‹ Traité de la paix intérieureChapitre 65 sur 93 · S- XI · texte numérisé non relu

S- XI

Quoique je vous aie déjà montré nonseulement la confiance, mais encore la simplicité avec laquelle vous devez revenir à Dieu lorsque vous vous en êtes éloigné par le péché, je ne puis finir ce chapitre sans vous parler de cette simplicité dans un plus grand détail. 11 est nécessaire de vous précautionner contre l’empressement téméraire qui succède quelquefois à la pusillanimité et à rabattement. Je dis donc que vous devez être aussi tranquille dans votre retour que patient dans votre chute. L’un est presque inséparable de l’autre ; et ceux qui voient leurs fautes avec plus d’humilité que de dépit, en gémissent avec plus de patience que d’activité : au lieu que le même orgueil qui consterne et qui décourage lorsqu il est abattu, enflamme et transporte lorsqu’il se ?elève. Il passe en un moment du désespoir à la présomption ; et toujours par le même principe, qui est la confiance en soi-même, chagrine et déses-

pérée lorsqu’elle se voit confondue , fière et arrogante lorsqu’elle croit trouver des ressources en elle-même. N’espérez rien de vous , mais espérez tout de Dien , le repentir comme le pardon , le désir et la pensée même de revenir à lui ; et votre pénitence sera simple , humble et retenue.

L’enfant prodigue est le modèle des vrais pénitens. Voyez-le se présenter devant son père d’un air grave et sérieux , mais pénitent et modeste. Il ne se frappe point le front, il ne s’arrache point les cheveux; mais aussi la bonne conduite qu’il se propose de tenir désormais ne lui fait pas prendre un air ferme et assuré. Il témoigne ingénument les sentimens de sa douleur : Î1 n’emploie point de grands discours pour Exprimer son vif regret et ses sincères résolutions; sa contenance parle pour lui. Il retranche la moitié du peu qu’il vouloit dire , dès que la bonté de son père l’interrompt. Quand sa tendresse se penche sur lui pour l’embrasser, il ne se retire point par une humilité mal entendue ; mais aussi l’on ne remarque point en lui une confiance pleine de fierté. Il se laisse dépouiller de ses haillons et revêtir d’habits magnifiques sans se répandre en discours superflus. Il voit dans un humble silence s mais avec

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des yeux reconnoissaus , le festin qui se prépare : il y prend sa place dès que son père l’en convie , sans exagérer par des exclamations mal placées la magnificence de ce bon père et sa propre indignité. Il n’écoute pas la symphonie d’un air morne et consterné ; mais aussi il n’a garde de se mêler avec ceux qui chantent , pour faire éclater ses transports. Une joie modeste et une grande retenue, jointes aux sentimens de regret et de reconnoissance que son cœur pénétré épanche sans affectation par ses yeux et par tous ses mouvemens, expriment mieux qué tout la sincérité de sa conversion , et présentent le modèle de la véritable pénitence. Laissez donc là celte ferveur qui sont l’enthousiasme , et qui n’est rien moins que ce qu’elle vous paroît ; revenez à Dieu avec plus de candeur que d’activité. 11 aime mieux un cœur touché qui ne peut exprimer ses affections, qu’une imagination échauffée qui ne sauroit retenir l’impétuosité de ses saillies S’il vous semble que votre cœur n’est dan le silence que parce qu’il est sans ferveur, présentez -le tel qu’il est au Seigneur; priez-le de le ranimer, et ne prévenez point par votre impatience , n’empêchez point par votre empressement ce qu’il peut

faire par sa grâce , et ce qu’il fera par sa bonté lorsqu’il le jugera convenable.

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