‹ Traité de la paralysie générale des aliénés [electronic resource]Chapitre 60 sur 137 · TROISIÈME GROUPE · texte numérisé non relu

TROISIÈME GROUPE

§ 3. Prédominance des troubles somatiques. — On voit, par ce ce qui précède, que les signes diagnostiques tirés des troubles psychiques sont la plupart du temps insuffisants pour permettre de reconnaître la paralysie générale, et qu'il faut de toute nécessité y adjoindre les signes somatiques.

Mais des difficultés tout aussi grandes se rencontrent lorsque les troubles somatiques existent seuls, sans être accompagnés soit de délire, soit d'affaiblissementintcllcctuel.

On se trouve alors en face de ce qu'on a appelé Vàparalysie générale sans aliénation. Nous serions rejeté dans un chaos de plus en plus profond, si nous voulions, à côté des nombreuses variétés de paralysie générale qui méritent ce nom, placer les prétendues paralysiesgénérales sans aliénation. Nous l'avons dit lors de l'étude de notre quatrième variété, nous rejetons absolument toute espèce de paralysie générale sans aliénation. Et par aliénation, nous entendons soit le délire, soit la démence à ses divers degrés.

Tout malade qui présentera même le plus grand nombre des troubles somatiques décrits au chapitre II, sans présenter en même temps du délire ou de l'affaiblissement intellectuel, est pour nous un sujet atteint d'une maladie de la moelle ou du cervelet (sclérose en plaques, paralysie générale spinale, subaiguë, etc.). Si ce même sujet arrive au bout d'un certain temps à avoir des troubles encéphaliques, nous dirons alors, mais alors seulement, qu'il est atteint de paralysie générale.

Notre conviction est entière à cet égard.

Admettre des paralysies générales sans aliénation, c'est intro-

(illire dans le diagnostic, snrtout pour les médecins qui n'ont pas l'habitude de ces maladies, des difficultés inextricables.

Beaucoup d'auteurs ont rejeté la soi-disant paralysie générale sans aliénation.

Citons en première ligne M. Baillarger, que l'on accuse tout à fait à tort d'avoir admis cette maladie hybride.

M. Baillarger a dit qu'il pouvait y avoir des paralysies .sans délire, mais non pas sans quelques troubles intellectuels (1). Ces troubles intellectuels constants sont du ressort de la démence; or la démence devenant toujours par ses progrès une véritablf aliénation mentale, l'auteur n'a jamais admis de paralysies générales parcouiiint toutes ses phases sans que le malade devhit aliéné. Il n'y a donc jamais eu pour M. Baillarger de paralysie ïïénérale sans aliénation.

Falret, Delasiauve, qui cherchent autant que possible à restreindre le cadre de la maladie que nous étudions, devaient naturellement éliminer la paralysie générale sans aliénation.

Parchappe ('2) pense aussi que, dans la paralysie générale, (c l'intellioence est constamment altérée dès le début de la maladie, et que le plus souvent l'altération a le caractère du délire ».

Brierre de Boismont est aussi porté à mettre en doute l'existence de la paralysie générale sans aliénation; c'est ce qui ressort d'une importante communication faite par lui à la Société médico-psychologique, le ^27 décembre 1858.

Marcé n'admet pas non plus la paralysie générale sans aliénation (3) ; selon lui, « cette séparation n'est nullement fondée, et s'appuie uniquement sur un examen insuffisant et incomplet des malades; on les observe pendant quelques jours, pendant quelques semaines; on constate qu'ils n'ont pas d'idées fausses, qu'ils ne disent aucune extravagance, et on affirme qu'ils n'ont aucune altération de l'inteUigence. Mais les personnes qui vivent dans leur intimité et les connaissent depuis longtemps s'aperçoivent chaque jour des graves transformations qui s'opèrent dans leur état mental, de l'invasion de la démence. Et d'ailleurs, en suivant longtemps les malades, il est bien rare

(1) Amiak's médk'O-'psycol . (S 'aiicc du 22 novembre 1858.)

(2) Pai-cliappc, Société nié(lico-psijcholoyi(]ue , séance du 28 dcceiubi'c 1857.

(3) Marcé, Maladies mentales, p 421).

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