ÉT10IX)GIE
semble donc nécessaire de faire rentrer tous ces délires dans la catégorie des délires du début de la paralysie générale.
Si nous continuons à dépouiller le livre de Parchappe, nous verrons qu'à la deuxième catégorie appartiennent sept obser< vations :
Observation 262. — Relative à un malade aliéné depuis sept ans et devenant peu à peu aliéné paralytique.
Observation 228. — Il y a troi» ans, premiers symptômes d'aliéaaiioQ mentale; depuis quelques mois, idées de grandeurs, lésions de la paralysie générale.
Observation 314. — Neuf ans avant rentrée, cette malade défient aliénée. Six mois après rentrée, symptômes de paralysie générale. Un an après, mort. L*autopsie révéla bien les lésions de la périencépbalite diffose. compliquée de lésions médullaires très-avancées.
Observation 9. — Paralysie générale aiguë chez un homme qu'on croit depuis longtemps aliéné.
Observation 62. — Relative à un homme atteint de manie depuii: dix ans, mort subitement par suite d*hémorrhagies cérébrales. Le cemau présentait de la congestion de la pic-mère et de la substance corticale, et quelques adhérences avec épaississement des membranes.
Observation 72. — Accès passagers de folie depuis douze ans. Trouble mental continuel depuis un an. Ecchymoses sous-aracbnoldiennes; hyperhémie de Tencéphale.
Observation 94. — Il y a dix ans, atteint d'aliénation mentale. Mort par congestion cérébrale.
Enfin, à la troisième catégorie, relative à la folie paralytique survenant chez un individu atteint autrefois de folie simple. appartiennent les quatre observations ci-dessous mentionnées :
Observation 237. — Quatre ans avant la folie paralytique, accès d'ali^ nation mentale qui avait guéri après plusieurs mois.
Observation 175. — Un homme de trente-sept ans ayant eu, tnHsia> avant de devenir aliéné paralytique, un accès d'aliénation qui avait p^^ après trois mois de séjour à Tasile.
Observation 132. — Il y a vingt-huit ans, première attaque d'aliénation mentale, suite de couches; il y a vingt-deux ans, seconde aUaque; il y a huit ans, troisième attaque. La quatrième attaque de manie aipi' emporta la malade au bout de trois mois et demi.
Observation 152. — Il y a plusieurs années, attaques d'aliénation m^otale. Séjour de plusieurs mois à Charenlon.
Les faits de cette dernière catégorie sont intéressants, panv qu'ils montrent qu'une première attaque de folie simple est loin de mettre à l'abri de l'évolution ultérieure de la folie paralytique. — Dans tous ces cas il faut évidemment compter avec la qualii^^
du terrain dans lequel se développent successivement les deux maladies. Ces faits prouvent une fois de plus que pour l'évolution de la folie paralytique, comme pour celle de la folie vésanique, la prédisposition aux maladies mentales joue un rôle qu'il ne faut pas négliger.
Voici deux observations personnelles qui démontrent la transformation possible de folie simple en folie paraltyique.
Observation XXXVil. — Passage de la folie simple à la paralysie générale.
— Folie mélancolique simple, caractérisée par des idées de persécution, la croyance à des influences électriques, ayant duré six ans sans modification, et se terminant la sixième année par une apoplexie cérébrale.
La née Y..., 66 ans, est entrée dans mon service il y a six ans, avant que j*en fusse le médecin, à la suite d'un certificat déclarant qu'elle était atteinte de délire de persécution, qu'elle se croyait sous des influences électriques, qu'elle était mélancolique et alTaiblie dans son intelligence.
Pendant son séjour dans le service jusqu'au 7 août 1867, elle n'a pas cessé d'être plongée dans un état de torpeur profonde et de mutisme, elle se rerusait le plus souvent à marcher, bien que la motilité des membres fût normale. Elle mangeait seule, elle était très-pâle; depuis un certain temps elle laissait souvent aller sous elle; le 7 août 1867 je la trouvai étendue sur son lit, le visage pâle, ne parlant pas : œdème des membres inférieurs et des mains, de la face; le deuxième claquement valvulaire est râpeux; urine non albumineuse.
— 20 septembre 1867 : Perte de connaissance absolue depuis hier matin, yeux fixes, respiration précipitée, collapsus des qutitre membres, roideur au niveau des articulations, peau très-chaude, 1*20 pulsations, insensibilité complète, pupilles inégales, la gauche est du double plus large. Mort le soir.
Autopsie. — Le cœur s'est arrêté en diastole; le ventricule gauche est rempli de sang noirâtre, plaques calcaires sur la valvule mitrale.
Reins normaux, congestion hypostatique à la base des deux poumons.
Poids du cerveau : 1260 grammes.
Les nerfs crâniens sont un peu mous, ainsi que le bulbe et la protubérance.
Hyperhéraie notable des méninges qui couvrent le lobe antérieur gauche, au niveau surtout de la première frontale et des première et deuxième pariétales.
Il est dans ce lobe des points où l'enlèvement des méninges ne peut se faire sans arracher la substance corticale qui apparaît alors d'une teinte lie de vin; la partie qui reste est ramollie. Cette dernière portion se dissocie sous un filet d'eau.
Dans ce même lobe antérieur gauche, je note que là où il n'y a pas d'adhérences, la teinte de la substance grise coupée perpendiculairement est d'un blanc jaunâtre et n'est pas traversée, comme ailleurs, par des vaisseaux gorgés de sang; dans l'hémisphère droit, même état de décoloration et teinte blanc jaunâtre; pas d'adhérences ni de ramollissement
Pâleur extrême des corps striés, des couches optiques et des plexus choroïdes.
Observation XXXYIII. — Paralysie générale^ consécutive à une folie
362 ÉTIOI.OGIE.
simple. Pachyméningite chronique, délire mélancolique, idées hypocondriaques, hallucinations très-intenses. — Autopsie.
La née W..., âgée de G9 ans, marchande de" journaux, est entrée le 25 mai 1861, dans mon service, dirigé alors par H. Falret, atteinte de délire de persécution, d*hypocondrie, d'hallucinations, et présentant entre aulrei ce symptôme, qu'elle était persuadée qu'on lui jetait sur le corps un ingrédient qui la brûlait.
Lorsque je la vis, en 1869, elle présentait l'état suivant : traits réguliers, vue faible par suite de cataractes commençantes, pupilles égales, ouïe et odorat normaux, pas d'ataxie des lèvres ni de la langue. L'auscultation du cœur permet de constater au deuxième temps, à la pointe, un bruit desoulUe rude ; la malade dit éprouver, à la tête et dans les bras, des sensations \V chaleur qu'on lui inspire, et qui disparaissent par la seule apposition dfi; mains. Lorsqu'elle parle, elle est prise d'une sensation qui lui entre parla gorge, qui parcourt l'abdomen, et qui part du plafond ; elle sait ce que cesi que la physique, elle Va étudiée il y aib ans, c'est la physique qui produit ses sensations. Elle parle de courants d'air qu'elle ressentait chez elle, qui partaient de trous dans les papiers qu'avaient faits les locataires, et elle est convaincue que c'était l'œuvre de la méchanceté des locataires qui ont toujours été jaloux d'elle et de sa famille, parce qu'elle avait obtenu une place de marchande de journaux dans le Luxembourg. Lorsqu'elle était dan< m guérite, des individus lui disaient des gros mots, des injures; et elle entendait près d'elle : ^ Tune resteras pas, tu t'en iras. »
Dans le service, elle se plaint qu'on veut l'empêcher de manger, qu'oii Tcmpéche d'avoir de l'ouvrage ; elle n'a aucune conscience de son étal lie maladie.
Son père est mort d'une congestion cérébrale, un de ses frères est original, un autre est mort épileptique. La maladie a conservé le même caractère de folie lypémaniaque avec hallucinations jusqu'en janvier 1871, époque i laquelle elle a été prise d'une péricardite aiguë à laquelle elle a succombé co trois jours, malgré des applications de ventouses scarifiées et de vésicatoire>.
Autopsie. — Injection très-forte des parties médianes de la dure-mère, a droite et à gauche, la couleur de cette membrane est d'une teinte roug^ intense qui est due à une néo-membrane qui tapisse la face in terne delà doremère dans presque toute son étendue, jusqu'au niveau des bosses frontales, jusqu'à l'étage inférieur du rocher et jusqu'aux fosses sphénoldales.
Elle est composée de plusieurs feuillets entre lesquels il y a du sang liqui<ie et en caillots, la cavité arachnoldienne renferme une cuillerée à bouche de sérosité rougeâtre, en plusieurs points de la cavité sous-arachnoldieone et, en pailiculier, au niveau de la partie postérieure de la deuxième pariétalf, les veines méningées inférieures et supérieures sont tui^ides.
Cerveau symétrique; il pèse 1180 grammes, y compris le cervelet. A la partie postérieure du lobe occipital gauche existe dans la cavité sous-anch* noidienne une certaine quantité de sang. Il n'existe en ce point aucune adbt^ rence entre la méninge et la substance corticale. Des coupes de toutes \^ circonvolutions supérieures montrent un piqueté fin dans la plus grandir partie de la substance grise, et en particulier dans celle des première fn)^taie, deuxième pariétale et première occipitale gauchesi des première rt deuxième frontales droites.
Pas de lésions à l'œil nu des paires crâniennes ; les os du crâne sont plus épais que normalement.
Le cœur s*est arrêté en diastole. Notable quantité de sérosité rougeàtra dans la cavité du péricarde, qui est granulé en plusieurs points et fortement arborisé.
La transformation de la folie vésanique en folie paralytique est donc un fait incontestable que l'autorité du témoignage des auteurs met hors de doute , mais dont l'explication laisse encore à désirer.
On peut bien admettre que la paralysie générale doit se produire plus facilement chez un individu dont le cerveau est déjà préalablement altéré, sinon dans ses éléments, du moins dans ses fonctions, que chez un individu parfaitement sain.
On peut encore comprendre qu'un état névropathique préalable finisse par amener un état inflammatoire : c'est ainsi que les douleurs névralgiques amènent une fluxion localisée; que certains phénomènes névropathiques appartenant à l'hystérie finissent par amener des lésions inflammatoires de la moelle. Charcot a cité, entre autres faits, un cas de sclérose des cor* dons latéraux occupant toute la hauteur de la moelle chez une hystérique atteinte depuis une dizaine d'années de contractures des quatre membres : à diverses reprises cette femme avait vu la contracture céder temporairement, mais après un dernier accès, elle devint définitive. On voit là une lésion de nature inflammatoire consécutive, soit à un simple trouble fonctionnel, soit à des altérations qui devaient être bien minimes, puisque les symptômes qu'elles produisaient étaient capables de disparaître tout à coup et à plusieurs reprises.
Jusqu'au jour où ces altérations primitives pourront être observées et décrites, nous serons en droit de considérer les scléroses de la moelle chez les hystériques comme des altérations consécutives à des phénomènes névropathiques.
Pourquoi ce qui se passe dans la moelle ne se passerait-il pas dans le cerveau ?
Pourquoi un état névropathique tel que la folie vésanique n'amènerait-il pas à la longue un état inflammatoire se traduisant par la folie paralytique ?
Voici d'ailleurs des observations qui peuvent rendre compte,
36i ÉTIOLOGIE.
dans une certaine mesure, de la transformation do. folie simple en folie paralytique. Dans ces cas de folie simple suraiguë, dans ce qu'on appelle l'état maniaque aigu, on peut noter souvent les caractères de l'hyperthermie crânienne, avec absence complète de fièvre générale ; ainsi le thermomètre appliqué en arrière des oreilles indique une température de 36",6 à 37^,6, tandis que la température axillaire est de 36'',4 à 37%2; or, chez un homme sain, la température post-auriculaire est de 32 degrés en moyenne et de 34 degrés au maximum.
Les observations suivantes en font foi; ces recherches, qui me sont personnelles, ont quelque relation avec celles de Samuel Joly (1), Albert (2) et de Mendel (3).
Observation XXXIX. — Folie simple oti vésanique, Pliénomènes conystifs secondaires. Mort (pi. XIV, fig. 5).
La née B..., femme B..., est entrée dans mon service le... Père ivrogne (îia), nnère bien portante ; une tante paternelle morte aliénée dans un asile; santt^ toujours délicate; a eu des névralgies faciales très-intenses, il y a quinze ans; caractère très -susceptible, très-colère; elle pleurait pendant des heures entières à la suite de contrariétés ou de colères ; beaucoup d*ordre ; a detiv enfants; grossesses et accouchements bien supportés; n'a pas nourri en raison de son peu de santé ; tendance à la dévotion depuis longtemps. Fin décembre 1872, étant à Tadoration perpétuelle à l'église de Saint- Cloud et voyant son enfant de douze ans dormir, elle Ta emporté à la sacristie en montant sur les chaises avec une rapidité extraordinaire : à la sacristie elle s'est exaltée. Rentrée chez elle, elle s'est calmée. Elle n'a rien dit à son mari de ce qu'elle a éprouvé, a regretté seulement le trouble qu'elle avail causé. Le !•" janvier 1878, à la messe, elle est allée du bas de l'église à l'antel à genoux, en baisant le sol. Ou a voulu la ramener chez elle, elle a battu le> personnes qui raccompagnaient, les a frappées avec un christ qu elle a décroché. Le 4, étant en sueur, elle a commencé à être méchante en sortant d'un bain, elle est devenue furieuse. La camisole de force a dû être appliquée. Le D'' Pietra Santa Ta fait conduire à la maison de Charenton.
La malade frappe tout de suite par son regard effrayé, par la fixité de se^ yeux lorsqu'elle nous regarde, par la crainte qui règne dans tout son être.
Elle est encore dans un grand état d'agitation. Le front est bien fait, haut; pupilles égales, moyennes, traits réguliers ; la parole est nette. La malade parait bien voir. Il est impossible d'obtenir d'elle qu'elle montre sa langue- La bouche ouverte, on ne voit pas de tremblement de la lèvre supérieure.
(i) Samuel Joly (Lancet, Marsh 1857) a signalé rélévation de température du côté >lb résultat cerveau affecté d*un état phlegmasique.
(2) Albert {AU. Zeitschrift. f. Piych, Berlin, 1861, t. XVIII, p. 450) n'est anivé i aimii utile.
(3) Mendel (SU*, der, Berl, med. psych, GeselUchaft, 19 janvier 1869) a étudié le rapport de température entre le conduit auditif et TaisseUe chez les aliénés.
HYPERTHERMIE CRANIENNE. 365
Du poivre mis sous le nez est très-facilement senti. Elle dit qu'elle a eu des bourdonnements d'oreilles, et parait bien entendre le tic-tac de la montre.
J'arrive à tirer d'elle qu'on lui a fait du mal parce qu'elle voyait un aigle d'une grandeur énorme et d'autres oiseaux très-gros ; elle le voyait venir sur elle, c 11 était sur les toits, et je ne pouvais sauter sur lui; je ne l'entendais pas, mais il me semblait bien grand, i Elle dit qu elle l'a senti en dedans, elle montre son ventre, et, comme je lui demande de me montrer l'endroit, elle me répond en me montrant la peau du ventre : « /( faudrait que ce soit ouvert. Ji Et puis elle ajoute : t Pourquoi joue-t-on avec des filles, i Et, en portant la main à la nuque : c Pourquoi m'a-t-on mis du poison? i
Il est assez difficile de maintenir son attention sur le même sujet. Elle prend à plusieurs reprises la peau de son ventre et dit : Hue ça.Cest toujours la même chose, tourment.
La conformation des membres est bonne. Elle est maigre, pâle. Il n'existe rien de particulier aux sommets des poumons. Pas de souffle au cœur. Pouls, 120, régulier.
La peau des mains est fraîche.
Par moments on observe comme de l'angoisse respiratoire. Elle résiste autant qu'elle peut pendant l'application du tlicrmomclre dans l'aisselle. Température axillaire : 36'*,3.
En ce moment elle n'a pas ses règles.
Depuis son entrée elle est très-agitée, on l'entend qui crie : « Assez, assez; i» puis après qu'elle a dit ces mots, on la voit trembler de tous ses membres.
L'agitation a continué malgré des applications vésicantes à la nuque, des antispasmodiques et des bains, et la malade a succombé au bout d'un mois à la suite d'une faiblesse excessive causée par la grande difficulté de l'alimentation que cette femme refusait, et par des eschares au sacrum. La mort est survenue doucement, sans convulsions ni râle pulmonaire.
Autopsie. — Cadavre très-pâle et maigre.
Pas d'altérations des parois ni des valvules du cœur. Le cœur renferme un sang fluide, peu coloré. Congestion légère de la base des deux poumons. Foie, rate pâles. État normal des reins, de l'utérus.
Congestion des intestins, pas d'ulcérations.
Le cerveau est d'une consistance au-dessous de la normale, son poids est de 1235 grammes.
Pas d'altérations des artères de la base. Hémisphères symétriques.
Quelques ecchymoses méningées au bord externe de l'hémisphère droit, dans la région pariétale. Pas d'adhérences méningées.
La grande majorité du cerveau, aussi bien dans les parties centrales que périphériques, est pâle, sauf une portion de l'hémisphère droit comprenant la couche optique à sa partie supérieure, la partie de couronne de Reil qui lui est superposée, et la deuxième pariétale de Gratiolet ou première pariétale de Meynert. On y voit une vascularisation considérable (l) qui tranche avec la pâleur du reste de l'hémisphère et de l'hémisphère gauche.
Rien de particulier dans les ventricules, la protubérance, le bulbe et les nerfs de la base.
(Ij PI. XIV, flg. 5, c, d.
36G ÉTIOLOGIE.
En résumé, cette malade, atteinte de folie névropathique récente, suraiguê, caractérisée par des hallucinations de la vue très-intenses, a présenté à l'autopsie une hyperhémie considérable du cerveau.
Observation XL. — Folie simple ou vésaniqtie. Pliénomènes conge$tifs secondaires. Mort, (PI. XIV, fig. 4.)
La née G..., 44 ans, est entrée dans mon service le 13 février 1872.
Sa famille est extravagante, singulière. Son frère est extravagant. Son père, mort d'alcoolisme, était excentrique. Mère morte très-âgée. Mariée à 28 ans, avait à cette époque un caractère et des manières singulières, rudoyait son mari dès les premiers jours du mariage. Souvent agacée. Son caractère est resté le même jusqu'à ce jour.
A toujours été souffrante de palpitations, de douleurs dorsales. Pas de maladies graves, d'affections du ventre, d*utérus. Elle a perdu plusieurs fois connaissance et est tombée dans la rue. Chaque fois la perte de connaissaiice coïncidait avec des palpitations. Pas d'enfants.
Les premiers désordres intellectuels datent du bombardement de Paris par les Prussiens. Émotions, peurs, craintes que Paris ne brûle. Cet état a aug* mente au moment de la Commune; elle habite Belleville.
Les massacres do la rue Haxo, les perquisitions faites dans sa maison par les insurgés pour rechercher son mari qui refusait de marcher avec eux, ont augmenté ses craintes. Pendant les deux mois suivants, elle dit à son mari : € On va venir nous voler, emportons nos meubles; i elle a négligé son ménage, ne faisait plus la cuisine de son mari; cependant elle travaillait chei elle et prenait les repas.
Enfin, il y a six semaines, elle n'est pas rentrée chez elle à Theure onli^ naire, à neuf heures du soir. Elle ne voulait même pas rentrer et voulait aller se promener, puis elle s'est mise à parler de pétrole, a mis du pétrole dans la soupe de son mari et dans la sienne au lieu d'eau, et comme sou mari avait des coliques, elle lui tira l'oreille. Puis elle a cassé des meubles, a déchiré des vêtements, a failli se jeter par la fenêtre, jouait avec des allu* mettes et risquait de mettre le feu. Puis elle s'est refusée à manger, et n*a presque rien pris depuis six semaines.
Traitée par des sinapismes et des bains sinapisés.
Depuis ce temps, elle a eu des hallucinations de Toule, entendant de? coups de canon, des hommes qui venaient pour la voler. A bout de fatigue, son mari l'a placée à la Salpêtrièrc.
13 février 1872. — État actuel : Femme grande et sèche, mal tenue, résistant à venir auprès de nous, mettant de la violence dans la résistance; par. lant avec volubilité et déclarant qu'elle ne veut pas de médecin. Les ièvre> sont sèches, l'inférieure un peu croûteuse; le bout du nez, la joue gaucht* présentent une teinte bistre. Joues creuses, pupilles égales mais petites, ayant au plus 0™,0015 en diamètre. Sens de 1 ouïe, de la vue conservés. L'étude de l'odorat est impossible à faire. A ma question : qui est ce qui la rend mécontente, elle me répond : « Qu'est-ce que cela peut votisf.,. /» Et comme je lui demande: cÊtes-vous mariée? — Jf..., sale bête! Qu^esi-cf que cela peut vous f.,J — Avez-vous des enfants?» Elle cesse de répondre sur les questions concernant son étal civil, et lorsqu'on insiste, elle emploie la violence et injurie. Depuis son arrivée, hier au soir, elle a paru ma-