PELLAGRE
pas on doute l'existence chez elle d'un comuiencement de folie paralytique, lè
Observation XXXIV. — Nous observons en ce moment (février 1877) à la Salpétrière une malade, manifestement folle paralytique, sur les antécédents de laquelle nous avons les renseignements les plus précis, et qui devint aliénée à la suite d'une insolation. Cette jeune femme , blanchisseuse de profession à Suresnes, était autrefois d'un caractère parfait, très-bonne mère de famille. La cruelle maladie dont elle est atteinte à l'heure qu'il est reconnaît pour cause unique une insolation ; c'est huit jours après cet accident que les premiers troubles intellectuels se sont manifestés.
De même le séjour prolongé dans un air confiné, au-dessus de Iburneaux, est très-propre h préparer le terrain pour Féclosion de la folie paralytique ; cette éliologie est absolument incontestable. Moreau fils (de Tours) a étudié la folie qu'on pourrait appeler la folie des cuisiniers, et qui n'est pas sans avoir certains rapports avec la folie paralytique.
La pellagre a avec la paralysie générale des rapports encore inexpliqués, qui sont contestés.
Baillarger (1) a insisté sur la fréquence de la folie paralytique chez les pellagreux, et il estime que la pellagre doit être rangée parmi les causes de la paralysie générale des aliénés.
Avant lui, quelques personnes avaient soupçonné ce rapport. C'est ainsi que plusieurs auteurs avaient signalé la fréquence des troubles intellectuels chez les pellagreux (Marchant (2), Calés, Guislain, Ferrus, Brierre de Boismont, Roussel (3), Morel), que d'autres avaient noté chez les aliénés pellagreux des lésions analogues à celles delà paralysie générale. En 1830, Brierre de Boismont (4) avait signalé ces lésions.
Plusieurs avaient également noté la fréquence de phénomènes de paralysie, de phénomènes choréiformes (Willemin) (5); mais personne avant Baillarger n'avait démontré que très-souvent
M ) Baillarger, Appendice au Traité de Griesinger. d) Marchant, Doc. twr la peliagre des Landes 1847, p. 12.
/3) Théoph. Roussel, Traité de la pellagre et des pseudo-peUagres, ouvrage couronné par riii»titut. Paris, 1866.
(4) Brierre de Boismont, Métnoire lu à Tlnslilut sur la pellagre et la folie pellagreuse, inf^éré dans le Journal complémentaire des sciences médicaUst publié par Panckoucke. — Ce mémoire fut édité pour la seconde fois en 1834.
(5) Willemin, Arch, deméd., 1847.
330 ÉTIOLOGÎE.
ces divers phénomènes intellectuels et somatiques «ippartenaieni h une même unité morbide : k la paralysie générale des aliénés.
Bonacossi (de Turin) et Girelli (de Brescia) avaient entrevue' rapport, mais à Baillarger revient le mérite d'avoir poursuivi cette étude et de l'avoir publiée.
Dans une première communication à l'Académie (1), cetauteur signale l'extrême analogie qui lui parait exister entre la paralysie des pellagreux et celle des aliénés.
Dans un second mémoire (2), Baillarger en démontre l'identité, il prouve en effet que bon nombre d'aliénés pellagreux otil, tout comme les aliénés paralytiques qu'on rencontre dans nos asiles de France : 1** du délire ambitieux; 2** de l'embarras delà parole ; S"" du grincement des dents ; 4" du mâchonnement; 5* de la démarche vacillante; que souvent la folie revêt chez les pellagreux le caractère de la démence aiguë. De là, ajoute-i-il, la fréquence des suicides chez les pellagreux.
Baillarger prouve encore que les lésions cérébrales sonl V^ mêmes chez beaucoup d'aliénés pellagreux et chez les paralysa 2[énéraux de nos asiles.
L'identité est donc incontestable aux yeux de ce savant auteur.
En 1864, Benevesti confirma cette opinion : sur quaranlo autopsies de pellagreux, il relate parmi les lésions les plus importantes : i° les inflammations et les adhérences des membranes de l'encéphale et de la moelle; ^'^ les altérations constantes de la moelle, consistant le plus souvent en un ramollissement de la portion dorso-lombaire.
Diabète. — Marchai de Calvi (3) prétend que la rfw/^V diabétique étend souvent son action à l'axe cérébro-spinal.
« Les accidents qui manifestent cette action, dit-il, se rapportent à une espèce de pathologie formelle, telle que la congestion cérébrale, l'apoplexie, la paralysie générale, ou ils soni indéterminés. »
Cet auteur incline à penser que, dans la plupart des cas, \t> symptômes sont en rapport avec un processus inflammatoire, mai>
(1) BaUlarger, BuUetm de rAcadêmU de médecine, t. XII, séance du 3 août 1847
(2) Mémoire lu dans la séance du 14 décembre 1847.
(3) Marchai de Calvi, RechercheK tmr les accidents diabétiques, 1864. p. 349. 381.
ÉPILEPSIE. :m
cjue le sucre pourrait peut-être avoir encore une action purement dynamique; qu'il peut enfin arriver que des accidents cérébraux soient occasionnés par une albuminurie concomitante. C'est une opinion discutable. Malgré l'assertion de Marchai de Calvi, nous ne croyons pas que, dans les diverses observations qu'il a citées, il y ait un seul cas de véritable paralysie générale des aliénés. Ces observations d'ailleurs n'insistent pas assez sur les caractères du délire; elles ne constatent qu'une chose : c'est que, chez les diabétiques, il y a parfois des troubles nerveux variés.
Arrivons à l'influence des attaques d'épilepsie ; elle est bien mieux établie et bien plus facile à interpréter.
Épilepsie. — La question des rapports qui existent entre l'épilepsie et la folie paralytique est intéressante à étudier. Nous avons déjà parlé dans ce chapitre des complications épileptiformes survenant dans le cours de la méningo-périencéphalite.
Nous avons dit que ces phénomènes accidentels i^vêtaient parfois à s'y méprendre ks caractères de l'épilepsie idiopathique, et que dans certains cas il pouvait être difficile .de dire si l'épilepsie était essentielle, ou symptomatique d'une périencéphalite diffuse (1). Ces faits prouvent qu'il y a entre l'épilepsie franche oi la paralysie générale un certain rapport; ce rapport devient plus évident quand on voit l'épilepsie franche donner lieu, à la longue, à la folie paralytique.
Est-ce à dire que toutes les folies qui surviennent à la longue chez les épileptiques sont des folies paralytiques ? Loin de nous cette idée.
Il existe en eflel chez les épileptiques diverses formes d'aliénation mentale (folie épileptique et démence consécutive à l'épilepsie) qui n'ont rien de commun avec la folie paralytique. Mais à côté de cet ordre de faits, il y a lieu de considérer les cas où l'épilepsie donne lieu à la folie paralytique; ces faits, pour être rares, n'en sont pas moins incontestables.
Calmeil en cite plusieurs cas; malheureusement, dans ces observations le délire n'a pas toujours les caractères du délire de la paralysie générale, et c'est surtout d'après les lésions trouvées
(1) Yoy. robservation ISO* du livre de Calmeil sur les Maladies inHammatoirei du cet" veau. Paris, 1859, t. II.
333 ÉTIOLOGIE.
à rantopsie qu'on est on droit d'affirmer qu'il s'agissait biondf paralysie générale. Les deux faits 270 et 274 du livre de Parchappe nous semblent plus concluants, parce qu'on peut mieux reconnaître dans le délire les caractères de la folie paralytique; il est fâcheux que les détails ne soient pas pliis complets.
Burlureâux a relaté dans sa thèse une observation empruntée 2\mon service de Bicêtre et rédigée par Liouville (4), observation qui montre nettement la transition entre l'épilepsie et la paralysie générale :
Observation XXXV. — Un malade avait eu pendant vingt et un ans îles attaques d'épilepsie franche, sans troubles intellectuels considérables, attaques relativement espacées. Interné à Bicêtre, ce malade eut des attaques de plus en plus fréquentes ; après chacune d'elles rintelligence éprouvait mi trouble passager, mais de plus en plus long à se dissiper. On assista pea i peu à Papparition d^illusions et d'hallucinations; on put suivre la déchéaorf croissante des facultés intellectuelles et l'évolution de la folie paralytique avef délire des grandeurs. L'autopsie montra les caractères de roéningo-eiir^ phalite chronique avec adhérences.
Dira-t-on que dans ce cas, comme dans ceux de Calmeil et de Parchappe, il y avait une simple coïncidence, et que ces laits ne prouvent qu'une chose , à savoir que l'épilepsie ne met pas à Fabri de la folie paralytique? Il nous semble qu'il y a pins qu'un rappori de coïncidence, et l'on pourra s'en convaincre en considérani quelles sont les lésions qu'on rencontre chez les épileptiquf's. Étant donnée l'anatomie pathologique de l'épilepsie, on ne doit pas être étonné de voir cette maladie amener une conj^estion chronique du cerveau, qui, dans certains cas, pourra devenir là cause de la paralysie générale. Il résulte, en effet, des élud»^^ faites par Luys et moi (2) sur les lésions cérébrales qu'on reucontre chez les épileptiques, que les attaques épileptiques répélée^ ont pour conséquence une congestion intense du cerveau, do cervelet, du bulbe, la formation de taches ecchymotiquessurb méninges ainsi que sur la surface corticale; qu'à la suite d»? attaques épileptiques répétées existent sur la surface antérieiin du quatrième ventricule une teinte grisâtrej des ecchymoses surtout sur la ligne médiane, des vaisseaux tuipdes; q»î'
(1) Burlureâux, Camidération* sur le nége, la nature, les causes dt la folkpm^^ Paris, 1874, thèse, p. 71.
(2j Archives générales de médecine , décembre 1869.