‹ Traité de la paralysie générale des aliénés [electronic resource]Chapitre 74 sur 137 · CAUSES MORALES · texte numérisé non relu

CAUSES MORALES

cepterons avec le même esprit éclectique , car ce que nous cherchons, ce n'est pas d'établir une théorie matérialiste ou spiritualiste, nous ne faisons pas de la philosophie, mais bien de la médecine. Comment se fait-il, pourrait-on nous objecter, que les influences morales qui amènent la paralysie générale sont précisément les mêmes qui amènent la folie simple? Tout le monde, en effet, sait que les passions violentes, les contrariétés prolongées, les désillusions, lespeinesde cœur, les pertes de fortune, survenant chez un individu prédisposé, sont les causes vulgaires de la folié simple. Celle objection a une certaine valeur: nous ne pouvons pas la résoudre d'une façon rigoureuse; nous ferons cependant remarquer qu'entre la folie simple et la paralysie générale il y a un rapport que nous allons tâcher de faire entrevoir. La folie simple et la paralysie générale sont les deux notes extrêmes de la gamme ; c'est bien le cas de répéter ici, et sans la moindre intention paradoxale, que les extrêmes se touchent. La folie simple s'accompagne très-fréquemment d'un état de sthénie vasculaire, caraclcrisé par de la pâleur de la face, du refroidissement des extrémilés et du nez, par un pouls petit et serré, tous phénomènes en rapport avec un état de constriction des vaisseaux sanguins.

La folie paralytique, au contraire, s'accompagne d'un état de turgescence des vaisseaux : la figure est souvent vulUicuse, la résistance au froid est considérable, le pouls indique une faible tension artérielle. Or, y a-t-il deux états plus voisins que ceux de la sthénie et de l'asthénie vasculaires? Ne voit-on pas à chaque instant le second succéder au premier par une sorte de réaction, et môme n'observe-t-on pas, comme nous l'avons dit (page 7), un état nerveuxcérébral in tense se compliquer de phénomènes lluxionnaireset d'hyperthermie crânienne? Il estcertain poumons qu'une impression morale est capable d'amener successivement le spasme vasculaire et l'hyperhémie encéphaliques.

Si le spasme vasculaire persiste seul, c'est à la folie simple qu'on a affaire; si l'hyperhémie survient rapidement, on peut redouter la folie paralytique. On peut ainsi s'expliquer comment les mêmes causes produisent des effets tout à fait opposés, comment il est possible que les mêmes impressions morales amènent chez telle personne de l'anémie et de la névropathie cérébrales, tandis que chez telle autre elles auraient donné lion à un pro-

31 i ÉTIOLOGIE.

cessus congestif, et même comment un individu peut être atteint de folie simple avant de l'être de folie paralytique (i).

Mais dans quel cas y aura-t-il folie simple ? Dans quel cas surviendra la folie paralytique? Nous pouvons encore répondre dans une certaine mesure : C'est ime affaire d'âge, de sexe et de tempérament.

a. Influence de l'âge. — La paralysie générale est une maladie de l'Age adulte et parait exclusivement appartenir à la période moyenne de la vie. C'est de trente-cinq à quarante-cinq ans qu'elle se rencontre le plus communément (Marcé, Galmeil, Lasègue, etc.). De sorte que telle série d'impressions morales, qui, chez un homme de vingt ans, aurait pu amener la folie simple, amènera plutôt la folie paralytique, si elle survient chez un homme de trente-cinq ans.

b. Influence du sexe. — Au point de vue du sexe, tous les auteurs sont également d'accord pour affirmer que les hommes sont plus sujets que les femmes à la paralysie générale.

Les proportions indiquées par les auteurs sont les suivantes. Sur 100 malades atteints de paralysie générale, on trouverait :

8 femmes d'après Marcé.

dO — Ducheck.

1 d — Calmeil.

13 — Esquirol.

20 — Parchappe.

22 — Lasègue.

24 — Hoffmann.

30 — Foville. •

Cette inégalité tend à disparaître quand les femmes sont arrivées à l'époque de la ménopause.

Il résulte de cette influence de sexe qu'une série d'impressions morales, qui chez un homme donnera lieu à la paralysie générale, donnera plutôt lieu chez la femme aune folie névropathique.

c. Iji/luence du tempérament. — L'influence des tempéraments est encore mal étudiée; nous croyons cependant que la paralysie

(I ) Voy. plus Iriiii sur le niiMtir^ siijiH.

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