‹ Traité de la paix intérieureChapitre 75 sur 93 · S- VL · texte numérisé non relu

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Détachez-vous donc de toutes les choses sensibles, de vos biens, de vos emplois, de votre rang, de tout ce qui vous environne : renoncez aux plaisirs : privez-vous des commodités , autant que votre état peut le permettre : ne satisfaites'à la nécessité qu’avec discernement : ne prenez de toutes les choses créées que le vrai besoin , et, pour ainsi dire, n’y touchez que légèrement et en passant, comme Jonathas prend du miel du bout de sa lance, sans s’arrêter : laissez aux gens du siècle leurs divertissemens , leurs affaires, leurs intrigues , vains amusemens pour une ame qui sait penser : dimitte vana vanis (1). Le royaume de Dieu est au dedans de vousmême ; que pouvez-vous souhaiter de plus ? Si vous en bannissez tous les usurpateurs, Dieu régnera tranquillement en vous, et vous jouirez en lui d’une paix profonde : mais tant que vous entretiendrez dans votre cœur deux puissans rivaux , l’amour de Dieu et l’amour-propre , vous souffrirez les débats intérieurs et les douleurs de Rébecca (a). Si vous pouvez donner du repos

(r) /mit. CkrUti. lib . i. cap. ao.

(a) Genèse , a5. ai.

DE LA PAIX INTÉRIEURE. 4ot k un malheureux appliqué à la torture , dans laquelle on le tire violemment en haut tandis que des poids énormes l’attirent en bas , vous pourrez espérer de goûter la paix de l’ame dans un état où le Ciel vous attire et la terre vous retient.

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Ne vous souciez pas même de voir co qu’il ne vous est pas permis d’avoir (1). Fermez aux objets extérieurs les avenues de vos sens. Une ame qui est toujours aux fenêtres ne peut être recueillie et en paix. Quid hic circumspicis , cùm istc non sit locus tuœ rcquietionis ! ( Imit. Chris - Xi . ) Etranger, passez votre chemin; regardez votre patrie, et hâtez -vous d’y arriver. S’il faut vous communiquer aux créa* tures, que ce soit à la porte de votre coeur, 6ans l’ouvrir, et comme à travers la grille. Dès que vous aurez suffisamment répondu, tirez le rideau et oubliez tout. Rentrez tout seul dans votre cellule intérieure , si vous voulez y trouver du repos. Vous ne serez pas exempt des agitations du siècle, si vous vous occupez, dans vôtre retraite, des frivolités dont il vous aura entretenu. La

(i) Quidf vis vidcre quod non licet habere ? Imii . Çhristi . lib. x. cap. ao.

4oîl PRATIQUE

seule inutilité des pensées nuit beaucoup à la vie intérieure. L’oisiveté de l’ame est comme une rouille qui en ternit tout l’éclat, et qui la détruit même beaucoup plus que l’action. Qui pourroit faire revenir ces temps heureux des anciens solitaires, nous montreroit des hommes si recueillis en eux - mêmes , qu’ils pourroient compter toutes les pensées étrangères qui leur viendraient, et qu’ils les marqueroient en effet sur leurs tablettes pour en rendre compte à leur directeur. Une des marques des âmes tièdes , dit saint Bonaventure , c’est qu’elles ne sentent point le mal que font les pensées inutiles.

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