LÉS[ONS DES REINS
rations ont été étudiées à propos des manifestations propres à la troisième période (i); en outre, chez les paralysés généraux, surtout à une période avancée de la maladie, tous les organes sont en souffrance: la tuberculisation pulmonaire est fréquente chez eux. Clouston (2) a remarqué que dans 33 cas de paralysie générale accompagnée de tuberculisation, le délire avait été d'abord mélancolique et accompagné d'impulsions au suicide; dans ces cas la tuberculisation n'avait pas été l'effet du refus d'acceptation des aliments ou du dérangement de la nutrition, et dans la plupart des cas elle n'avait causé que de faibles dérangements ; elle était presque latente et ne l'accompagnait ni de toux ni d'expectoration : ce n'est, du reste, qu'à l'examen de la poitrine par l'auscultation, par la percussion et avec l'aide de l'observation thermométriqne, qu'on peut découvrir la tuberculose chez les déments paralytiques. Esquirol avait remarqué cette évolution insidieuse. « La phthisie chez les aliénés, dit-il, échappe à l'observation la plus attentive. y> De même, Marcé a écrit « que les aliénés qui succombent à la phthisie gardent fort longtemps leur embonpoint et leur appétit, que rien n'est changé à leurs habitudes et à leur délire. »
On rencontre fréquemment à l'autopsie des paralysés généraux des lésions du foie, de la rate et des reins, de nature irritative. Les capsules du foie et de la rate portent souvent des traces d'inflammation d'âge différent.
Lésions des reins. — Il nous a été donné d'examiner un certain nombre de reins de malades qui avaient présenté de l'albumine dans l'urine. Ces reins étaient d'un volume normal, d'une consistance un peu au-dessus de la moyenne ; à l'œil nu, ils étaient hyperhémiés dans les substances corticale et tubulaire.
Il existait des adhérences multiples entre la substance corticale et la capsule ; l'examen microscopique pratiqué après durcissement et coloration par le carmin ou l'hématoxyline permettait de constater les altérations suivantes: tandis qu'à l'état normal le stroma est formé d'un réseau extrêmement serré de corpuscules de tissu conjonctif sans tissu conjonctiffibrillaire,chez ces aliénés paralytiques, le stroma était formé de fibrilles de tissu conjonctif très-sensible à l'action des matières colorantes.
(1) Page 160.
(2) Clouston, In the mental science, 1868.
La quantité de ces fibrilles variait beaucoup suivant les diverses régions du rein : elle était remarquable surtout dans la substance corticale, et dans certains endroits elle étouffait en partie les tubes de Henle, en respectant, chose curieuse, les corpuscules de Malpighi ; les cellules épithéliales des tubes de Henle et des corpuscules de Malpighi nous ont toujours paru normales.
Ce sont, en somme, les lésions de la néphrite interstitielle (1).
L'intestin et l'estomac sont très-souvent malades ; la muqueuse en est ramollie, hyperhémiée. Galmeil décrit longuement ces lésions dans bon nombre d'observations.
Leur étude a déjà été faite au chapitre qui traite du délire hypochondriaque.
En résumé, les lésions cérébrales qui, dans mon opinion, se produisent successivement dans la paralysie générale des aliénés sont, pour la substance grise, de l'hyperhémie, de l'œdème, du ramollissement du tissu nerveux, l'organisation dans les parois des vaisseaux et dans la substance nerveuse de produits hématiques épanchés depuis un temps variable, la formation dans les vaisseaux et dans le tissu nerveux d'éléments embryoplastiques qui se transforment en corps fusiformes et en tissu fibrillaire dans les parois vasculaires, en myélocytes dans le tissu nerveux, et l'altération des cellules cérébrales.
L'hyperhémie amène l'épanchement de produits hématiques qui envahissent la substance nerveuse, les parois vasculaires et les espaces lymphatiques. L'augmentation de la quantité du blastème dans le tissu hyperhémié détermine la néoformation d'éléments nouveaux nucléaires qui subissent des transformations suivant la nature du tissu ; ainsi dans la substance nerveuse l'élément nucléaire nouveau devient myélocyte, dans les vaisseaux il devient noyau conjonctif, corps fusiforme, et enfin tissu fibrillaire. La néoformation de tissu conjonctif dans les vaisseaux produit leur aspect moliniforme et leur diminution de calibre et même leur obturation; et c'est cette interruption dans la circulation sanguine qui est une des causes des altérations des cellules cérébrales.
Les lésions de la substance blanche consistent principalement
(1) Voy. Kelscli, Arch. de Phyuioloiiie. Paris. 1874.
RÉSUMÉ. 459
dans les lésions des vaisseaux et dans la prolifération des myélocytes.
Dans la moelle épinière , les lésions fondamentales sont les mêmes, mais la formation du tissu fibrillaire est plus considérable, parce que la moelle renferme plus de vaisseaux et par conséquent une plus grande quantité de tissu cellulaire.
RÉSUMÉ
Forme aiguë. — Lésions habituelles de la congestion cérébro-spinale. — Hyperhémie de l'axe nerveux et parfois lésions viscérales.
Forme chronique. — Crâne. — Dure-mère. — Pachyméningite. — Épaississements. — Kystes.
Arachnoïde. — Granulations. — Corps étoilés dans l'arachnoïde spinale.
Pie-mère. — Congestion, épaississement. Les lésions des méninges sont toujours plus prononcées dans les lobes antérieurs que dans les autres lobes du cerveau.
Le cerveau est souvent atrophié à la fin de la maladie; d'autres fois il y a de l'inégalité dans le poids des deux hémisphères. — Adhérences cérébroméningées. — Ramollissement de la couche corticale.
Apparences du cerveau coupé par tranches.
Élude microscopique de la substance corticale. 1" Lésions vasculaires et périvasculaires : dégénérescences colloïde et cystoïde. 2° Lésions des éléments nerveux : cellules nerveuses (trois degrés d'altération) ; tubes nerveux. 3" Lésions qu'on rencontre dans la névroglie. Nous pensons que la névroglie est du tissu nerveux ; ce qui nous permet de l'affirmer, c'est : A l'embryogénie ; B la façon dont se comporte la névroglie sous l'influence des réactifs chimiques et des substances colorantes -, G la texture du réticulum ; D l'étude microscopique de la substance nerveuse du fœtus (on peut suivre chez le fœtus l'évolution des cellules nerveuses, se convaincre qu'elles dérivent des myélocytes, et que les myélocytes, de même que le réticulum, n'appartiennent pas au système conjonctif.
Ce qui explique l'erreur des auteurs qui considèrent la paralysie générale comme liée à une prolifération de la névroglie, c'est l'existence des corps embryoplastiques et des myélocytes répandus en nombre exagéré dans la substance nerveuse; les auteurs qui admettent la prolifération de la névroglie considèrent ces corps comme des cellules conjonctives, nées sur place et développées pour ainsi dire aux dépens de la névroglie. Mais une observation attentive montre que ces corps étrangers ont une origine vasculaire, vu qu'ils existent d'abord et surtout au voisinage des vaisseaux, et que ce n'est qu'après qu'ils émigrent dans la substance nerveuse avoisinante. 4° Existence des cellules araignées. 5" Lésions des myélocytes. — Les myélocytes, étant absolument de même nature que les cellules nerveuses, subissent des altérations identiques : trois degrés d'altération.
Altérations de la substance blanche : induration superficielle, crêtes, aspect sablé, teintes variées. Il n'y a pas de sclérose, mais bien de l'œdème dur.
CONSIDÉRATIONS MÉDICO-LÉGALES
Les lésions de l'insulà sont de bonne heure assez accusées; par contre, la couche optique, le corps calleux, la voûte à trois piliers, les corps genouillés, présentent des altérations relativement peu marquées. Le corps strié est presque toujours sain.
Lésions de l'épendynie ventriculaire.
La protubérance est souvent altérée, surtout au niveau des noyaux d'origine de la troisième paire; les cellules qui constituent ces noyaux présentent souvent des lésions très-manifestes.
Le cervelet n'est jamais aussi altéré que le cerveau : il est souvent hyperhémié.
Le nerf olfactif est presque toujours ranaoUi, et dés le début ses cellules d'origine sont souvent altérées, et entre ses fibres, on rencontre beaucoup de noyaux embryoplastiques. Le nerf optique est parfois scléreux.
Le moteur oculaire commun, le facial et l'hypoglosse sont souvent lésés dans leurs noyaux d'origine. Ces deux derniers nerfs ne présentent ordinairement pas d'altération à partir de leur émergence du cerveau. Le trijumeau et les autres nerfs crâniens ne sont qu'exceptionnellement atteints.
La moelle subit les mêmes altérations que celles que nous avons rencontrées dans le cerveau : ses vaisseaux sont d'autant plus lésés qu'on s'approche davantage du canal central. C'est surtout la partie postérieure de la moelle qui est atteinte. (Les lésions histologiques de la moelle sont étudiées dans le chapitre XL) Les lésions viscérales sont fréquentes et insidieuses : elles portent sur le foie, les reins, le cœur et les poumons.