LNFLUENCE DU TRAVAIL INTELLECTUEL
générale est le plus souvent l'attribut des tempéraments sanguins.
Nous voilà bien éloigné, à ce qu'il me semble, de ce que nous avons l'intention d'étudier sous le nom d'hygiène morale ; mais le retour au point de départ est facile, et l'on peut résumer ces articles en disant qu'une mauvaise hygiène morale est souvent le fait d'une prédisposition à la folie, mais qu'elle est également la source de troubles intellectuels variés, et que, suivant les conditions de l'individu, il en résulte soit un état de sthénie vasculaire qui se traduit par la folie simple, soit un état d'hyperhémie qui joue un rôle essentiel dans les manifestations ultérieures de la folie paralytique.
Influence du travail inlcllecluel exagéré. — Cette influence a été gravement incriminée (Calmeil, Contesse ('!), etc.). A notre avis elle n'est dangeureuse : 4" que quand le travail est mal dirigé; 2" quand le travail intellectuel n'est pas contre-balancé par l'exercice parallèle des autres modes d'activité psychique; 3" en dehors de ces conditions, le travail de l'intelligence, même poussé à un degré considérable, n'est jamais dangereux; bien au contraire, c'est le meilleur préservatif contre la folie; 4° mais il ne faut pas que le travail intellectuel soit opéré par un cerveau déjà malade ou fortement menacé de le devenir.
Voilà quatre propositions qu'il va s'agir de développer et de démontrer.
Mauvaise direction du travail intellectuel. — Le travail intellectuel, pour produire le meilleur rendement et pour ne pas être nuisible, est soumis à certaines lois qui sont relatives à sa quantité et à sa qualité. Relativement à sa quantité, il y a une sorte de point de saturation qu'il faut atteindre de près, qu'il ne faut jamais dépasser. Ce point de saturation varie suivant les individus : i"par le fait des aptitudes héréditaires; 2" par le fait des aptitudes acquises.
i" Il ya en effet des enfants qui apportent, pour ainsi dire en naissant, des aptitudes singulières pour le travail intellectuel. D'autres, au contraire, sont réfractaires jusqu'à un certain âge.
(I) Coiiti-ssi-, Tliîse, l>nri-:. iS(>2.
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Do jiicme chez les adultes, il en est qui ont le travail facile et d'autres qui ne l'ont pas, il en est qui peuvent travailler trois heures sans fatigue, tandis qu'au bout d'une heure d'autres seront à bout de forces. Parmi les personnes qui consacrent leur vie aux travaux intellectuels, des différences semblables s'observent: les uns, en effet, auront le travail rapide, mais seront épuisés au bout d'une heure; d'autres, au contraire, travailleront lentement, mais pourront, sans ressentir le moindre malaise, fournir une somme considérable de travail. II faut évidejnment compter dans tous les cas avec les dispositions naturelles, et il est impossible de fixer une commune mesure qui puisse convenir à préciser quelle doit être la quantité du travail intellectuel.
2" Cette quantité qui doit varier suivant les aptitudes liéréditaires, pourra encore varier par le fait des aptitudes acquises. C'est ainsi qu'il existe un véritable entraînement pour le travail intellectuel comme pour le travail musculaire. De môme que le boxeur anglais arrive à dépenser sans fatigue énormément de force musculaire, de même le travailleur de l'esprit, lorsqu'il s'y est habitué, arrive à produire beaucoup, sans en ressentir aucune fâcheuse influence.
A la question des aptitudes acquises se rattache encore le problème pédagogique. Il y a en effet une façon de procéder qui permet de fournir sans fatigue une somme considérable de travail. L'homme qui sait travailler éloigne pour ainsi dire à volonté le point de saturation dont il a été fait mention plus haut. Malheureusement tout le monde ne sait pas travailler, et il n'y a encore aucun bon traité d'hygiène intellectuelle basé sur des notions sérieuses et scientifiques, à notre connaissance du moins.
Ce n'est pas à. nous à l'entreprendre. Nous insisterons seulement sur la nécessité qu'il y a d'introduire de la diversité dans le travail. L'esprit arrive rapidement à se fatiguer et à s'amoindrir alors qu'il s'exerce toujours sur le même thème, (^est ce que nous allons développer rapidement, puisqu'il est dans notre programme de donner quelques considérations sur la qualité du travail au point de vue de l'étiologie de la folie paralytique.
Qnalilé du. travail. — Relativement aux connaissances à acquérir, aux matériaux à assimiler, la variété dans le travail
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est la meilleure condition pour éloigner le point de saturation.
Un mathématicien, par exemple, au bout de trois heures d'études m.athématiques pourra paraître épuisé ; mais que ce savant se livre, môme immédiatement api'ès ces trois heures de travad, à l'étude de l'histoire, de la littérature, etc., il y trouvera une diversion, une récréation utile, et il pourra ainsi acquérir sans laligue de nouvelles connaissances; que dans la même journée il étudie les langues, il s'assimilera comme par surcroit de nouveaux matériaux.
Pour beaucoup acquérir sans danger, il faut beaucoup varier les travaux; de même, pour beaucoup produire, il est essentiel d'avoir des connaissances variées. Le principe de la division du travail et des spécialités, qui s'applique si bien à tout ce qui concerne la production industrielle, est absolument contraire à l'hygiène de l'esprit.
Des phénomènes propres à avertir que la liinlle plnjsiologique a été dépassée. — On voit, d'après ces données, que rien n'est plus variable que la limite à laquelle il convient de pousser le travail intellectuel; atteindre cette limite, sans jamais la dépasser, est le principe fondamental d'une bonne hygiène intellectuelle. Y a-t-il donc un critérium qui puisse indiquer que la limite est atteinte? Oui, il y en a un; le voici. On est averti qu'il faut diminuer, et au plus vite, la dose du travail intellectuel : i° lorsque les fonctions somatiques s'en ressentent, que les digestions sont laborieuses, que le sommeil est agité, lorsqu'il survient de la céphalalgie ou un sentiment pénétrant de fatigue intellectuelle, un certain vague dans les idées et des conceptions bizarres qui ne sont pas encore pathologiques, mais qui sont sur le point de le devenir. Une fois cette limite atteinte, il serait imprudent de surmener le cerveau, ce serait risquer d'en détendre le ressort.
En résumé, le travail intellectuel n'est dangereux que quand il est exercé par un cerveau déjà malade, quand il est poussé à des limites excessives, et surtout quand son influence n'est pas contrebalancée. En dehors de ces conditions, le travail est un élément de conservation non-seulement pour l'intégrité intellectuelle, mais peut-être aussi pour la santé physique.
318 ÉTIOLOGIE.
Mauvaise influence de rhjjpcractiviU' plif/sique. — Nous avons passé en revue ce qui était relatif à la partie aflectivc et à la partie intellectuelle de l'être psychique, il nous reste à étudier le rôle de l'activité physique.
La vie hyperactive a été très-souvent notée chez les individus qui sont devenus plus tard aliénés paralytiques. Tout ce que nous avons décrit à propos des prodroiues n'est en eftet, habituellement, que l'exagération maladive des habitudes d'activité qu'avaient présentées les malades; mais faut-il conclure de là qu'une vie très-active est une cause de folie paralytique? Pas le moins du monde, à la condition que l'activité physique soit réglementée et qu'elle ait un contre-poids.
Le contre-poids de l'activité somatique, c'est l'hygiène morale et l'activité intellectuelle. Un homme qui fait travailler en même temps son esprit et qui peut trouver les conditions propres au développement de la partie affective de son individu, pourra pousser impunément le travail musculaire à des limites considérables. Nous en avons la preuve en regardant autour de nous, par exemple, les médecins en renom, qui mènent forcément une vie extrêmement fatigante, qui déploient une activité incroyable, et qui cependant ne deviennent pas aliénés paralytiques. Nous croyons donc que l'activité somatique peut être poussée très-loin impunément si son influence est contre-balancée. Dans ces conditions l'activité somatique est plus qu'inoffensive, elle est utile et elle constitue sans aucun doute un élément de conservation pour le corps comme pour l'esprit; c'est ce qu'ont parfaitement compris les ordres monastiques, qui n'ont jamais manqué de joindre aux travaux intellectuels et aux exercices de piété des travaux manuels parfois très-pénibles.
Si au contraire l'activité physique n'est pas contre-balancée, elle peut devenir dangereuse; c'est ainsi que les hommes qui, sont toute la journée en mouvement, occupés de leurs affaires commci-ciales, qui s'imposent des veilles prolongées pour metti-e en ordre la nuit les affaires de la journée, ou pour jouir de la vie factice du monde, ces hommes, qui n'ont ni paix ni trêve, ni jours fériés ni vacances, qui n'ont pas ou qui ne prennent pas le temps de s'occuper de leur famille, qui, en un mot, négligent de dévelop|)er simultanément la pai'tie affective et la partie in-
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tellectuelle de leur individu, s'exposent gravement à devenir aliénés paralytiques. Il en était de môme autrefois de bon nombre d'officiers de l'armée, qui menaient, par le fait de leur profession, une existence active sans exercer parallèlement les autres fonctions d,e leur cerveau, et qui joignaient à cette mauvaise hygiène des excès préjudiciables.
Quelle est la limite à laquelle on peut pousser l'activité somatique, en admettant qu'elle soit suffisamment contre-balancée? A notre avis, le meilleur critérium est la qualité du sommeil.
L'homme qui travaille avec mesure par le corps et par l'esprit et (|ui a une bonne hygiène morale doit avoir un sommeil calme; il ne doit pas se rappeler, même vaguement, les rêves delà nuit.
L'homme qui ne fait pas assez travailler son esprit a le sommeil traversé par des rêves, comme si la fonction intellectuelle, laissée pendant le jour dans un repos forcé, prenait sa revanche la nuit.
L'homme qui ne fait pas travailler son corps a également des rêves, des cauchemars, surtout s'il travaille de l'esprit pendant la soirée. C'est qu'alors la fonction intellectuelle est surexcitée et que le mouvement acquis persiste pour ainsi dire pendant le sommeil.
En tous cas, il est bien facile à chacun de se rendre compte du mode d'activité qui est trop surmené et de sentir les rectifications nécessaires; malheureusement, beaucoup les sentent sans les exécuter et se contentent de traduire le vers d'Ovide :
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Détériora nequor
Quittons cet ordre de considérations philosophiques, malgré l'intérêt qu'elles présentent, et continuons la nomenclature des diverses influences qui, combinées entre elles et ajoutant leur action, finissent par congestionner l'encéphale et par déterminer la folie paralytique.
Abus de régime. — 11 y a lieu de signaler les abus de coït, mais comme ces derniers agissent surtout par voie réflexe, nous les étudierons plus loin.
Les abus de coït, d'ailleurs, vont rarement seuls. Ils s'accompagnent le plus souvent d'abus alcooliques, d'excitations de toutes sortes, La question est donc complexe. Il est vrai qu'on observe