SCLÉROSE DES CORDONS POSTÉRIEURS
« La phlegmasie marche d'habitude de haut en bas, mais nous l'avons vue suivre une marche précisément inverse sur un certain nombre de malades. Il existe certainement des cas où l'inflammation débute dans le mode chronique vers la moelle spinale, où les mouvements et la sensibilité sont d'abord seuls lésés, où les facultés morales et intellectuelles sont ensuite compromises à leur tour, et où ces derniers dérangements fonctionnels sont la conséquence d'une périencéphalite chronique diffuse; nous nous empressons de signaler ces faits à l'observation, vu que l'inflammation procède dans ces cas de bas en haut et qu'on pourrait prendre ces faits exceptionnels pour la règle. »
Pour pénétrer plus avant dans cette étude, il y a lieu d'envisager séparément les cas où la périencéphalite est consécutive à la lésion de tel ou tel cordon de la moelle ou à la lésion diffuse de cet organe.
Commençons par étudier les paralysies générales consécutives, par voie de propagation, à la sclérose des cordons postérieurs.
La science renferme très-peu d'observations parfaitement concluantes.
Westphal en a bien cité quelques-unes; ainsi il parle d'un malade entré dans son service le 7 janvier 1858, qui avait depuis plusieurs années des douleurs lancinantes dans les membres inférieurs; qui avait eu, quatre ans et demi avant son entrée, du strabisme qui disparut, qui enfin avait depuis deux ans de la faiblesse de la vue, de l'incertitude dans la marche, de l'incontinence d'urine. Or cet homme était entré dans le service d'aliénés comme atteint de manie aiguë. A l'autopsie, faite vingt mois après son entrée, on constata, entre autres lésions médullaires, celles de l'ataxie locomotrice progressive.
Malheureusement, dans ce cas, il n'est pas fait mention de l'état anatomique du cerveau ; mais il est à présumer qu'il s'agissait bien là d'un cas de paralysie générale survenant consécutivement à l'ataxie locomotrice.
Dans une autre observation du même auteur, on voit la démence paralytique survenir quatre ans et demi après le début de l'ataxie locomotrice; mais ce cas ne représente pas encore le cas type que nous voudrions trouver pour la démonstration, car les lésions du cerveau ne sont pas nettement décrites.
Foville en a également cité quatre observations, mais qui ne nous semblent pas non plus être absolument concluantes (1).
D'ailleurs ce dernier auteur garde une certaine réserve, car il s'exprime ainsi relativement aux paralysies générales par propagation, succédant à l'ataxie locomotrice :
« Il les admet comme à peu près démontrées. »
Pour nous, nous croyons pouvoir être plus affirmatif depuis que nous avons observé, au moyen du microscope, la propagation d'une lésion des cordons postérieurs dans l'épaisseur même des hémisphères cérébraux (2).
Il s'agissait, dans ce cas, d'une malade ayant présenté pendant sa vie des symptômes très-nets d'ataxie locomotrice sans troubles intellectuels. A l'autopsie, nous pûmes constater que le processus inflammatoire avait dépassé la moelle, qu'il avait gagné les pédoncules cérébraux, qu'il s'irradiait le long de ces pédoncules dans l'épaisseur de la substance blanche du cerveau et qu'il s'arrêtait brusquement à une certaine distance de la périphérie de l'organe. Cette malade, disons-nous, n'avait ofTert aucun symptôme de folie paralytique, mais il est infiniment probable que si elle eût vécu, le processus inflammatoire que nous avons pu pour ainsi dire suivre à la trace aurait continué à s'étendre, qu'il aurait fini par atteindre la périphérie du cerveau et qu'il aurait alors déterminé les troubles intellectuels.
Quant aux autres faits de paralysie générale par voie de propagation, quelques-uns ont été décrits par Foville, qui a surtout étudié les cas oû la lésion initiale siégeait dans les nerfs optiques. Il en a cité trois observations concluantes.
Il paraît aussi y avoir des paralysies générales consécutives à la sclérose en plaques, à la méningite spinale postérieure, à la paralysie ascendante, à la myélite chronique diffuse, circonscrite ou" généralisée; mais nous n'avons pas de documents assez précis sur ces divers cas excessivement rares pour pouvoir nous étendre davantage sur cette question, d'autant plus qu'on est toujours en droit d'objecter que la paralysie générale peut être survenue accidentellement chez des malades atteints de ces diverses lésions spinales, et qu'on peut aussi objecter que quelques-unes de ces
(1) Foville, De la paralysie générale par propagation {Ann. méd.-psych., janvier 1873).
(2) Voir Burlurcaux, tliùso, 1871.