HYPERHÉMIE DANS LA FOLIE VÉSANIQIIE
nifester des douleurs de ventre, ii*a pas toussé, et elle a dit à rinfirmiëre de ne pas s'occuper d'elle, qu'elle n'avait plus qu'un quart d'heure à vivre. Et comme je lui dis qu'il va falloir lui examiner le ventre et que j'envoie chercher les filles de service, elle dit : c Ça m'est égal, puisque je suis morte. » A son arrivée hier, on la mit au bain : elle a essayé de se noyer, ce qu'elle aurait fait sans la baigneuse. Elle a prononcé ces paroles : «c Et si je n'avais pas élé là, je n'aurais pas tu V incendie. »
Signes physiques : Le foie ne déborde pas les fausses côtes ; la rate n'est pas plus volumineuse qu'il ne faut ; le ventre est plat.
A la percussion, on constate qu'une sonorité lympanique que l'on trouve dans toute la région iliaque du flanc droit se prolonge jusqu'à une ligne verlic'ile passant par l'ombilic et limitée par une ligne horizontale passant aussi par l'ombilic. Rien de semblable à gauche. Celte sonorité se prolonge en bas jusqu'à une ligne allant de l'épine antéro-supérieure droite au pubis. La palpitation déplace beaucoup de gaz. On ne sent pas de tumeur. La vessie est vide. On sent des cybales dans le côlon ascendant. Pas de taches sur les membres inférieurs autres que des traces d'ecchymoses. Pas d'œdème des pieds ; ils sont froids ainsi que les genoux. Les mains sont violacées, froides. Pouls très-petit, régulier, 88 pulsations. Inspirations, 20. Les battements du cœur sont réguliers. Pas de souffle veineux ni artériel au cou. Etat normal du sommet des poumons en avant. Température axillaire gauche : 37*,2; droite : 37%2. Température en arrière de l'oreille droite : 35%8.
Il est très-difficile de bien ausculter en arrière, à cause du mauvais vouloir de la malade qui fait tout ce qu'elle peut pour ne pas respirer. Quelques ganglions cervicaux postérieurs à droite.
Elle a été tranquille depuis qu*on a été chercher quatre infirmières ; elle est restée dans l'immobilité, les paupières fermées, n'a pas dit un mot, ni n'a fait la moindre résistance. On l'a fait asseoir et elle s'est tenue roide ; il est difficile de la courber.
Je la pique sur tout le corps sans qu'elle manifeste de la sensibilité ; il n'y a qu'au front où la piqûre détermine des contractions sur le visage. Je lui enfonce une épingle dans les chaii*s, elle ne manifeste aucune sensibilité. Du reste, les plus profondes piqûres n'amènent pas de sang. Je fais des plis à la peau et je les traverse complètement ; le sang ne sort pas aux membres supérieurs et inférieurs.
La température rectale s'élève à 37%4. L'électrisation des membres inférieurs détermine des contractions musculaires, mais aucun signe de sensibilité. Avec le courant le plus fort, la face se contracte, sans que la malade manifeste la moindre sensibilité. Hier soir, à son arrivée, elle a mangé une soupe, sans trop de difficulté.
io février. — Ce matin elle s'est refusée à rien prendre. Elle a eu des phénomènes ressemblant à de Tépilepsie, avec de l'écume à la bouche, et quelques instants après, nous lui trouvons le pouls bien développé et tota** lement différent de celui de la veille. Hier elle s'est refusée à manger; on lui «1 administré ce matin avec la sonde œsophagienne un litre de bouillon et de vin. Vésicaloire à la nuque, bain.
16 février. — Nous la trouvons furieuse. Elle a déchiré le drap avec ses dents et cherche à le déchirer devant nous. Elle est excitée, parle de poudre, du cœur de la Vierge Marie, et fixe la porte comme si elle avait ime halluci-
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nation. Elle cherche à avaler un petit morceau de linge qu'elle a pelotonné. Elle est méchante, nécessite la camisole.
17 février. — Apparence cachectique considérable. Inanition. Emploi de la sonde œsophagienne.
Morte le matin, après une agitation excessive.
Autopsie le 18 février. — A la surface des deux hémisphères, suffusions sanguines dans un grand nombre de points de la pie-mère. On observe de^ exsudats méningés blanchâtres le long de la scissure antéro-posiérieure. Les veines y sont notablement dilatées, surtout au niveau de la deuxième circonvolution pariétale gauche, à sa partie la plus interne (deuxième pariétale de Gratiolet, première pariétale de Heynert). Caillots blanchâtres dans le sinus longitudinal supérieur.
Assez grande quantité de sérosité dans la cavité sous-arachnoîdienne. Réplétion des veines occipitales droites. Au niveau des circonvolutions pariétales gauches, il existait un kyste séreux arachnoidien, adhérent ârarachnoîde et à la dure-mère.
Une coupe horizontale qui enlève la partie supérieure de rhémisphère gauche et de Thémisphère droit, à 3 centimètres de leur partie la plus supérieure, montre une teinte ardoisée dans la partie la plus interne des circonvolutions directement inférieures aux premières circonvolutions pariétales (Gratiolet) ou frontales ascendantes, et cela sur une étendue de 3 centimètre!) dlavant en arrière, et de 1 centimètre transversalement.
Le cerveau est moins ferme que normalement; quelques adhérences Irè»limitées entre la pie-mère et la circonvolution la plus postérieure du lobe occipital droit et la partie la plus antérieure de la première frontale supérieure gauche.
Epaississement des méninges qui couvrent les tubercules quadrijuroeaus.
Piqueté abondant dans le tiers postérieur des deux couches optiques.
Granulations à la partie la plus postérieure des deux ventricules laléraus.
Un grand nombre d*examens microscopiques de la substance cortiolr montrent des vaisseaux cérébraux granulo-graisseux, des cellules pigmentées, graisseuses, des épanchements globulaires, des amas d'hématine dans la substance intermédiaire et dans les canaux lymphatiques périvasculaires.
Il ne nous paraît pas étonnant qu'un état fluxionnaire de la tèU finisse par se transformer, pour peu qu'il se répète souvent, en état inflammatoire ; que si l'on nous demande pourquoi lapérieûcéphalile n'arrive qu'exceptionnellement chez ces malades, pourquoi cet état fluxionnaire ne passe pas toujours à l'état inflammatoire, quelles sont, en d'autres termes, les conditions propices [wur celte transformation, nous dirons que nous n'avons rien à ajouter aux considérations développées au chapitre précédent.
Les pathologistes seraient tout aussi embarrassés que nous >i l'on venait à leur demander pourquoi telle fluxion dentaire m^ résout dans certains cas et pourquoi dans certaines autres elk aboutit à l'inflammation et à la suppuration.
HYPERTIIERMIE CIUNIENNE. :m
Nous avons relaté récemment dans V Union médicale quelques observations concluantes qui montrent la folie simple se transformant en folie paralytique; chez une malade^ la paralysie générale prit même la forme aiguë, et l'autopsie nous permit de constater des lésions récentes ; nous ne pouvons que renvoyer à cet article (voy. Union médicale y 1877, leçon rédigée par Burlureaux). Bref, nous ne saurions trop répéter que, malgré la différence de nature qu'il y a entre la folie simple et la folie paralytique, il existe entre elles des relations nombreuses.
Observation XLI. — Folie hystériqu£, Hyperthemiie crdniennne. État maniaque. Mort. — M"' P... élait aUeinte de la folie hystérique laplusfranche; elle était depuis longtemps dans mon service et nous avons pu Fétudier de très-près; les accès, qui duraient de huit jours à un mois, se caractérisaient par une volubilité extrême avec propos obscènes et injurieux, sans délire proprement dit. En dehors de ces accès, la malade était parfaitement calme, raisonnant très<bien, se rendant compte de sa situation. — Vers le mois de septembre 1876, il y avait longtemps que cette femme n'avait eu d'accès et je crus pouvoir la faire sortir; mais son mari refusa de la recevoir et rin-^ juria grossièrement : de là, nouvelle perturbation mentale et retour immédiat de la malade dans mon service. Elle y rentra dans une agitation extrême et son état était absolument le même que celui que nous avions constaté huit mois avant sa sortie : volubilité, pas de délire proprement dit, pas d'apparence d'hallucinations. Nous espérions pouvoir, de nouveau, calmer cet état d'excitation cérébrale, comme nous l'avions déjà fait à quatre reprises différentes, au moyen de faibles doses de morphine, mais au bout de cinq semaines nous n'étions encore arrivé à aucun résultat, et la complication suivante qui survint, nous engagea à cesser le plus rapidement possible l'usage de la morphine.
Le 3 janvier nous pûmes remarquer que l'agitation était encore plus prononcée que d'habitude, et qu'en outre il existait un état d'byperesthésie trèsnotable sur toute la surface cutanée : il était impossible de toucher un point (le la peau des membres sans provoquer de la douleur et des cris; il y avait aussi une extrême hyperesthésie à la région ovarienne. Nous pensâmes tout de suite qu'il s'agissait d'une complication spinale.
Le 4 janvier, même état, plaintes continuelles, on ne peut toucher la lualade sans provoquer des douleurs, la peau des membres et les masses musculaires sont surtout hypereslhésiées, la langue est sèche dans sa partie médiane, pas d'mégalité pupillaire, pupilles contractiles, pas d'ataxie de la langue et des lèvres, apparition d'une eschare à la fesse gauche, près de l'anus, sur une largeur de 6 centimètres au moins; température axillaire, 39 degrés. Application d'une bande vésicante depuis la nuque jusqu'à la région sacrée et sur le crâne, le long du sinus longitudinal supérieur; 2 granules de digitaline ; la dose de morphine sera supprimée après-demain à cause de la lièvre.
Le 5 janvier, même état général, température axillaire, SO'^yS, pas de .roubles pupillaires, langue sèche aveô papilles saillantes, de temps en
A. VOISIN. Paralysie. U
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temps, mêmes plaintes surtout lorsqu'on la touche ; par momeuts, elle recoanait les personnes du service, d'autres fois, non.
Le 6 janvier, température axillaire, 38",6. L'hyperesthésie est bien moin> forte, surtout aux membres supérieurs, pupilles égales et dilatées, langue blanche, humide. La malade reconnaît les personnes du service, elle pleure et se plaint quelquefois; abaissement considérable de température, 36*,3; albumine dans Turine. La morphine est supprimée; 2 granules de digitalioe.
Le 8 janvier, engouement pulmonaire très-intense pouvant faire penser à une pneumonie ; apparence un peu comateuse, les pupilles sont égales et excessivement dilatées, hyperesthésic à peu près la même sur la peau d^ membres, dysphagie, l'état de Teschare est le même ; albumine dans l'urine.
La mort survint le 9, et l'autopsie révéla des lésions multiples, tout à fait semblables à celles qu'on rencontre à la suite des congestions cérébrales à durée temporaire, si bien décrites par Calmeil dans son premier chapitre sur les maladies inflammatoires de l'encéphale.
Rougeur vive, apparence ecchymotique de la partie de pie-mère qui couvre la partie inférieure des lobules frontaux et le bord externe du lobule temporal droit; injection des plus fins capillaires méningés; hjperfaémie de la substance grise et blanche de tout le cerveau, prononcée surtout au lobe occipital droit et au niveau de la première pariétale droite; san|; en nappe dans bon nombre de sillons. Sur l'hémisphère gauche, l'hyperhémie est plus marquée au tiers moyen de la frontale ascendante ; quand ob enlève la pie-mère au niveau des parties ainsi ecchymosées, on voit que U substance corticale sous-jacente est piquetée.
Dans la moelle, les lésions sont aussi nettes : hyperhémie des méninges surtout à la région lombaire ; cette hyperhémie est telle, qu'on ne distingue pas la couleur de la moelle à travers la pie-mère et l'arachnoïde ; aux régioDs cervicale et dorsale, adhérences de la dure-mère et de l'arachnoïde par des tractus de nouvelle formation. Des coupes de la moelle montrent que les vaisseaux sont gorgés de sang, quelques-uns sont très-visibles à l'œil nu. — Rien de particulier à la protubérance, ni aux corps striés, ni au cervelet. — Le cœur était sain, le foie congestionné, les deux reins très-hyperbémiê^ avec adhérences entre la capsule et la substance corticale, les deux poumons très-congestionnés; aux deux sommets, noyaux crétacés en abondance.
Réflexions. — Chez cette jeune femme hystérique, ces troubles graves d^ la circulation cérébrale et médullaire sont survenus tout à fait inopioémeot dans le cours d'un état purement névropathique ; ils ont immédiatement amené, comme c'est la règle en pareils cas, des désordres graves de la nutri* tion (eschare, engouement pulmonaire, hyperhémie rénale, etc.), en méroe temps qu'une aggravation dans l'état mental.
Sitôt que je me suis aperçu de la fièvre dont était atteinte la malade, je me suis empressé de diminuer la dose de morphine, de façon à pouvoir la suspendre rapidement. II ne faut pas arrêter brusquement, même quant l'usage de la morphine n'est plus indiqué, parce que la suspension brusqut^ du traitement a des inconvénients.
Le traitement antiphlogistique énergique auquel j'ai eu recours immétti^ tement n'a cependant pas eu assez de puissance; il arrive de reneootrrr parfois de ces cas contre lesquels toute intervention est inefficace.
Observation XLII.— Fo/w maniaque. Hyperthermie crânienne. — Uik
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malade, née A..., éprouvait depuis cinq ans des douleurs de télé continues parfois si intenses, qu'elle se frappait la tête contre les murs et voulait se jeter parla fenêtre. Elle avait eu, deux mois avant d'être aliénée, des attaques de nerfs avec trouble de la parole, perte complète de connaissance, convulsions cloniques et morsure de la langue; le délire ne datait que de sept jours.
Lors de son entrée dans mon service, le 30 avril 1874, elle était excessivement agitée, les cheveux en désordre, la voix enrouée, le langage incohérent ; elle avait quelques idées de grandeur, ainsi elle disait que sa fille allait se marier avec le fils du maréchal de Hac-Mahon, mais elle ne présentait aucun autre signe qui pût faire affirmer le début d'une paralysie générale : ainsi elle avait les pupilles égales et contractiles, l'odorat normal, la parole nette, il n'existait pas d'ataxie des lèvres ni de la langue. Hallucinations de Foule et de la vue, sensations électriques.
Remarquant que le front et l'occiput paraissaient à la main d'une chaleur anormale, nous primes la température derrière l'oreille et à l'occiput, le Ihermomètre indiquait 37*,4 derrière l'oreille, chiffre de beaucoup supérieur à la normale et qui indiquait une sorte de fièvre locale, nous ilmes alors prendre la température rectale, elle n'était que de 38*,7. — En présence de cet état nous prescrivîmes le traitement qui convient dans les cas où il y a lieu de redouter une inflammation encéphalique, avec l'espérance qu'une fois l'hyperthermie passée, qu une fois la congestion active qui se faisait dans les vaisseaux encéphaliques complètement dissipée, le calme reviendrait et que la médication antispasmodique compléterait la guérison ; en conséquence nous fîmes appliquer un large vésicatoire à l'occiput rasé et mettre la malade dans un bain à 20 degrés, dans lequel elle devait rester dix minutes; le lendemain la température rectale était à 38'',4, la température post-auriculaire à 37*,3 : nous fîmes renouveler le bain à 20 degrés ; le lendemain 4 mai, l'agitation avait cessé, la température rectale n'était plus que de 37*,8, la température post-auriculaire restait encore très-élevée, 37'',2.
Le 6 mai, nous fîmes appliquer un autre vésicatoire sur la région frontooccipitale préalablement rasée.
Le 7 mai, le discours était encore bien incohérent, les hallucinations multiples, mais l'hyperthermie avait disparu. En conséquence, nous crûmes pouvoir, le 8 mai, commencer les injections de morphine à la dose de 7 milligrammes, et le traitement fut continué, du 7 mai au 6 juillet, jusqu'à guérison complète. H"^ A^.. a pu sortir le 18 juillet, dans un état de parfaite santé, après nous aToir rendu compte de tous les détails de sa maladie. La dose maximum de morphine a été de 9 centigrammes, quinze jours après le début du traitement. Notons seulement qu'au deuxième jour du traitement antispasmodique, il y a eu une poussée fébrile avec agitation et colère violentes, le thermomètre est monté dans le rectum à 39*,4.
Réflexions. — Cette malade n'était pas encore une paralysée générale lorsqu'elle est entrée à la Salpétrière, mais elle était, à notre avis, gravement menacée de le devenir; elle avait eu, deux mois avant d'être aliénée, une attaque épileptiforme dont on sait la signiGcation; si l'hyperthermie locale que nous avons constatée par l'exploration thermométrique post-auriculaire, si la fièvre n'avait pas cédé au bout de quelques jours, il est infiniment probable qu'il se serait fait dans le cerveau de M""" A... une inflamma^ tion contre laquelle la thérapeutique aurait été plus tard presque complète*