LÉSIONS SPINALES DANS LA PARALYSIE GÉNÉRALE
Requin a décrit en quelques lignes ces troubles médullaires qui s'observent assez souvent dans les hôpitaux ordinaires.
Galmeil, dans sa 72' observation, rapporte le cas d'un homme très-prédisposé par suite de Thérédité, qui, deux ans avant de devenir aliéné paralytique, éprouva des symptômes de myélite chronique. C'était une sensation de fourmillement dans les orteils, accompagnée de crampes dans les mollets et d'une certaine gêne de la démarche ; cet état de souffrance n'empêchait pas le malade de vaquer à ses occupations journalières ; mais, deux ans après, il devint aliéné paralytique.
Lorsqu'il mourut, c'est-à-dire un an plus tard, l'autopsie put expliquer les troubles d'origine médullaire qui avaient précédé l'invasion des troubles intellectuels; en effet, les faisceaux blancs de la moelle étaient d'une fermeté remarquable.
ft On pouvait les disséquer, les tirailler longtemps sans les rompre, et la substance grise de cette même moelle était d'un rouge vif. Ces modifications de consistance et de couleur se rattachaient évidemment à l'existence d'un travail inflammatoire ancien. »
Un fait analogue est cité dans l'observation 102 du livre de Martinet et Parent-Duchâtelet (1).
Nous avons décrit en 1867 (2) des phénomènes de méningite spinale précédant de deux ans l'explosion de la maladie. Les membres supérieurs étaient agités d'un tremblement presque continuel qui rendait difficiles l'écriture et la préhension d'objets usuels.
M. Magnan a insisté sur les troubles spinaux qui peuvent précéder l'apparition des troubles intellectuels (3).
C'est sans aucun doute à ce groupe de faits, comprenant les cas de lésions successivement médullaires et encéphaliques, qu'il faut rapporter l'observation de M. Baillarger (4), et que nous signalons à l'attention des lecteurs parce que c'est à propos de ce cas et de deux autres qu'il a été question pour la première fois dès rapports qui existaient entre l'ataxie locomotrice et la paralysie générale.
Dans cette observation les symptômes ataxiques duraient déjà
(1) Martinet et Parent-Duchatelct, Rech. sur Vinflam, de Varachndide, p. 47G.
(2) Voisin, Unifm médicale, 1867.
(3) Galette de» hôpitaux, 2i soplcmbrc 1870 (4; Ga%etlede8 hôpitaux, 1861, p. 558.
RAPPORTS AVEC LA PARALYSIE SPINALE DIFFUSE. 2i9
depuis quatre ans et Duchenne avait diagnostiqué une ataxie locomotrice progressive à la première période, lorsque apparurent les troubles intellectuels caractéristiques de la paralysie générale, et à partir de ce moment les symptômes ataxiques disparurent, tandis que la démence paralytique s'accentua de jour en jour. Il ne s'agissait donc pas là d'ataxie locomotrice progressive, mais bien de troubles ataxiques chez un sujet prédisposé à Tinflammation de tout Taxe cérébro-rachidien.
Les symptômes spinaux de la paralysie générale des aliénés ont encore des rapports avec ceux de la paralysie spinale diffuse subaiguê de Duchenne.
Dans la paralysie spinale diffuse subaiguë de Duchenne les douleurs apparaissent habituellement au début ; elles précèdent ou accompagnent la parésie ou la paralysie musculaire ; elles s'exagèrent par paroxysmes; elles persistent pendant des années, quelquefois jusqu'à la fin delà maladie. Elles ne sont pas fulgurantes; elles ont un caractère de continuité qui les distingue de celles de l'ataxie musculaire progressive. Elles siègent souvent un certain temps dans des trajets nerveux, avant l'invasion des phénomènes paralytiques et atrophiques, et prennent alors l'apparence des névralgies, ou bien elles occupent des masses musculaires et même des jointures, et augmentent par la pression; elles sont quelquefois prises alors pour de simples douleurs rhumatismales.
Les douleurs s'irradient quelquefois dans les doigts et les orteils, où se font sentir déjà primitivement des fourmillements et des engourdissements ; elles remontent dans les membres, ou dans des segments de membres.
Lorsque les membres inférieurs sont atteints par la paralysie, les fonctions de la vessie et du rectum sont souvent troublées à leur tour. En même temps arrivent des désordres fonctionnels génésiques, une excitation immodérée ou l'impuissance accompagnée quelquefois d'un priapisme douloureux pendant le sommeil. Enfin, dans une période ultime, apparaissent des eschares au sacrum.
Il est bien certain que pour porter un diagnostic précis, pour dire si tels ou tels troubles médullaires appartiennent à la paralysie générale des aliénés ou à la paralysie spinale sub-