‹ Traité de la paralysie générale des aliénésChapitre 80 sur 126 · RHUMATISME · texte numérisé non relu

RHUMATISME

bout d'une dizaine de jours, et alors donner lieu aux symptômes de la paralysie générale aiguë; enfin il doit se rencontrer (les cas où elle donne lieu à la paralysie générale chronique ; malheureusement nous n'en avons pas encore observé et nous ne pouvons qu'attirer Fatlention sur ce sujet.

Fièvre iifphoide. — Une observation de Parchappe est relative à un homme atteint de fièvre typhoïde, à la suite de laquelle il lesta mélancolique et mourut par congestion cérébrale. Les lésions trouvées à l'autopsie indiquent une paralysie généi^le d'ancienne date. Nous-même avons recueilli plusieui*s observations analogues. Cependant nous devons dire que la paralysie générale, à la suite de la fièvre typhoïde, n'a pas été rencontrée par Nasse (1) sur 2000 cas de fièvre typhoïde suivis 43 fois de folie. Nous avons fait remarquer ailleui*s que ce que Beau considérait comme de la paralysie générale aiguë, à la suite des fièvres tj'phoîdes, n'appartenait pas à la paralysie générale des aliénés.

Rhumalisnie articulaire. — On a déjà beaucoup écrit sur la folie rhumatismale. Bon nombre d'auteui-s, Lorry, Guislain, Ferrus (2), Mesnel (3), Griesinger, Bail (4), Leloutre (5), Vaillard (6), considèrent la folie chez les rhumatisants comme une forme de l'afiection rhumatismale, comme une complication viscérale du rhumatisme, méritant le nom de folie rhumatismale. D'autres affirment que les désordres de l'intelligence, observés dans le cours ou dans la convalescence du rhumatisme, n'ont absolument rien de caractéristique, et qu'ils sont dus, soit à la fièvre intense (Giraud) (7), (Simon) (8), soit à la douleur longtemps prolongée (Christian) (9), soit à l'anémie consécutive.

(I) AU. ZeU. pkr Psych., 1870, p. t.

(i) Ferrus, article Rhomatisme du Dicl. en 30 vol.

(3) Mesnel, Ardi. de méd., 1856.

(i) Bail, Thèse d*agrégation, 186(i.

(5) Leloutre, Thèse de Paris, 1866.

(6) Vaillard, Gat. heMom., 1876, et Recueil de mémoires de médecine et de chirurgie mililaireSj janv. et nov. 1876.

(7) Gîraud, Du délire dans le rkumalisme. Paris, 1871.

tS) Simon, il rc/i. fur Psychiatrie und Nervenkrankh. Berlin, 1875.

{*J} Christian, Folie consécutive au.c maladies aiguës {Arch. de méd., 1873i.

A. VOISLN. Paralysie.

^38 ÉTIOLOGIE.

Sans vouloir pousser trop loin Fesprit d'éclectisme, nou^ n'hésitons pas à dire qu'à notre avis les deux opinions sont fondées en raison, parce que la folie chez les rhumatisants revêl divers aspects.

Dans certains cas, en effet, il faut compter avec Télémeol rhumatismal ayant son génie propre, « produisant dans la substance nerveuse une modification obscure, insaisissable > (Trousseau). La fréquence relative de la folie chez les rhumatisants «^l le meilleur argument qu'on puisse apporter pour soutenir celle opinion; mais le plus souvent c'est à des lésions organiques indépendantes du vice rhumatismal qu'il faut rapporter le dèlin? chez les rhumatisants. Tantôt c'est l'anémie cérébi'ale et Tépuisenient nerveux qui sont enjeu; c'est lorsque la folie sunienl pendant la convalescence sans être accompagnée de fièvre, comme dans un cas rapporté par Delioux de Savignac (1) et dans un autre publié par Laveran (2). Ces formes sont susceptibles de guérison spontanée; une bonne alimentation en fait souvent justice. Dans d'autres cas, au contraire, et ce sont ceux qui nous intéressent ici, le délire est certainement lié à la congestion cén^ brale : il y a alors de la fièvre, un amaigrissement rapide, et quaml la mort survient on trouve, à l'autopsie, les lésions habituelles di la congestion cérébrale, comme dans les cas cités par Vaillard: quand la maladie au contraire évolue plus lentement, elle donne lieu à la méningite chronique de la convexité (Jaccoud), à la folie paraljtique. Contesse (3) a insisté sur cette influence du rhumatisme au point de Vue de l'étiologie de la folie paralytique.

Siiife de couches. — Chez les nouvelles accouchées, le délire a certainement pour cause un état congestif de l'encéphale; ^ plus souvent ce délire disparait avec l'état congestif dont il él^iil symptomatique. Parfois il revêt d'emblée les caraclèi-es de la folie paralytique : ce fait n'a rien d'étonnant; parfois il ne le? revél qu'au bout d'un certain temps : on peut alors diriM|u'il révèle la période intermédiaire. Parchappc eu a cité un bel

(Il lloii<ui\ dt» Sa\ij:n;u\ .\/v7j. «/»• m*»./.. 1857. {•*} Li\cr,ni, i'nion me-*/., |n78.

FOLIE DES NOUVELLES ACCOUCHÉES. a3U

exemple dans son observation 236 (1). Que si l'on nous demande pourquoi nous croyons chez les nouvelles accouchées à un processus congestif, nous répondrons : l"* que l'observation clinique le démontre surabondamment (existence de fièvre, de tremblement de la langue, bons effets du bromure de potassium, déplorables effets de l'opium, etc.) ; 2"* qu'en outre il est logique de penser qu'il se passe dans le cerveau ce qui se passe dans les autres organes chez les nouvelles accouchées. Chacun ne sait-il pas la fréquence des néphrites, des pneumonies, des congestions pulmonaires, surtout chez les femmes qui, avant leurs couches, avaient quelques tubercules dans les poumons? Ajoutons que les femmes qui n'allaitent pas sont bien plus exposées que les autres à ces accidents congestifs.

Suppression de la simir des pieds ^ de la inefistruaUon , de V allaitenient . — La suppression de la sueur des pieds a été citée comme cause de paralysie générale; nous n'avons à ce sujet aucune observation concluante, mais il est bien possible que cette cause ne soit pas dénuée de fondement. Il est certain, en effet, que la suppression brusque de la sueur des pieds provoque des phénomènes d'ordre congestif, tels que vertiges, éblouissements, céphalalgie. Nous connaissons un monsieur qui, ayant essayé pendant quelque temps de tarir une hyperhydrose des pieds, extrêmement incommode, dut se hâter de rétablir cet exutoire, tant il éprouvait de malaise, de céphalalgie et de poussées congestives à la tête.

La suppression de la menstruation, celle de l'allaitement, peuvent aussi avoir une influence sur le développement de la folie paralytique. Baillarger a rapporté à ce sujet deux faits probants {^) . Lorsqu'une femme allaite, il est imprudent de suspendre brusquement et hâtivement l'allaitement, surtout si cette femme a une constitution pléthorique; c'est l'exposer à des accidents variés, et la suppression brusque de cette importante fonction retentit parfois d'une manière fâcheuse sur le cerveau. De là un

(1) Voy. encore observ. 19 de Parcimppe, TroiU de /« faUet 1H41.

(2) Baillarger, Ann. méd.*psych., 1857, t. II!, p. 304.

SiO ÉTJOLOGIË.

certain nombre de cas de folies, dites folies des nouriices (1). On peut, dans une certaine mesure, se rendre compte de l'innuence de la suppression de la lactation si l'on songe a Timportance de cette fonction. Ne sait-on pas, en effet, que celle fonction brusquement supprimée entraîne, par exemple, un diabète passager (2)? C'est qu'elle retentit puissamment sur toute l'économie.

Les mêmes accidents congestifs qu'entraîne la suppression brusque de l'allaitement se produisent chez les femmes qui n'allaitent pas du tout, surtout si ces femmes ont allaité à Icui's couches précédentes. Nous avons obsei'vé trois faits qui démontrent bien ces propositions. Pour n'en citer qu'un, il s'agissait d'une dame à constitution vigoureuse, qui avait nourri trois de ses enfants, mais qu'on ne laissa pas allaiter son quatrième. Or, quinze jours après la naissance de ce dernier enfant, la mère fut prise brusquement d'agitation, de délire ambitieux; elle se mit à faire des achats inconsidérés, présenta de l'inégalité pupillaire, de l'hésitation de la parole et une diminution notable de la mémoire. Elle est aujourd'hui atteinte de paralysie générale à la troisième période.

Observation XXXVI. — Absence deVallaitemenl. Délire de richesses, démencCy incohérence. — Madame C..., âgée de trenle-deux ans, est mère de trois enfanls; elle a nourri les deux premiers; la dernière est née il y a quinze jours, elle ne Ta pas nourrie.

Au bout de quinze jours elle a été prise de céphalalgie, d'étourdisseineuls, de nausées, d^insomnie, puis successivement de loquacité, de conceptioDs délirantes, consistant à se croire très-riche ; elle a commis quelques actes irréfléchis et extravagants, entre autres elle est entrée au théâtre du Châtelet en bonnet et en robe de chambre; elle a acheté une table sculptée dontle prix dépassait ses moyens; elle est allée vendre des objets en or; elle a cesse de s'occuper de son intérieur, de ses enfants ; elle passait son temps à aller et venir, à descendre Tescalier.

A la première visite que je fis à celte dame, je constatai l'état suivant: femme fortement constituée, d*un tempérament sanguin. La physionomie est très-mobile, la face est enluminée. Pupilles inégales. Pas d'ataxie de la

(1) La folle des nourrices osl de nature congcslivc lorsqu*cUe survient par le Hiii <]'' la suppression bruscjne et hâtive de rallaitcmcnt; clic est de niènic nature que U Mi'* des nouvelles accouchées. Lorsqu'elle survient à la fin de la lactation, olle est dueiTépuiseuient, à Tanéinie : elle est alors de même nature que la folie des femmes enceintcN qui est duo à Tanéniie fréquemment inséparable de Tctat de gestation.

(2) De Sinely, Progrès médical, 1876.

ABUS DE COÏT. 34t

langue ni des lèvres. Par moments la parole est un peu ànonnée ; exubérance de paroles. Elle me raconte qu'elle va donner un grand diner de 500 couverts, qu'elle fera servir un poisson d'or, que Ton aura les mets les plus recherchés, etc., etc. La mémoire des noms, des dates, est diminuée d'une façon notable. Madame C... n'a aucune conscience de son état, elle soutient qu'elle a le plus grand soin de son ménage. Il existe de la fièvre.

MaJameC... est placée dans la maisondesantédudocteur G..., où j'ai continué à lui donner des soins pendant plusieurs mois. Le traitement a consisté en applications de vésicatoires permanents à la nuque, en prise de digitaline, dVrgotine, de bains de pieds.

Le traitement a été impuissant; le désordre des paroles et des actes a persisté, sauf pendant quelques moments, mais la démence et le délire de richesses se sont accentués. Au bout de six mois la malade a été prise d'incontinence d'urine et des fèces. Elle est aujourd'hui dans la maison d'aliénées de Cl... La maladie en est à la troisième période.

En résumé j celte malade, d'un tempérament sanguin, qui avait déjà nourri deux de ses enfants, a été prise de paralysie générale qui a coïncidé avec l'absence d'allaitement de son troisième enfant ; le début de TafTection a présenté tous les signes de la congestion cérébrale.

Ces cas ont beaucoup de rapports avec ceux que nous avons mentionnés sous le titre de paralysie générale chez les nouvelles accouchées : c'est qu'en effet le fait de ne pas allaiter ses enfants nous semble être une des causes de la folie des nouvelles accouchées, folie de nature éminemment congestive.

^ Inlltience des abus de coït.

Les abus de coït nous semblent également jouer un certain rôle dans Tétiologie de la paralysie générale, et leur influence nous semble être d'origine réflexe.

Il est certain que, pendant l'acte de coït, il se produit des congestions encéphaliques temporaires, dont la répétition trop fréquente doit prédisposer à la périencéphalite chronique.

Pendant le coït, en effet, la face est congestionnée, il est donc probable que l'encéphale l'est également. On connaît des exemples de morts subites survenues pendant le coït, accidents dus sans aucun doute à la congestion cébrébrale. On sait que le coït produit chez les individus à tempérament sanguin, surtout s'ils le pratiquent souvent et après le repas, des vertiges, de la céphalalgie. On sait enfin qu'après le coïtilyaphysiologiquement

3W ÉTIOmCIE.

une sorte de tremblement ataxique qui empêche, par exemple, d'écrire aussi nettement qu'en temps ordinaire, et qui prouve un retentissement passager, mais profond, sur tout l'axe cérébrospinal; chacun connaît les inconvénients du coït pratiqué debout.

Il est donc infiniment probable que des congestions aussi iv[n''tées entrent en ligne de compte dans l'étiologie de la paralysie générale. C'est Lallemand qui a commencé la croisade contre les abus du coït. Imbu de ces idées, Cavalier, professeur à Montpellier, médecin de l'asile des aliénés, prétendait que la paralysie générale reconnaît pour cause exclusive les abus du coït, qu elle était aussi bien plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, qu'on ne la rencontrait absolument que chez les femmes qui avaient fait des abus prolongés, plus particulièrement chez les femmes en carte, et moins fréquemment chez les prostituées des maisons de tolérance.

Cette opinion nous parait exagérée, car nous avons eu mainles occasions de voir atteints de paralysie générale des femmes à rie régulière, des femmes mariées, et des hommes qui n'abusaient pa> des plaisirs sensuels.

Les auteurs qui attribuent cette importance exagérée aux abus de coït oublient peut-être que l'activité génésique est surexciléi* le plus souvent [au début de la paralysie générale, et aiTivent ainsi à prendre pour une cause de la maladie ce qui n'en n qu'une manifestation.

'^'* De la folie paralytique consécutive aux Dé?ralgies généralisées

ayant duré longtemps.

Il y a souvent lieu de remarquer dans les antécédents de> malades devenus aliénés paralytiques l'existence de névralgie^ généralisées, parfois très-rebelles, très-pénibles, et nous ne sommes pas éloigné de penser que ces névralgies ont une certain»^ part dans l'étiologie de la folie paralytique.

Dans notre mémoire présenté à l'Académie en 1875, noii> avons signalé ces faits et rapporté six observations de paraly>i'' générale précédée longtemps à l'avance de douleurs névralgiques, lo plus souvent très-tenaces, d'autres fois assez mohi-

NÉVRALGIES GÉNÉRALISÉES. :m

les (i). H n'est pas impossible, à iioli-e avis, que ces douleurs aient fini par amener une lésion vasculaire de reuct^phale; les expressions : être affolé de douleur, devenir fou de douleur, doivent aussi bien s'appliquer à la douleur physique qu'aux peines morales.

Qu'on songe en effet au trouble intellectuel que produit une simple névralgie dentaire prolongée, empêchant le sommeil, persistant sans rémission, et l'on comprendra comment une névralgie plus intense, plus généralisée, plus persistante, plus pénible en un mot, peut finir par amener un trouble persistant du fonctionnement cérébral et des lésions appréciables de l'organe ainsi vicié dans son fonctionnement.

Sizaret partageait à peu près les mêmes idées lorsqu'il se demandait si les violentes et longues épreuves auxquelles les dentistes soumettent les nerfs dentaires pour la pose et le maintien des dents artificielles, n'étaient pas pour quelque 'chose dans l'éliologie de la paralysie générale (2).

De là, à notre avis, la nécessité qui s'impose au médecin de calmer à tout prix les douleurs chez les individus qui, sans avoir le moindre dérangement intellectuel, ont des névralgies rebelles et pereistanles; c'est dans ces cas que le traitement par la morphine, prolongé pendant des mois et des années s'il le faut, trouve une de ses plus formelles indications. Notre conviction à cet égard est inébranlable; il faut calmer la douleur, parce que d'abord c'est là le rôle essentiel du médecin, ensuite parce que la douleur mène à la folie.

Pour calmer la douleur, ce qu'il y a de plus sûr, c'est, tout en administrant la médication anti-diathésique, l'usage immédiat de la morphine; tous les autres moyens thérapeutiques, la cautérisation transcurrente elle-même, recommandée par Valleix, qui a si bien étudié ces névralgies générales, tous les moyens, disons-nous, échouent le plus souvent. La morphine, au contraire, réussit dans l'immense majorité des cas, à la condition d'être employée à doses suffisantes. Il n'y a pas lieu de fixer un

(I) Voy. obsprv. 29, 30, 67, 60, 101, lOi. — Voy. à co sujet : Valloix, De la névralgie générale {Union méd., cl BuU. de thèr., 1868) ; Krishabor, Xêvropathie cérébro-cardiaque {ï'nion méd.f 1874); Peler, Clinique médicale de VHôieUIiieUy «lo Troussoaii, \%1^.

(t) SizarRt, De Vinconvénient des dents artificielle* che^ les aliénés (Ann. médico-psych., janvier 1875).

311 ÉTIOLOGIE.

chiffre pour la dose à employer. Il faut tout simplement arriver k produire certains effets physiologiques que nous avons déjà signalés (1) : chez certaines personnes ce résultat sera obtenu avec 1 milligramme en injections sous-cutanées, chez d'autres il faudra 5 centigrammes, chez d'autres il en faudra 40. Qu'importe ! A dose suffisante, la morphine amènera presque toujours la cessation momentanée des douleurs névralgiques (à la condition, bien entendu, que ces douleurs ne seront pas symptomatiqueN d'un état congestif de l'axe cérébro-rachidien) . Nous disons la cessation momentanée; c'est qu'en effet, même avec la morphine convenablement employée, il ne faut passe flatter de guérir définitivement ces névralgies rebelles, on les fera disparaître pour vingt-quatre, pour douze heures; c'est déjà un résultat immense: il suffit pour s'en convaincre de demander l'avis des malade'^ atteints de ces névralgies. Quand l'action de la morphine sera épuisée, soife au bout de douze, soit au bout de vingt-quatre heures, on renouvellera l'administration du médicament, et Ton donnera ainsi de douze à vingt-quatre nouvelles heures de repos aux patients. Le grand point à obtenir, c'est d'arriver à supprimer l'habitude morbide ; c'est là un fait qui nous semble être livsimportant. L'économie en effet prend facilement des habitudes morbides, et le fait seul d'avoir souffert est une cause de souffrances nouvelles. De même, le fait d'avoir eu des convulsions entraîne une certaine tendance de l'économie à en éprouver indéfiniment. C'est précisément pourquoi il est si important, chez les enfants par exemple, de supprimer les convulsions. Si on laiss(' l'enfant avoir des convulsions pendant un certain temps, cfôlen vain plus tard que l'on fera disparaître la cause qui a produite première fois les convulsions. Dans le cas, par exemple, de convulsions dues à des vers intestinaux, un vermifuge pris dès Fapparition des premières convulsions fera dispamître àjamaisetles vers et les convulsions. Si au contraire ce vermifuge n'est pris que tardivement, il fera bien disparaître les vers intestinaux, mais il

pourra se faire que les convulsions persistent au moins un certain temps. C'est que l'économie aura pour ainsi dire pris une fâcheuse habitude.

(1) A. Voisin, Au//, fie thérapeutique, 187!2etl874.

NÉVUALGIES GÉNÉRALISÉES. »i%

En pathologie nerveuse, Taxiome c mblata caftsa, lollitnr cffectus » n'est pas rigoureusement vrai, par cette raison que la cause originelle, quelquefois diathésique (dartre, arthritis), produit des tendances, des habitudes, des états dynamiques ou même des lésions qui jouent à leur tour le rôle de causes secondaires.

Ainsi donc, chez les individus tourmentés par des névralgies, la morphine calme la douleur et atténue ou supprime Thabitude morbide.

Mais, dira-t-on, le malade fmira par ne plus pouvoir se passer de ce remède. Eh bien, qu'importe encore? Nous pouvons affirmer que la morphine, même à doses considérables, n'a pas les effets délétères que certains esprits prévenus se sont plu à lui attribuer. Sans avoir suffisamment étudié le fait, nous ne savons pas, et pour cause, ce que produirait la morphine administrée pendant des mois et des années à des individus saim^ mais nous savons très-bien que chez les malades atteints de névralgies généralisées, ainsi que chez ceux qui sont atteints de folie simple (par sthénie vasculaire par exemple), la morphine peut être employée pendant longtemps, sans danger pour Tétat général. Elle calme les douleurs, elle fait surtout disparaître ce malaise inexprimable que ressentent les individus atteints de névralgies généralisées, cet état de vague qui les empêche le plus souvent de vaquer* à leurs occupations, et cela sans amener de troubles sérieux.

Nous soignons depuis deux ans un monsieur qui prend par jour 8 centigrammes de morphine en quatre doses, par injections sous-cutanées. Ce malade, pour qui l'existence était un véritable fardeau auparavant, pour qui le travail intellectuel était devenu très-pénible, peut depuis deux ans travailler ; sa tête est libre lorsqu'il est sous l'influence de la morphine et ses douleurs sont supportables. Il y a tout lieu de penser que ces douleurs finiront par s'amender et qu'on pourra arriver à supprimer l'usage de la morphine ; mais dussions-nous continuer pour ainsi dire indéfiniment l'usage de ce médicament, nous le ferions sans hésiter, puisqu'il n'en résulte pour le malade aucun inconvénient sérieux (1). D'ailleurs il nous est arrivé plusieurs fois déjà de

M) Consultez, a» sujet de radminisiratiun prolongée ilo la morphinp, mon rnémoir^^ publié dans \o Bulletin de thérapeutique, janvier 187 i.

346 ÉTIOLOGIE.

mener à guérison définitive des malades atteints de névralgies généralisées ; nous pouvons citer entre autres le cas d'un monsieur qui, depuis dix ans, avait par intervalles des douleurs qui lui faisaient pousser des cris; après six mois de traitement ce malade était parfaitement guéri, sans être pour cela Tesclave de la médication par la morphine.

Ainsi donc, calmer les douleurs chez les sujets atteints de névralgies généralisées nous semble être une excellente chose à différents points de vue, et en particulier parce qu'il se peut que ces douleurs longtemps prolongées fmissent par amener un trouble mental définitif. Ce trouble mental sera, soit la folie simple, soit la folie paralytique avec inflammation lente de la couche corticale du cerveau.

Si nous cherchons à nous expliquer le rapport entre l'inflammation cérébrale et les douleurs névralgiques, nous serons obligé de recourir à l'hypothèse du mécanisme réflexe.

Nous allons prouver qu'à chaque instant, en pathologie, celle hypothèse est mise en avant pour expliquer des faits analogues. Nous avons donc droit d'y avoir recours, quitte à l'apprécier ensuite.

Coïndet, Senn, Requin, accordent certaine valeur à l'influence de la dentition sur les convulsions chez les enfants. A ce propos Requin ajoute cette phrase que nous notons en passant:

« Une influence (la dentition) qui peut ordinairement produire des convulsions avec hyperhémie encéphalique. C'est là un point incontestable.... Ne peut-elle pas, d'autres circonstances aidant, concourir à faire... une encéphalite et une méningite bié*n confirmées ? »

Andral rapporte dans sa Clinique médicale (tome I) le fait d'une couturière âgée de vingt-huit ans, qui,ayantété blessée de propos outrageants, éprouva une suppression suivie d'un frisson de vingt-quatre heures. Le lendemain, boule hystérique; le troisième et le quatrième jour, vomissements bilieux, cessation des symptôme» d'hystérie ; le cinquième jour, tête renversée en arrière, douleur spinale ; le dixième jour, la mort survint. A l'autopsie, on trouva du pus à la surface interne de l'arachnoïde et dans tout le rachis. Or, dans ce cas, le célèbre clinicien est fort porlé à ro^rarder (c los promiers svmptAmes comme nerveux, contre

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