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D’oc vient que les saints ont fait de si grands progrès dans la vie intérieure et dans la paix du cœur, sinon de ce qu’ils ont d’abord renoncé à tout, et que leur ferveur n’a regardé que comme le premier pas dans la vertu ce dénûment total par lequel , hélas ! notre lâcheté s’estimeroit heureuse de pouvoir finir ? C’est mainte-
(i) Ideô etiam fatuas appellavit; quia majori certaniiue superato, in faciliori totum perdiderunt. Chrysost.
(a) Quid simplici oculo quietius ? quid liberius niliil desideraute in terris? / mit. Christi. I. 3. c. 3i.
5<j6 PRATIQUE
nant que je commence d’être disciple de Jésus-Christ, ne désirant rien de ce qui peut tomber sous les sens, disoit saint Ignace martyr (1). Peut-être que notre amour-propre, subtil à nous tromper, nous persuade roi t que c’est là une ferveui extraordinaire, plus propre à nous étonner et à nous humilier qu’à nous instruire, si la sentence de Jésus-Christ n’y étoit formelle. « Quiconque ne renonce pas à tout » ce qu’il possède, ne peut être mon dis- » ciple. » Si nous devons renoncer par un entier dégagement du cœur à tout ce que nous possédons , à plus forte raison devonsnous renoncer à ce que nous ne possédons pas , et par conséquent à tout. Jésus-Christ court comme un géant ; il faut être libre et débarrassé pour le suivre : ce seroit même lui manquer de respect, que de vou loir jouir, à sa suite, de quelque superfluité , tandis qu’il manque du nécessaire, jusqu’à n’avoir pas où reposer sa tête. Les saints se sont dégagés de tout, et c’est ce qui les a conduits rapidement à la contemplation, à l’union divine, et à la profonde paix qu’elles opèrent ; et nous , nous sommes privés de ces grands biens , parce
(i) Nunc incipio Christi discipulus esse , irihil de his quæ videutur desiderans. Ignatii marc ep. ad Rom.
DE LA PAIX INTÉRIEURE. Sgj que nous tenons encore à la terre (1) , et cela, non par l’empire du monde, ou par quelqu’autre chose de fort grand, si toutefois il est quelque chose de grand dans le monde, mais peut-être, ô misère, ô honte du cœur humain ! par des attachemens méprisables , que nous n’avons ni le courage de rompre > ni l’humilité de nous avouer.
s. IV.
Quelle source de regrets pour une ame à l’heure de la mort , de voir que pour n’avoir pas voulu se défaire de quelques amusemens et de quelques bagatelles , elle a perdu la sainteté (2) , le parfait amour de Dieu, et un poids immense de gloire pour toute l’éternité ! De plus, elle n’a fait que
(1) Ideo pauci inveniuntur contemplativi , quia pauci sciunt se à perituris creaturis ad plénum sequestrare. Jmit, Chris U. /. 3. c. 3i.
(2) 7/ est facile de comprendre que je ne parle là de la sainteté que dans le sens où on la prend communément , c'est-à-dire , pour la perfection de la justice , et nullement pour la justice essentielle et pour l'état dè grâce. Je ré ai jamais prétendu qu'on déchût de cet étaj oour de légères imperfections. Le poids immense de gloire qu'elles font perdre n'est que celui qui répond à la perfection qu 'on auroit pu acquérir en renonçant ai: t amusemens.
Paix irttér. 34
anguir et souffrir beaucoup toute sa vie dans cet état partagé entre Dieu et la créature. En quittant tout, elle auroit trouvé tout : le renoncement à ses petites cupidités lui auroit procuré les délices du saint repos et toutes les vertus qui l’accompagnent (1). Malheureusement pour elle le mauvais exemple, le préjugé, peut-être même, hélas ! une autorité utile quand elle conduit à la perfection , funeste quand elle en éloigne , ont balancé en elle la doctrine et les exemples des saints : son mauvais penchaut a déterminé son cœur, et elle ne reconnoît son égarement que quand il n’est plus temps d’y remédier.
Vos secrets attachemens sont comme de certaines maladies lentes, qui, sans vous faire mourir , vous font souffrir beaucoup, et, pour ainsi dire, ne vous laissent pas vivre. Malade, inquiet et ridicule, vous cherchez du repos, vous tournant tantôt sur un côté, tantôt sur l’autre; murmurant sans cesse contre le lit sur lequel vous vous roulez, au lieu de vous en prendre à
(1) Dimitte orrmia , et invenies omnia ; relinque eu pidinem , etreperies requiem. Imit. Christi. L 3. e. 3a
*a fièvre qui vous dévore. Versa et reversa ; ( August . ) Tournez-vous et retournez-vous. Jamais il n’y aura de repos pour un cœjjr qui conserve, en ce qu’il a de terrestre , un levain de fermentation. Le duvet et te coton seront trop durs pour son infirmité ; dura sunt omnia : il n’y pourra trouver le repos , qu’un homme saint trouve jusque parmi les ronces. Sainte Thérèse souffrit durant vingt années un si cruel tourment dans cet état de foiblesse et de langueur intérieure, qu’elle étoit surprise, dans la suite, d’avoir pu le supporter un mois entier ; et jamais elle ne put trouver de soulagement qu’en se dépouillant entièrement du vieil homme (1). Dès qu’elle commença de pratiquer ce qu’elle a enseigné depuis, se regardant comme seule avec Dieu seul dans ce monde , elle éprouva, dans le fond d’une paix toute divine , que Dieu tient lieu de tout à ceux qui , pour lui plaire davantage, se détachent de tout (a).
(1) V oyez le ehap. 8 de sa 'vie .
(2) Erit ipse oninia in omnibus qui pro ipso omma requérant. Bcrnrud
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