U LÉSIONS SPINALES DANS LA PARALYSIE GÉNÉKALE
maladie; 2' il faut bien dire que peu de praticiens ont l'idée d'aller rechercher les troubles médullaires chez les fous paralytiques au début, bien peu surtout osent attribuer à une lésion de la moelle les symptômes, vagues, mobiles, peu marqués, dont les malades rendent difficilement compte, et qui appartiennent cependant à une lésion incontestable de l'axe rachidien; les douleurs dont se plaint l'aliéné sont dites rhumatoïdes quand elles ne sont pas traitées d'imaginaires.
Teissier père, de Lyon, a fait à ce sujet, et tout récemment, une communication intéressante sous le titre de Névralgies et névroses viscérales dans les maladies cérébro-spinales (1 ) .
Quant aux résultats que peut fournir l'exploration de la molilité, de la sensibilité, ils sont viciés par l'état intellectuel du sujet; c'est à cause de toutes ces raisons que les manifestations spinales sonrt si rarement signalées au début de la paralysie générale.
C'est sans doute à la lésion spinale, lorsqu'elle débute en même temps que la lésion cérébrale, qu'il faut attribuer une partie des symptômes que nous avons étudiés au chapitre % tels que les tremblements des mains, l'inhabileté manuelle, le trouble de l'écriture, la plupart des phénomènes ataxiques, certains troubles de la sensibilité; la perte de conscience musculaii*e, par exemple, et aussi l'hyperesthésie, les douleurs, le priapisme ou l'anaphrodisie, la constipation qui accompagnent parfois le début de la paralysie générale.
Ces douleurs sont parfois sourdes et continues, d'autres fois vives et passagères ; il est bien rare qu'alors la pression pratiquée le long de la colonne vertébrale ne révèle pas l'existence de points fixes douloureux.
Parfois aussi on observe alors de véritables phénomènes de paralysie ; les malades supportent difficilement une pression sur les épaules; ils ressentent un affaiblissement général, arrivent rapidement à Tincontinence de l'urine et des matières fécales.
La contractilité électro-musculaire est aussi sensiblement amoindrie chez eux; ils diOerent donc des autres aliénés paralytiques exempts de complication spinale. En effet, chez ces der-
M) Aiwrialion française pour racancemenl des sciettces < session de 1876, tenue à Clcrra>:il-FerrauUK
ATAXIE LOCOMOTRICE ET PARALYSIE GÉNÉRALE. 2i5
niers, ainsi que nous l'avons dit cl répété, les phénomènes paralytiques ne sont qu'apparents, à toutes les périodes de la maladie. Pour préciser ce point de doctrine, nous redirons encore : V que chez les malades désignés sous le nom d'aliénés paralytiques, il n'y a qu'exceptionnellement de la paralysie; 2» que la paralysie, quand elle existe, est due à une lésion des parties antérieures de l'axe spinal ou à des altérations des corps striés et qu'elle est rarement produite par des lésions corticales; 3* que toutes les lésions spinales n'amènent pas la paralysie, parce qu'elles ont une tendance très-nette à n'envahir que la partie postérieure de l'axe rachidien.
Quelquefois, les douleurs qui annoncent le début de la paralysie générale révèlent la forme de névralgies sciatiques; de là, la possibilité d'erreurs très-regrettables ; quand la sciatique est bilatérale, l'attention doit être immédiatement éveillée ; mais quelquefois la sciatique est unilatérale. Ces douleurs sciatiques paraissent dues à une méningite spinale postérieure (1); elles sont accompagnées de fièvre et le plus souvent de délire et d'agitation ; il faut opposer à ces états dès le début une médication révulsive extrêmement active : c'est le seul moyen de calmer les souffrances et d'empêcher la lésion de s'étendre.
L'ataxie locomotrice et la paralysie générale débutent quelquefois ensemble chez le même individu ; c'est ce qui résulte de plusieurs observations éparses dans la science, dues surtout à Weslphal , à Magnan ; Eisenmann en rapporte un cas {Dir Bewegungs Ataxie^ p. 144), Hoffmann un autre (Zeilschrift fur Psychiatrie, XIII, p. 209), de môme Steindhall.
Mais les deux maladies ne suivent pas parallèlement leur évolution ordinaire, comme si elles existaient séparément sur deux individus; bien au contraire, leurs symptômes s'intriquent; il faut bien dire, en outre, que cette association est assez rare et qu'il en existe peu d'observations concluantes.
Le plus souvent, ce qu'on observe au début de la paralysie générale, ce sont des phénomènes ataxifojmes que nous avons suffisamment étudiés dans la symptomatologie.
Ces troubles médullaires paraissent être en rapport avec un
(I) Ang. Voisin, Umon tnéd., 1867,