‹ Traité de la paralysie générale des aliénésChapitre 87 sur 126 · CAUSES DU DÉLIRE HYPOCONDRIAQUE · texte numérisé non relu

CAUSES DU DÉLIRE HYPOCONDRIAQUE

De lu, sans aucun doute, des troubles variés que les malades traduisent H leur façon propre et avec un raisonnement entaché de débilité, on disant qu'ils ont les intestins bouchés, leur foie pourri, la tôte complètement vidée : une malade qui a d'habitude des bourdonnements d'oreille, prétend qu'elle a dans l'oreille droite une souris qui y pourrit. D'une façon générale, il faut se garder de considérer le délire hypocondriaque comme un délire survenant sans motifs, sans malaises, sans douleurs. Le délire hypocondriaque simple a, en général, pour raison d'être une lésion somatique passagère quelquefois, et alors elle échappe à l'analyse, permanente le plus souvent; on peut dès lors la constater à l'autopsie (maladies de l'utérus, lésions du plexus solaire) (1). A plus forte raison, doit-on penser que le délire hypocondriaque des fous paralytiques n'est pas sans reposer sur quelque fondement; il doit être, dans la plupart des cas, en rapport avec des lésions organiques et viscérales. On rencontre chez les paralysés généraux des lésions variées que nous avons étudiées, qui sont parfois si profondes, qu'on est en droit de s'étonner de ne pas voir plus souvent du délire hypocondriaque. Les douleurs névralgiques produites par les lésions de la moelle épinière et de ses méninges ne sont pas les seules qu'on observe dans la paralysie générale ; nous avons vu au chapitre précédent, que souvent, bien longtemps avant l'apparition de la paralysie générale, les malades étaient tourmentés par des douleurs névralgiques, et ces douleurs, qui peuvent persister lorsque la paralysie générale est déclarée, peuvent encore expliquer certains cas de délire mélancolique et de délire hypocondriaque. Ce sont des troubles de sensibilité qui font dire aux malades qu'ils n'ont plus de jambes : le raisonnement n'étant plus là pour rectifier les appréciations, les malades portent un jugement qui nous semble absurde et non fondé, mais qui a sa raison d'être dans les sensations éprouvées. Chez un malade qui prétendait avoir une double langue, il y avait embarras de la parole, c'est peut-être cette gêne dans l'articulation des mots qui lui avait suscité l'idée d'une double langue, dont c l'une, accessoire, s'enroulait autour de la première et en empêchait le libre fonctionnement ». Chez les

(1) A. Voisin, Uçom sur Us maladies mentaUs, p. 94.

individus qui disent avoir Testomac bouché, le gosier bouché, rintestin bouché, nous croyons que ces idées hypocondriaques sont le résultat d'illusions, et que ce sont des spasmes, de la constipation, qui donnent naissance à ces conceptions délirantes (1). Nous nous rappelons avoir vu un officier, interné plus tard à Charenton, qui, après avoir présenté pendant cinq mois le délire de satisfaction, comme on ne le rencontre que dans la paralysie générale, fut pris un matin du délire hypocondriaque : il disait qu'il était bouché et il refusait absolument de manger; le lendemain, comme il n'avait pas encore mangé, on insista tellement pour qu'il prit une cuillerée de potage, qui! finit par s'y résoudre, et sitôt cette première cuillerée prise, ^ malade dit qu'il était débouché et il continua à manger sans trop de difficulté. Cette obstruction était-elle autre chose qu'un spasme* du pharynx? L'idée de spasme se présenta tout de suite àTespril du chef de service (le professeur Villemin). Baillarger a d'ailleurs noté ce fait chez les malades qui refusent de manger, c osi que sitôt que, de gré ou de force, on leur a fait prendre quelqm' aliment, ils peuvent continuer a manger d'eux-mêmes. Le spèmlum buccal nous paraît bien propre à faire cesser ces spasmes du phannx, aussi l'employons-nous alors de préférence à la sond»' qu'on passe par le nez pour l'alimentation forcée. La cessiUioii du refus de manger a suivi immédiatement, dans plusieurs cas, l'introduction du spéculum bucco-pharyngien que j'appliquai> sur des malades atteints de celte variété de délire.

Quant à la constipation, elle est aussi probablement la cause, chez beaucoup, de délire hypocondriaque. Un officier de marine était atteint depuis deux ans de paralysie générale. Il se disaitbouché, se plaignait de douleurs vagues dans les entrailles tant qui! était constipé; il restait pendant cinq ou six joui^ sans aller à la selle, et tous les médicaments échouaient contre cette constipation. La podophille n'avait pas encore été essayée ; l'administration de ce purgatif parvint à provoquer des selles régulières, et du jour où les fonctions alvines reprirent leur cours normal, on vil disparaître les idées hypocondriaques. Le malade est aujourd'hui dans une période de délireexpansif. Bien certainement, entre celle dis-

(1) Voy. à ce sujet, X. Rota, De V influence des lésions physiques et des a/fedicm or^ niques sur la forme du délire chei les aliénés. Thèse de Paris, 184i^.

illlSES lir HEURE HYTOCONDRUOIT- ,79:

parilion du délire hypocondriaque el le rétablîssemenl des garderobes il y a plus qu'une simple coïncidence, il y a un rapport de cause à effet .

Une malade à la tix>isiènie {léiiode disait à chaque instant qu*on lui avait coupé les jambe^ par dernèiv; elle marmottait ces paroles depuis plusieurs jours, mais comme elle avait eu auparavant d'autres conceptions hypocondriaques qui avaient disparu, la famille n'attachait aucune importance à Tassertion relative € aux jambes coupées par derrière i. Un jour cependant nous examinâmes ces jambes, et nous pûmes constater aloi^ que les muscles postérieurs des cuisses étaient fortement contractés; les tendons du creux poplité étaient durs ; les efforts que nous ùme^ pour étendre la jambe sur la cuisse, arrachaient des cris à la malade, el nous comprimes alors l'origine des idées hypocondriaques : cette contraction musculaire disparaissait d'aboixl par intervalles, puis elle devint définitive et s'accompagna de rétraction des muscles et de leur atrophie.

Une malade entrée à la Salpétrière atteinte de paralysie gêné* raie à la deuxième période et actuellement en voie d'amélioration, après un traitement de trois mois, présente une singulière idée hypocondriaque, en rapport avec une lésion du col de l'utéms : elle prétend qu'elle est enceinte, et, chose curieuse, elle compte les jours qui la séparent de son terme. C'est ainsi qu'en entrant à la Salpétrière elle se disait enceinte de deux mois ; cinq mois après son entrée, elle se disait enceinte de sept mois, et elle affirmait la chose avec tant d'assurance qu'on aurait pu s'y laisser tromper ; mais l'examen démontra qu'il ne s'agissait pas de grossesse, el que les conceptions hypocondriaques étaient en rapport avec une métrite du col avec ulcémtions, écoulement abon* danl et gonflement considérable. Nous nous occupons à l'heure qu'il est de guérir celle métrite, il sera intéressant de voir si sa guérison fera disparaître les idées de grossesse.

II y animait lieu de comparer les troubles viscéraux de la para^ lysie générale à ceux qu'on observe chez les petits enfants mal alimentés. Ces graves troubles de nutrition des enfants à la mamelle, que Parrot a si bien étudiés sous le nom d'athrepsie des nouveau-nés (1), ne pix>duisent pas chez les petits malades des

(1) De Vatkrepne, Paris, 1877.

;î98 PIlYSlOLOGIh; PATHOLOGIQL E.

douleui-îs bien vives ni bien localisées ; les nourrissons qui sutcombenten quelques semaines, ou même en quelques joui-s, aux progrès de la désorganisation qui s'opère en eux, ne ressenlenl qu'un malaise vague : ils poussent des cris de détresse, mais dont il est impossible de déterminer la cause. La môme chose arrive chez les tous paralytiques : il est le plus souvent impossible de localiser le point de départ de leurs sensations, mais ce n'est pas à diiv pour cela que ces sensations soient imaginaires. Ce que les petits enfants expriment par leurs cris de détresse (le mot est de Parrol, il est à conserver), les fous paralytiques l'expriment en poussanl des cris inarticulés, dont nous ne saisissons pas le sens, en disant qu'ils ont le sang décomposé, la vessie pourrie, le crâne bourré d'étoupes, etc., etc. Nous qui ne sommes pas malades, nous ne pouvons pas nous expliquer ces diverses sensations, mais ce n'est pas une raison pour les nier.

Et d'ailleurs rien n'est difficile comme de savoir, nwnie dam h folie simple^ l'origine, l'enchaînement de certaines conceptioiis délirantes, et ce n'est que par les anamnestiques et par les renseignements donnés par les malades eux-mêmes, après leur guérison, que l'on peut saisir la clef et la filiation de leurs préoccupation^.

Les divers modes de délire hypocondriaque permettent d'ailleurs de suivre la lésion dans diverses ramifications du iierl grand sympathique. Poincarré et Bonnet (1) ont décrit des lésion^ qu'ils ont trouvées dans les ganglions du grand sympathique, e( qui peuvent être considérées comme un pas important dans la pathogénie des troubles du sympathique. Nos obsenations nou< ont aussi appris que chez les hypocondriaques simples, il existe fréquemment, dans les ganglions semi-lunaires, des lésions avec multiplication nucléaire.

Mais si ces lésions du sympathique et des autres organes expliquent le délire hypocondriaque dans la paralysie générale à marche lente, elles sont impuissantes à expliquer ces cas de paralysie générale suraiguô, accompagnée et suivie rapidement de la mort. Dans ces cas, ou bien les lésions cérébrales peuvent être tellement graves, le ramollissement de la substance corticale tellemeni intense et étendu, qu'il explique suffisamment la forme du défi j Poincarré et Bonnet, Recherches sur Vanat, path. et la nature de la paralyne çeneraU. 1874, «• édition. r ^ 9

CAISES DU DEUKË HVKHIONDIUAOI E. \m

>ire. Il en résulte que le malade est daus une sorte de ileliquinm "l d'anéantissement qui imprime au délire un caractère éminemment dépressif au début de la maladie. Ces lésions sont, de prime abord, généralisées et s'étendent au bulbe, à la moelle, en ménif' temps qu'au cerveau, et déterminent dans les organes des premières voies, innervés par les nerfs bulbaires, des sensations |)éuibles qui amènent le délire hypocondriaque.

Dans l'observation suivante, nous avons pu saisir de plus près la cause du délire hypocondriaque : il s'agit d'une malade qui dès le début de son affection succomba rapidement, et eut du «lélire hypocondriaque. Elle disait qu'elle n'avait plus de dents du l'ôté gauche, que sa mâchoire avait disparu. Or, à Tautopsie, nous trouvâmes une inflammation très-marquée du neif trijumeau ;4auche,en rapport, sans aucun doute, avec les conceptions hypocondriaques inexplicables pendant la vie. L'examen histologique nous a montré une quantité considérable de noyaux de nouvelle formation entre les tubes nei*veux composant le trijumeau el dans la méninge qui l'entourait (pi. 13, fig. 6). Peut-être existe-t-il, comme Michéa (i) a cherché à le démontrer, un rapport de cause à effet entre l'analgésie et celte variété du délire hypocondriaque qui fait que les malades perdent la conscience de leur identité. Fodéré (!2), Bûchez (3), avaient déjà signalé cette singulière forme du délire hypocondriaque. En avril 1855, Legrand du Saulle en rapporta un cas ; Moreau (4) a aussi signalé ce phénomène remarquable, rare dans les autres cas de folie, et fréquent dans la première période de la paralysie générale.

Michéa n'hésite pas à considérer l'analgésie comme la cause de cette perte de conscience.

Nous avons trouvé, dans une observation rédigée par VaiU lard (5), un fait qui corrobore celte opinion et qui a beaucoup de valeur à nos yeux, parce que l'observation est très-complète et que l'auteur a simplement noté les faits. Il s'agit d'un nommé

(1) Miehéa, Am. méd.'psych,, 18a; Ga*. hebd., février 1856 : De rêmlgésie chet ki gUiénés.

{î} Fodéré, Traité du délire, p. 131

(3) Biichei, Journal des ffrogrès, L X, p. 85.

(l) Moreau^ Piyeh. morbitUf p. 235.

(5) Vaillard, ReeueU de mémoire» de méd. et de ckir. milit.^ juillet 1876.

iOO PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE.

Délias, atteint de pneumonie avec méningite. A la date du 4février, à trois heures du soir, nous trouvons noté le détail suivant :« AChvperesthésiedu matin a succédé une anesthésie assez marqu(V;iK à la date du 5, nous voyons signalé ceci : c Le malade, qui jusqu'alors était resté silencieux, devient loquace ; il est en proie à une illusion qui le fait s'ignorer lui-même, se méprendre sur sa propre personne : ainsi il n'est pas Délias, mais un autre personnage que, par méprise, on a transporté à l'hôpital, c Je suis un » postiche, dit-il ; Délias est à la caserne, bien malade. i> — Il donno de nombreux renseignements sur Délias, qu'il connaît très-bieu. et c'est en l'interrogeant dans ce sens que nous parvenons à recueillir quelques détails sur sa propre histoire. » Ce malade présenta encore de l'anesthésie le 6, le 7, le 8, mourut le 1*2, el l'autopsie révéla les lésions de la périencéphalite aiguë. Malheureusement nos autres observations ne confirment pas jusqu'ici cette manière de voir, car dans celles où se trouve notée la peri»' de la conscience du moi^ nous n'avons pas pu signaler l'analgéMe.

Michéa croit aussi que l'hyperesthésie cutanée est une cause du délire hypocondriaque ; il cite à cet effet une observation asHZ concluante, que nous avons relatée dans un autre travail (i).ei qu'il termine parles réflexions suivantes : « L'hyperesthésie cutanée et celle du nerf acoustique, qui ne cessèrent jamais de marcher parallèlement avec le délire hypocondriaque, avaient-elb une part dans la genèse de celui-ci ? Nous serions disposé à li croire. Si l'exaltation de la sensibilité viscérale, si l'hyperesthésie de l'estomac, principalement, est souvent la cause de lanosomanie, pourquoi n'en serait-il pas de même de l'hyperesthésie cutanée et de l'exaltation de la sensibilité du nerf acoustique ? Quelle que soit la région du système nerveux où une impression s'oj)èK de façon à être perçue, la sensibilité est toujours la même au fond, quoique infiniment vaiîable dans ses modes, et plus celte fonction s'exalte, plus le moi tient à grandir. »

Les troubles de la sensibilité commune pourraient bien aussi avoir leur part dans la pathogénie du délire hypocondriaque. Par sensibilité commune, il faut entendre, dit Âxenfeld (2), la perception très-nette, bien que devenue presque inconsciente à force

(1) Voisin et Burlureaux, De la mélancolie dam la paralyne ifénérale. Prix LefeTre. 1ST3

(2) Axenfeld, Arch, gén. de tnéd., 1868.

DÉLIRE MÉLANCOLIQUE. 40i

de continuité, que nous avons tous, de la présence de nos organes, de leur volume, de leur poids, de leur forme, de leur situation, de leurs rapports. De tous les points de l'organisme, sans cesse montent vers les centres nerveux une infinité de courants sensitits qui, pour notre bonheur, passent inaperçus de l'encéphale, mais dont les interruptions et les irrégularités nous frappent vivement aussitôt qu'elles se manifestent, comme la cessation d'un bruit monotone attire l'attention du dormeur et le réveille. Tous les tissus, tous les oignes, concourent à nous donner cette sorte de perception à la fois très-vague et très-exacte : la peau, les muscles, et aussi le tissu cellulaire, les plans fibreux, les ligaments, les os. L'homme sain, dit-on, ne sent pas ses organes ; cela veut dire qu'il a la notion indistincte d'un ordre parfait dans son organisme, le calme d'un équilibre général. Sentir ses organes, c'est en percevoir l'existence sous un mode pathologique, et combien sont variées et intéressantes les aberrations de la sensibilité commune dans les maladies ! Quand un homme se plaint d'avoir la tête volumineuse, les jambes lourdes (même au repos), les yeux saillants, quand surtout les malades atteints de névroses nous font part de perceptions presque impossibles à dépeindre, ce sont autant de changements très-réels de la sensibilité commune qu'ils accusent. Pour ce qui est des ataxiqucs, interrogés avec soin, ils donnent des renseignements curieux à cet égard. Parmi les malades de Charcot et Yulpian, plusieurs étaient hoi^ d'état d'indiquer au juste la position de leurs membres, à moins de la vérifier par la vue ; et notez que ces malades n'accusaient qu'une obtusion du tact légère et bornée à une région circonscrite du tronc. Un alaxique de l'hôpital Saint-Antoine, ayant pour toute anesthésie apparente un peu d'engourdissement de la peau, nous dit que ses jambes lui paraissent démesurément grosses et tendues, surtout la droite, où le désordre des mouvements était le plus accusé. Une autre malade non-seulement est obligée de noter la place où elle met ses mains au moment de s'endormir pour être sûre de les retrouver dans l'obscurité, mais ses membres, dit-elle, ne lui paraissent plus être de la même viande qu'autrefois, etc. De pareils désordres de la sensibilité commune se rencontrent également chez les aliénés paralytiques, et ne sont probablement pas étrangers aux conceptions hypocondriaques bizarres et variées

A. VOISLN. Paralysie. i6

iOi PllYSlOLOCilE PATHOLOGIQUE.

qu'on peut noter chez eux. 11 est encore des cas plus difficiles à expliquer : ce sont ceux où le délire hypocondriaque sunienl brusquement et est passager. Dans ces cas, on pourrait dire que la même lésion qui, lorsqu'elle est permanente, produit un délire hypocondriaque permanent, produit, lorsqu'elle est passagère, un délire passager; et nous ne serions pas en peine pour trouver des analogies expliquant ces lésions passagères , car pourquoi n j aurait-il pas dans le sympathique, dans la moelle, dans les viscères, des poussées congestives analogues à celles qui se fontdans l'encéphale et qui provoquent ces accidents temporaires étudiés par Bayle et par Calmeil ?

A vrai dire, les difficultés augmentent lorsqu'on veut expliquer les cas où le délire mélancolique et le délire ambitieux se succèdcnl à de courts intervalles, et surtout ceux où ils marchent parallèlement. C'est pour eux que Baillarger (i) a développé récemment l'hypothèse suivante. Baillarger pense que, dans la paralysie générale, la manie, la mélancolie, la monomanie, sont pour ainsi dire des éléments surajoutés susceptibles de guérir (et leur disparition constitue précisément les rémissions). Ce sont des complications masquant la maladie principale et primitive, qui est la démence paralytique. Elles doivent être rapportées, selon leur forme, à des lésions différentes. « Il est inutile de faire survenir l'encéphalite pour expliquer des appareils symptomatiques aussi opposés. D

Les réflexions que nous avons consignées plus haut (p. 389, 391; pour expliquer la cause intime du délire ambitieux et du déliiv mélancolique, répondent en partie à la question que s'est posée Baillarger, relativement à l'idée émise par lui que la manie, la mélancolie, la monomanie, doivent être rapportées à dt?^ lésions différentes, et qu'il est inutile de faire intervenir reuféphalite pour expliquer des appareils symptomatiques ^ussi opposés. Nous pensons bien aussi que des lésions différentes doiveiil déterminer ces symptômes ; mais nous ne sommes pas de TaNÎ^ de notre honoré maître, lorsqu'il dit qu'il est inutile de faire inl<'rvenir l'encéphalite.

L'encéphalite est apte à produire ces divers symptômes. Pour

(\) Annales mêdicO'psiicholo(jiques.

PAliALYSIE GÉNÉRALE GALOPANTE. 403

uous, en efTel, Tétai maniaque des fous paralytiques est cause parderhyperhémie cérébro-méningée générale qui exalte les fonctions ; l'état mélancolique avec stupeur, par un œdème cérébroméningé qui imbibe les éléments nerveux et gêne leur fonctionnement ; Tétat mélancolique simple et l'état hypocondriaque, par des causes sensorielles, viscérales et périphériques {illusions et hallucinations^ névralgies^ etc.).

Il n'est pas besoin, pour expliquer ces symptômes, de supposer, comme le fait Baillarger, une action dynamique analogue à celle qui se produit dans la folie simple, L'hyperhémie et ses conséquences peuvent mener aux mêmes résultats que les états organiques et les troubles de fonctionnement observés dans la folie simple. En effet : 1"* la folie simple à forme maniaque s'accompagne assez souvent, à son début principalement, de fluxion cérébro-méningée qui détermine des symptômes de manie, même avec délire ambitieux, à peu près identiques à ceux de la paralysie générale à forme maniaque, de même que dans la paralysie générale ce délire ambitieux peut être le résultat d'hallucinations (consultez les observations de Dum., Post., Ham., p. 369, 372).

2* La folie simple à forme mélancolique avec stupeur, dépressive, est ordinairement produite par du spasme vasculaire qui amène de l'anémie, et par conséquent du trouble et de la gêne dans le fonctionnement cérébral, des illusions et des hallucinations.

3** La folie simple à forme lypémaniaque , hypocondriaque, peut être causée par des sensations douloureuses, viscérales ou périphériques, par des phénomènes sensoriels, illusionnels et hallucinatoires.

En somme, il ressort de mes observations que des états organiques différents, appartenant à la paralysie générale et à la folie simple, peuvent déterminer des délires analogues, et que l'encéphalite peut produire les mêmes formes de délire que les états dynamiques et organiques observés dans la folie simple.

Pour en revenir à la pathogénie du délire hypocondriaque, nous devons ajouter que si nos idées sur la pathogénie de ce délire sont conformes à la vérité, l'existence du délire hypocondriaque doit indiquer un pronostic fâcheux ; et c'est ce qui paraît exister en effet. Baillarger a longuement insisté sur la gravité du pronostic chez les malades qui présentent du délire hypocon-

driaque, à quelque période de la maladie que ce délire survienne. L'apparition des conceptions hypocondriaques nous semble êli-e menaçante, surtout quand elle existe au début de la maladie. Nous avons remarqué qu'alors les malades tombent rapidement dans un état alarmant de collapsus, et que la paralysie générale prenait chez eux des allures tellement rapides, que sous ces apparences on reconnaît à peine la paralysie générale classique. C'est de toutes les formes aiguës celle qui se termine le plus rapidement par la mort; on pourrait l'appeler la paralysie générale galopante; mais quand le délire hypocondriaque fait son apparition dans le cours de la deuxième ou troisième période, ce qui est de beaucoup le cas le plus fréquent, le pronostic ne nous semble pas être aussi grave que Baillarger le pense. D'ailleurs, à la deuxième et à la troisième période, le délire hypocondriaque s'observe rarement seul, sans être accompagné du délire ambitieux. Tous ces points ont été longuement étudiés dans noire Mémoire couronné par l'Académie en 1875. Le délire mélancolique ne paraît pas avoir une influence notable sur la gravité du pronostic, à moins cependant qu'il ne s'accompagne du refus d'aliments, ou qu'il ne révèle la forme slupide. D'ailleurs, nous savons qu'il est fréquent à la période intermédiaire, et qu'il Test beaucoup plus qu'on ne le pense généralement dans le cour? de la maladie, soit qu'il existe seul, soit qu'il se trouve accompagné du délire ambitieux.

Si Ton cherche à expliquer chacun des symptômes qu'on observe chez K-j aliénés paralytiques, on sera souvent embarrassé, parce que la physiologie de Taxe cérébro-rachidien n'est pas encore assez avancée, et aussi à cause tic la diiïusion habituelle des lésions chez les aliénés paralytiques.

On peut cependant rapporter à des lésions bien définies certains lroulil^> somatiques, tels que le tremblement des muscles de la face, le tremblement de la parole, la perte de l'odorat, etc.

On échoue lorsqu'on fait la tentative d'interpréter d'une manière prêii><les attaques épileptiformes, le grincement des dents, et bien d'autres phénomènes somatiques.

Lorsqu'on cherche à interpréter les phénomènes psychiques, on est sou^onréduit aux hypothèses. Voici les explications qui nous semblent le plus aiUuitr sibles :

1° Le trouble mental des paralytiques est toujours marqué au coin d'u&e

certaine débilité intellectuelle, parce qu il est toujours en rapport avec des lôsions des lobes antérieurs du cerveau.

S"" Il est toujours général et jamais partiel, parce qu*il est en rapport avec des lésions diffuses; l'analyse psychologique démontre d'ailleurs qu'il ne peut jamais être partiel, parce que dans les phénomènes intellectuelSt Firrégularité d*une seule faculté^ en admettant qu'elle soit possible, entraine nécessairement l'irrégularité de l'ensemble.

3"" Lorsque la maladie revêt la forme de démence paralytique, les lésions sont habituellement les mêmes que dans les autres formes. Nous pensons qu^il y a lieu de faire jouer un certain rôle pathogénique, dans ce cas, à l'athérome artériel.

4* Lorsque la maladie est caractérisée par du délire ambitieux, il y a lieu de chercher dans la congestion encéphalique la cause de ce délire ambitieux (Bayle, Baillarger, Gubler).

5* Le délire mélancolique est le résultat d'influences morales dépressives antérieures, et de troubles de sensibilité viscérale et périphérique.

Vf Le délire hypocondriaque peut bien quelquefois naître par le seul fait du fonctionnement défectueux du cerveau, tout comme le délire ambitieux ; mais il nous semble être le plus souvent en rapport avec une lésion d'un Gitane éloigné : foie, rein, cœur, intestin, poumon, plexus solaire, etc. Il est quelquefois dû à une lésion de l'utérus, ou à la constipation, ou à des spasmes pharyngiens, ou à des douleurs vagues dont les malades ne se rendent pas compte, ou à des troubles de la sensibilité commune, ou à des lésions des nerfs crâniens, spinaux, et du cordon médullaire.

7"" L'anesthésie cutanée pourrait bien être la cause de la perte de conscience de l'identité.

8* L'hyperesthésie peut aussi expliquer certains modes de délire liypo* condriaque.

Q"" Le ramollissement aigu et très-rapide de toute la périphérie de l'encéphale peut rendre compte du délire hypocondriaque dans la paralysie générale galopante, à cause des sensations périphériques et viscérales qui sont le résultat d'une lésion étendue du cerveau.

lO Étant donnée cette dernière pathogénie du délire hypocondriaque, il n*est pas étonnant que ce délire soit le plus souvent d'un pronostic fâcheux, surtout s'il survient au début de la maladie; l'observation confirme trèsbien cette donnée théorique.

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