‹ Traité de la paix intérieureChapitre 70 sur 93 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

Modération do V activité dans toutes tes actions .

Ne commencez aucune action , grande ou petite, sans avoir élevé votre esprit à Dieu , pour le prier de vous faire connoître si c’est ce qu’il veut de vous dans ce moment , pour le référer à sa gloire lorsque vous aurez reconnu sa volonté, et pour implorer son secours afin de vous en acquitter d’une manière qui lui soit agréable. Cette élévation , qui doit être ordinairement plus ou moins longue à mesure de la conséquence de l’action , de la difficulté de reconnoître la volonté de Dieu, et du besoin de vous mettre dans la sainte indifférence pour tout ce que Dieu peut de-

3/* pratique

mander de vous , amortira votre activité , vous accoutumera à agir par réflexion et non par humeur , rectifiera vos intentions, et épurera vos mérites. Cette pratique est si utile , que je vous la conseille jusque dans les actions où la volonté de Dieu est toute décidée par les devoirs. Vous les remplirez ainsi d’une manière plus exacte et plus relevée ; et en réfléchissant sur ce qui semble demander le moins de réflexion , vous vous formerez , comme le saint homme Job (1), une louable habitude d entrer en défiance de vous-même, et pour les actions que vous ferez , et pour les intentions dont elles seront animées. Commencez tranquillement , continuez et finissez de même. Si vous vous sentez impatient de faire une action qui peut sans inconvénient être renvoyée à un autre temps , prenez le dernier parti ; et lorsqu’aucune nécessité ne vous presse, donnez toujours la préférence aux occupations qui vous laissent le plus libre et qui vous passionnent moins.

En faisant vos actions , arrêtez - vous de emps en temps pour modérer votre acti- (*) Verebar omnia opéra mea. Job . 9. v. a8.

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vité , qui se réveille dans les naturels vifs dès qu’ils reprennent leurs occupations.

Assujettissez et réduisez à son rang cette suivante indiscrète et dangereuse , pericuto$a pedisequa, qui presse la volonté qu’elle devroit se contenter de suivre pas à pas, et qui, dans son impatience, s’efforce même delà devancer; prœireconatur. Mortifiezla , sans la faire mourir. Elle est utile si elle est bien réglée. Sans elle , dit saint Grégoire de Nazianze , on ne fera guère rien de grand ; mais on fera beaucoup de chemin avec un naturel plein de force et d’ardeur, s’il est bien dompté. Si malgré toutes vos précautions vous voyez que votre activité s’enflamme, éteignez-en le feu par la cessation de tout désir empressé qui en est l’aliment , et non par des efforts qui l’enflammeroient davantage, comme si l’on secouoit fortement une mèche allumée , croyant par là l’éteindre.

Il vous tarde d’avoir fini , lorsqu’il n’y a que votre empressement démesuré qui le demande : ne finissez point d’abord. Outre le mérite de la mortification , vous gagnerez par là l’empire sur vous-même , et le détachement de tout ce que vous ferez. Si lorsque vous rentrerez en vous - même pour voir si le mouvement du dehors ne

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se communique pas jusqu’à l’intérieur , vous vous sentez pressé d’en sortir pour reprendre au plutôt l’occupation que vous avez suspendue, restez-y plus long-temps. La nécessité en est toute décidée par le dégoût que vous en ressentez. Ces suspensions sont si utiles pour modérer l’activité et pour conserver la paix intérieure , qu’il est bon de les faire même pendant la prière. Outre qu’elles servent beaucoup à renouveler la pureté des intentions , et à relever le cœur , qui par son poids retombe toujours vers la terre, on en retirera un fruit considérable de recueillement et de ferveur.

Si vous êtes d’un naturel lent , faites , pour ranimer votre activité , ces retours que je conseille à ceux qui ont besoin de l’amortir. L’indolence est pour le moins aussi contraire à la paix intérieure , que l’ardeur et l’empressement. Cette paix est le fruit de la ferveur, que l’empressement porte trop loin , mais que l’indolence détruis

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