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PRONOSTIC DES ATTAQUES

suffisent pour empêcher les plus redoutables complications. Nous espérons faire comprendre comment de si petits moyens produisent de si grands effets, quand nous étudierons les lésions qui amènent la plupart des complications encéphaliques ; quoi qu'il en soit, les faits sont incontestables, et nous sommes convaincu que par cette intervention éclairée, par une observation attentive, on peut empêcher, dans bon nombre de cas, les complications de survenir.

Ce sont ces idées et ces procédés que nous voudrions faire adopter, parce qu'ils nous semblent appelés à rendre de véritables services anx malades.

(( On serait presque sûr, dit Calmeil, de doubler les années de vie de la plupart des sujets atteints de périencéphalite chronique diffuse, si l'on pouvait parvenir à conjurer les recrudescences de leur maladie inflammatoire: on doit donc s'appliquer de bonne heure, et à diminuer la masse fibrineuse de leur sang, et à rendre moins active la circulation de leurs centres nerveux encéphaliques. » On pourra, ajoute l'auteur, espérer d'atteindre ce double but par divers moyens, entre autres, en recourant à des applications de sangsues à l'anus, faites à intervalles assez rapprochés.

Les indications sont très-nettement formulées par Calmeil; mais à quels moments faut-il y recourir? quels doivent être les intervalles assez rapprochés? L'observation de la température axillaire et crânienne nous permet de préciser davantage et de choisir le moment opportun.

b. Pronostic. — Il nous reste à étudier quelques particularités relatives au pronostic de ces attaques apoplectiformes. Il y aura lieu d'envisager la gravité de ces attaques relativement à la mort qu'elles peuvent amener immédiatement, et relativement k l'évolution ultérieure de la maladie.

Au point de vue de la mort immédiate, on peut dire que les attaques apoplectiformes compromettent souvent l'existence, et l'on peut estimer que, chez les paralysés généraux, la mort survient une fois sur trois dans le cours d'attaques apoplectiformes ou convulsives. La mort, dans ces cas, est quelquefois instantanée; les individus sont pour ainsi dire sidérés, et cette funeste terminaison s'observe principalement lorsque la maladie est encore à une période peu avancée de son évolution. Le jilus souvent, la mort

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survient du quatrième au huitième jour; c'est du moins le chiffre que permet de fixer l'étude des vingL-sept observations rapportées par Calmeil (i).

Mais c'est surtout au po'mt de vue de la recrudescence qu'éprouve la paralysie générale lorsqu'elle a été traversée par une de ces complications, que le pronostic de ces attaques est inquiétant. Chacune domie, pour ainsi dire, un coup de fouet à la maladie. Après chacune, on peut voir l'ensemble des symptômes s'aggraver considérablement ; on peut voir des manifestations nouvelles survenir: c'est ainsi que l'ataxie des membres inférieurs, qui, jusqu'à l'apparition d'une attaque apoplectiforme, avait pu ne pas exister, acquiert un degré d'intensité qui compromet la marche et même la station ; c'est ainsi qu'on observe parfois des hémiplégies suivies plus tard de contracture persistante ; c'est ainsi que l'embarras de la parole qui, auparavant, pouvait être presque imperceptible, devient manifeste ; c'est ainsi que le déhre, qui avait pu faire presque complètement défaut, devient tellement évident, qu'on est souvent obligé de séquestrer les malades qu'on avait pu soigner jusqu'alors à domicile; c'est ainsi, pour le dire en passant, qu'une maladie qu'on appelait paralysie générale sans aliénation devient, d'une semaine à l'autre, la paralysie générale des aliénés. « D'après M. Moreau (2), on voit souvent les malades, après chaque nouvel accès, éprouver un état de bien-être, de contentement intérieur inexprimable ; ils ne peuvent trouver une expression propre à en donner une idée et à en faire comprendre les délices intérieures dont leur âme est inondée. »

Mais de tous les troubles intellectuels, celui qui subit de la part de ces attaques apoplectiformes l'aggravation la plus constante, c'est la démence. La mémoire des malades, en eiïel, éprouve un affaiblissement rapide; les conceptions deviennent bornées, les idées ne naissent plus qu'avec lenteur, et il n'est pas nécessaire pour produire ces résultats fâcheux, que l'attaque apoplectiforme ait une gravité exceptionnelle; en d'autres termes, la gravité des phénomènes consécutifs n'est pas toujours en rapport avec la gravité de l'attaque.

Les attaques apoplectiformes ne sont pas seulement dange-

(1) Calmeil, Mahidie.t inflanniialolres du cerveau- Paris, 1850, t. II.. {"1) Moreau (de Tours), La psiicholofiie nwrhirJe dans ses rapporta avec la philnsnpltie de rhi'.tnire. Paris '■«■'"'f, P- Sofi. '

ATTAQUES ÉPILBPTIFORMES. 215

reuses par ce fait qu'elles compromettent l'existence immédiate; elles ne sont pas seulement dangereuses par les suites qu'elles amènent et que nous venons de passer en revue, elles sont encore à redouter parce qu'une première attaque en appelle le plus souvent une seconde.

Le traitement préventif de ces attaques et les moyens à employer pour en diminuer les dangers seront étudiés dans le chapitre consacré au traitement de la paralysie générale.

2° Attaques épileptiformes. — Il est rare, avons-nous dit, que dans la paralysie générale confirmée, les attaques revêtent nettement le caractère d'attaques apoplectiques, telles que nous venons de les décrire; le plus souvent il s'y joint des phénomènes compulsifs : c'est ainsi que dans les vingt-sept observations de Calmeil, nous ne trouvons que trois cas d'attaques purement apoplectiformes. Nous réunirons sous le titre d'attaques épileptiformes toutes les complications dans lesquelles apparaissent des phénomènes convulsifs d'origine cérébrale.

a. Rapports de V cpilepsie avec la paralysie générale. — Il existe de nombreux rapports entre l'épilepsie et la paralysie générale: c'est ainsi, comme nous le dirons plus tard, que la paralysie générale est fréquente chez les épileptiques ; mais cette parenté se manifeste encore mieux dans les attaques convulsives que nous allons étudier.

Quelquefois la similitude entre l'attaque convulsive de la paralysie générale et l'épilepsie franche est tellement complète, que les meilleurs esprits hésitent à porter le diagnostic.

L'observation 120 de Galmeil est très-intéressante à cet égard : il s'agit là d'un homme qui, s'étant bien porté jusqu'à l'âge de trente-neuf ans, eut sans raisons spéciales plusieurs attaques convulsives qui furent qualifiées d'attaques épileptiques; un an après, cet homme fut admis à Charenton comme atteint de paralysie générale. « L'épilepsie est révoquée en doute, et l'on incline à croire, écrit Galmeil, qu'on a pris les effets dus à des congestions encéphaliques répétées pour les symptômes du mal caduc. » Mais, au bout de quelques jours, le malade eut coup sur coup plusieurs accès d'épilepsie, « et l'on dut bien reconnaître que le jugement des premiers observateurs était parfaitement fondé ». Voilà donc un cas oij, dans le cours d'une paralysie générale, diverses

2Ui DES COMPUGATIOPs'S DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE.

attaques conviilsives ont entièrement revêtu les caractères des attaques franchement épileptiques.

On rencontre môme dans le cours de la paralysie générale des vertiges qui sont absolument semblables à ceux qu'éprouvent les vrais épileptiques. M. A... (1), atteint depuis seize mois de paralysie générale, éprouve, dans certains moments, de véritables vertiges épileptiformes. « Il devient pâle et chancelant, il tourne de gauche à droite et se trouve forcé de s'asseoir pendant quelques secondes ; à la suite de ces espèces d'éblouissements, ses idées sont coniuses, il ne sait plus se diriger, manger d'une manière convenable ; il a l'air hagard. »

b. Étude du pouls avec le sphygmographe. — Ce qui ajoute encore à l'analogie, c'est que dans tous les cas d'accidents épileptiformes ou épileptiques qu'on observe chez les aliénés paralytiques, on peut noter au sphygmographe les mêmes caractères du pouls qui se rencontrent chez les vrais épileptiques, pendant les attaques et les vertiges et pendant quelque temps après, c'està-dire que la ligne ascendante est haute et verticale, tandis que la ligne descendante indique du dicrotisme. D'ailleurs, les tracés suivants recueillis chez des aliénés paralytiques en proie à des accidents épileptiformes font foi de ce que nous avançons.

Voici les tracés d'aliénés paralytiques en dehors des attaques et aussitôt après une attaque.

P.ER..., pnralysic générale. — En dehors des attaques.

Ber... — Cinq minutes après le début d'une attaque épileptiforme.

Ber. — Douze minutes après le début de l'attaque. (1) CDilmcil, Maladies inflammatoires (lu cerveau, Paris, 1859, t. 11(117' observation).

APPLICATIONS DU SPHYGMOGRAPHE. 217

MouL..., paralysie générale, délire hypocondriaque.

MoUL..., paralysie générale. — Tracé pris dix minutes après le début d'une attai[ue épilepti forme.

Voici, d'autre part, des tracés recueillis chez un épileptique avant et après une attaque franche.

Leb..., épileptique. — État normal.

Leb... — Cinq minutes après le début d'une attaque épileptique.

Comme dans l'épilepsie, on observe parfois dans la paralysie générale des cas où les attaques sont pour ainsi dire subinlrantes, le malade n'a pas le temps de reprendre connaissance, et l'on peut ainsi compter jusqu'à cent cinquante attaques se succédant sans intervalles, jusqu'à ce que la mort vienne le plus souvent terminer la scène.

D'autres fois il arrive que les attaques deviennent de moins en moins rapprochées; il arrive encore qu'un traitement opportun met fin aux convulsions. Quoi qu'il en soit, cet état est très-analogue à l'état de mal qu'on observe dans l'épilepsie franche : dans l'un et dans l'autre cas, l'haleine exhale une odeur ammoniacale, et il y a une notable élévation de température. Quelquefois les phénomènes convulsifs sont partiels : un bras seul, par exemple,

sera animé de mouvements ; les mêmes faits se produisent aussi parfois dans l'épilepsie franche.

Ainsi donc, dans certains cas, les accidents convulsifs dans la paralysie générale sont analogues, soit aux attaques d'épilepsie franche, soit aux vertiges épileptiques, soit à ce qu'on appelle l'état de mal épileptique. Nous n'avons pas k insister sur les niïinifestations de ces divers états, il suffit de renvoyer à ce qui a été écrit au sujet de l'épilepsie; mais il est encore d'autres accidents qui méritent mieux le nom d'épileptiformes et qui se rencontrent plus spécialement dans la paralysie générale. Ce sont eux que nous voulons étudier à présent : disons tout de suite qu'il est impossible d'en faire une description qui puisse s'appliquera tous les cas. L'analyse seule permet d'établir deux variétés, suivant qu'il y a pendant l'attaque élévation ou abaissement de la température. La température s'abaisse, en effet, dans certains cas exceptionnels, nous en parlerons à propos de l'urémie ; le plus souvent la température s'élève pendant l'attaque épileptiforme et dès le début. Magnan a, il est vrai, rapporté un fait dans lequel la température ne s'est élevée qu'au bout de deux heures (1); ce fait est intéressant à connaître, mais il n'infirme pas la règle générale.

c. Description de V attaque épileptiforme. — L'attaque épileptiforme est parfois de très-courte durée. Chez un de nos malades, par exemple, on voit survenir brusquement de la rougeur à la face, la perte de la connaissance , l'œil reste fixe , la sensibilité à la douleur, le sens de l'ouïe sont absolument abolis, de légères secousses agitent les bras et les jambes, la tête est animée de petits mouvements de rotation, puis, au bout d'une minute ou deux, l'attaque se termine le plus souvent par l'émission involontaire de l'urine. Les personnes étrangères aux études médicales ne peuvent pas se douter de la gravité de ces petites attaques, elles ont même peine à croire que les malades perdent la connaissance pendant leur durée.

Dans l'observation 92 de Calmeil, tome I, nous trouvons la description de petites attaques qui paraissent analogues à celles dont nous parlons.

(Ij Société de hinloijk (séancn rtu 16 mai 1874)

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