il nous porte , commence toujours par le trouble , et finit assez souvent par le crime.

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