‹ Traité de la paralysie générale des aliénés [electronic resource]Chapitre 20 sur 137 · CACHEXIE · texte numérisé non relu

CACHEXIE

depuis longtemps chargées de les soigner. Ainsi, nous avons remarqué qu'un malade, entre autres, qui ne reconnaissait plus ni sa mère ni ses plus proches parents, semble reconnaître encore la personne qui lui donne à manger et qui le soigne tous les jours.

Dans certains autres cas, les malades ont des antipathies que rien n'explique : nous connaissons une dame, arrivée à la démence complète, qui a pris en aversion un chat qu'elle aimait beaucoup autrefois : chaque fois que cet animal, inoffensif d'ailleurs, se trouve k sa portée, elle ne manque pas de le tirer par la queue, de lui souffler sur le dos et de le chasser ensuite avec des marques de colère. Voilà trois mois que nous observons ce fait singulier.

La gourmandise persiste jusqu'à la mort; la vue des gâteaux fait sourire ces malheureux, et, pour les atteindre, on voit se lever et marcher des malades qu'on aurait pu croire tout à fait impotents.

Bref, à cette troisième période, les malades sont arrivés au dernier degré de la dégradation humaine, et comme le dit M. Lasègue, dans son style pittoresque : « Ces déments, insensibles à toute excitation physique et morale, ont cessé de vivre avant de mourir. »

8" Cachexie. — Abordons maintenant l'étude plus détaillée des phénomènes de cachexie qui sont le propre de la paralysie générale à la troisième période.

La cachexie arrive malgré l'intégrité apparente des fonctions de digestion. Ainsi les malades continuent à- manger avec voracité et à digérer ce qu'ils ingurgitent; ils ont cependant quelquefois des alternatives de diarrhée et de constipation. Quand la diarrhée est opiniâtre, elle compromet très-sérieusement la vie des malades. La constipation est quelquefois aussi très-rebelle; la dame dont nous parlions plus haut restait douze à quatorze jours sans aller à la garde-robe; tous les purgatifs avaient été essayés en vain; seule la podophylle amena des selles régulières.

Quand ils n'ont pas de diarrhée, on le-; voit le plus souvent acquérir un embonpoint qui semble de bon augure, mais qui ne fait que dissimuler l'état de profonde détérioration de tout l'organisme. Cet engraissement, qui est souvent rapide, tient sans doute, en partie, à ce que les malades n'ayant plus de souci, le fonctionnement de leurs viscères n'est jamais entravé par des

152 SYMPTOMES DE LA THOISIÈME PÉHIODE.

préoccupations semblables à celles qu'ils avaient auparavant. D'ailleurs le môme fait s'observe dans la plupart des maladies cérébrales arrivées à une période avancée.

Cette apparence de santé est extrêmement trompeuse, car d'un jour à l'autre on peut voir survenir de graves phénomènes de cachexie ou des affections intercurrentes, dont les malades sont incapables de faire les frais. Ainsi les pneumonies sont fréquentes et rapidement mortelles à cette période, les poumons deviennent facilement caséeux ou gangréneux. D'autres fois, malgré l'intégrité des actes digestifs, on voit survenir un amaigrissement trèsrapide; ce fait est sans doute en rapport avec une lésion profonde de l'axe spinal; car il coïncide d'habitude avec des symptômes d'ordre médullaire.

La cachexie se manifeste par une teinte terne de la peau qui se dessèche et tombe par petites écailles furfuracées ou qui se recouvre d'un enduit huileux et d'une odeur repoussante, aigre et ammoniacale qui porte à la gorge. L'odeur que répandent les malades est presque caractéristique; ce n'est pas seulement leur haleine qui est fétide; de toute la surface du corps s'exhale celte odeur spéciale. Il ne faut pas l'attribuer à ce que les malades sont gâteux, car elle existe chez ceux qui sont constipés et qui ne gâtent pas. Elle s'observe chez ceux qui sont le mieux tenus; elle ne disparaît pas par le fait des ablutions.

Les cheveux tombent; si le cuir chevelu n'est pas très-bien soigné, il se couvre d'impétigo; \es pedicidi capitis prennent rapidement domicile. Les ongles prennent parfois une teinte brune, comme si on les avait teints avec une légère solution de nitrate d'argent; ce n'est pas seulement sur le cuir chevelu que les pediculi se développent, on en trouve également et en grand nombre sur toute la surface cutanée et particulièrement aux endroits où la sécrétion épidermique est le plus abondante, c'est-à-dire dans les plis cutanés et dans les creux comme les creux axillaires, sus-claviculaires, etc. Ce sont alors def> pediculi corporis. Le tissu cellulaire devient flasque; les masses musculaires peuvent subir un travail régressif. Il n'est pas rare, en effet, d'observer une atrophie des interosseux palmaires; les membres, le tronc, la face elle-même ne sont pas épargnés ; mais cette atrophie n'est pas envahissante comme celle qui est le principal sym|»fnine

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