‹ Traité de la paix intérieureChapitre 59 sur 93 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

Assurance intérieure dans les tentations de blasphème .

C’est un horrible blasphème que le démon vous suggère; c’est tout ce que l’enfer peut inventer de plus infâme et de plus impie. Reconnoissez donc à ces traits , sans vous émouvoir , la malice de votre ennemi, et non la corruption de votre cœur. Un préjugé favorable pour le dernier, c’est qu’il n’a peut-être jamais produit rien de semblable, lors même que la plus grande dissipation en faisoit sortir tout ce qu’il eontenoit de mauvais. Un autre préjugé bien consolant pour vous, c’est que le démon qui vous afflige , ne vous compte pas sans doute parmi les siens, qu’il n’a garde d’inquiéter. Il vous porte une haine mor-

telle; et désespérant presque de vous tour menter dans l’autre monde , il tâche de se satisfaire dans celui-ci. Sentant qu’il ne peut vous vaincre , il s’efforce du moins de vous intimider ; et ne pouvant d’abord vous abattre , il tâche de vous fatiguer et de vous affaiblir, pour vous combattre ensuite avec avantage lorsque vous vous serez épuisé à lutter contre ces fantômes.

Mais enfin, après que le Fils de Dieu fait homme a été tenté du plus énorme de tous les crimes, qui est celui d’adorer le démon et de lereconnoître pour son Dieu, et qu’il n’a rejeté cette tentation qu’en répondant tranquillement au tentateur : c II est écrit, » tu adoreras le Seigneur ton Dieu , et tu t ne serviras que Dieu seul » , foible créature , pétrie de corruption, devez-vous être surprise de vous voir susceptible de quelque suggestion infâme ? L’horreur que vous en concevez doit-elle être la matière de votre trouble P et faut-il faire tant d’efforts pour la repousser ? Faut-il vous donner de violentes secousses et vous débattre comme vous faites ? Le combat contre le démon est-il celui du ceste ou de la lutte Est-ce par le mouvement du corps que Ton chasse les pensées de l’esprit ?

Assurance intérieure dans les tentations contre la pudeur.

C’est d’une pensée contraire à la modestie que vous êtes affligé? Votre trouble est superflu; mais il ne me surprend pas. Ces sortes de tentations sont du nombre de celles dont les âmes timorées sont le plus affligées. Elles voient que le fond vicié de de leur nature ou les produit ou les fomente. L’on s’y complaît ; et plus on est pur, plus on est affligé d’éprouver en soi des pensées et des impressions qui ne le sont pas. saint Paul lui-même qui soufFroit avec tant de patience les plus furieuses per sécutions et les plus cruels traitemens , ne peut s’empêcher de se plaindre à Dieu de ces attaques de Satan ; il le prie plusieurs fois de l’en délivrer. Tout concourt à rendre cette tentation violente, et capable de troubler une personne modeste. L’espril , la mémoire , l’imagination , le penchant naturel, tout se réunit contre elle Les pensées sont importunes, et semblent s’attacher à l’ame qui veut les repousser ; les images sont vives et séduisantes ; la nou

veauté ajoute aux attraits de la volupté ; que sais-je ? la chair se joint à l’esprit; et l’ame qui se trouve entre ces deux ennemis, ne sait sur lequel porter ses coups , l’un restant dans toute sa liberté, tandis qu’elle est aux prises avec l’autre. Violente situation, mais qui ne doit, âmes timides, ni vous troubler, ni vous faire donner des agitations corporelles semblables à des convulsions , comme vous faites assez ordinairement ; puisque le trouble, bien loin de dissiper les mauvaises pensées, seroit seul capable de les faire naître, et que l’agitation que vous vous donnez suffiroit pour exciter l’impression qui vous afflige. Plus le penchant est rapide, plus vous devez vous tenir ferme pour ne pas tomber; et plus l’ennemi qui vous assaille est impur, moins vous devez vous commettre avec lui , puisque vous vous souilleriez même en le terrassant. Tour* nez-lui le dos ; oubliez qu’il soit derrière vous : ne répondez rien à ses propos honteux ; ne vous apercevez pas qu’ils frappent votre oreille intérieure : occupez votre esprit de quelque sainte et consolante pensée , et votre corps de quelque exercice modéré, et soyez tranquille

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§. IL

Lorsque votre ennemi se sera retiré , ne le rappelez pas pour savoir les coups qu’il vous a portés , et si vous les avez écartés assez tôt et assez bien pour n’en recevoir aucune blessure. Ce seroit rengager le combat avec plus de danger , puisque votre adversaire conserve toute sa force, et que vous êtes affoibli parle premier choc. Combien le démon n’en a-t-il pas trompés par là ! Il a tourné contre eux la délicatesse de leur conscience, qui les rendoit comme inaccessibles au mal ; il les a insensiblement afïoiblis et enfin vaincus, en les faisant revenir sans cesse sur des pensées séduisantes , pour examiner s’ils en avoient été séduits. Oubliez donc et l’espèce et l’occasion et la durée du combat , et les perplexités mêmes qu’il vous occasione. Si dans la suite il faut tranquilliser la conscience timide et alarmée, prenezen les moyens moins dans un examen suivi, qui lui seroit aussi dangereux que le jugement pourroit lui être favorable, que dans ces grands principes, que l’on n’aime jamais véritablement ce que l’on craint encore d’aimer; que ce qui fatigue ne plaît pas; que ce n’est pas le sentiment, mais

î6î PRATIQUE

le consentement , qui fait le péché ; quo plus le débat est violent, plus la résistance est manifeste ; que ce que nous souffrons de l’impression du mal, est pour nous un sujet de mérite ; et qu’ordinairement, pour les personnes timorées , et accoutumées à discerner le péché, un doute si elles ont consenti, est une présomption et presque une certitude qu’elles n’ont point succombé, du moins jusqu’au péché mortel. Et les péchés véniels en cette matière sont plutôt le sujet de nos gémissemens et de nos précautions, que de nos examens rigoureux et de nos confessions détaillées.

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