‹ Traité de la paralysie générale des aliénés [electronic resource]Chapitre 87 sur 137 · FOLIE DES NOUVELLES ACCOUCHÉES · texte numérisé non relu

FOLIE DES NOUVELLES ACCOUCHÉES

exemple clans son observation ''236 (1). Que si l'on nous demande pourquoi nous croyons chez les nouvelles accouchées à un processus congestif, nous répondrons : 1" que l'observation clinique le démontre surabondamment (existence de lièvre , de tremblement de la langue, bons effets du bromure de potassium, déplorables effets de l'opium, etc.) ; 2° qu'en outre il est logique de penser qu'il se passe dans le cerveau ce (jni se passe dans les autres organes chez les nouvelles accouchées. Chacun ne sait-il pas la fréquence des néphrites, des pneumonies, des congestions pulmonaires, surtout cliez les femmes qui, avant leurs couches, avaient quelques tubercules dans les poumons? Ajoutons que les femmes qui n'allaitent pas sont bien plus exposées que les autres à ces accidents congestifs.

Snp'pressiuii de la meur des pieds, de la mens Inuil ion , de ratlaitement. — La su[»pression de la sueur des pieds a été citée comme cause de paralysie générale; nous n'avons à ce sujet aucune observation concluante, mais il est bien possible que cette cause ne soit pas dénuée de fondement. Il est certain, en effet, que la suppression brusque de la sueur des pieds provoque des phénomènes d'ordre congestif, tels que vertiges, éblouissements, céphalalgie. Nous connaissons un monsieur qui, ayant essayé pendant quelque temps de tarir une hyperhydrose des pieds, extrêmement incommode, dut se hâter de rétablir cet exutoire, tant il éprouvait de malaise, de céphalalgie et de poussées congestives à la tête.

La suppression de la menstruation, celle de l'allaitement, peuvent aussi avoir une influence sur le développement de la folie paralytique. Baillarger a rapporté à ce sujet deux faits probants ("2) . Lorsqu'une femme allaite, il est imprudent de suspendre brusquement et hâtivement l'allaitement, surtout si cette fennne a une constitution pléthorique ; c'est l'exposer à des accidents variés, et la suppression brusque de cette importante fonction retentit parfois d'une manière fâcheuse sur le cerveau. De là un

(Ij Voy. encore ol)S:;n v. 1!) de Parciiaiiii", Tvailé de la jolie, 1841. (-2) B;\ill:iriicr, Ànn. méd.-p.sijch., 1857, t. 111, p. 30i.

yU) ÉTIOLOGIE.

certain nombre de cas de Iblies, dites folies des nourrices (i). On peut, dans une certaine mesure, se rendre compte de l'in- (liicnce de la suppression de la lactation si l'on songe à l'importance de cette fonction. Ne sait-on pas, en effet, que cette fonction brusquement supprimée entraîne, par éxemple, un diabète passager (''i) ? C'est qu'elle retentit puissamment sur toute l'économie.

Les mêmes accidents congestifs qu'entraîne la suppression brusque de l'allaitement se produisent chez les femmes qui n'allaitent pas du tout, surtout si ces femmes ont allaité à leurs couches précédentes. Nous avons observé trois faits qui démontrent bien ces propositions. Pour n'en citer qu'un, il s'agissait d'une dame à constitution vigoureuse, qui avait nourri trois de ses enfants, mais qu'on ne laissa pas allaiter son quatrième. Or, quinze jours après la naissance de ce dernier enfant, la mère fut prise brusquement d'agitation, de délire ambitieux; elle se mit à faire des achats inconsidérés, présenta de l'inégalité pupillairc, de l'hésitation de la parole et une diminution notable de la mémoire. Elle est aujourd'hui atteinte de paralysie générale à la troisième période.

OnsEuvATioN XXXVI. — Absence deVallaitemenl. Délire de richesses, démence, incohérence. — Madame C..., âgée de trente-deux ans, est mère de (rois enfanls; elle a nourri les deux premiers; la dernière est née il y a quinze jours, elle ne l'a pas nourrie.

Au bout de quinze jours elle a été prise de céj)lialali;ie, d'clourdissemenls, de nausées, d'insomnie, puis successivement de lo(iuacilé, de conceptions délirantes, consistant à se croire très-riche; elle a commis quelques actes irréfléchis et extravagants, entre autres elle est entrée au théâtre du Châtelet en Ijonnet et en robe de chambre; elle a acheté une table sculptée dont le prix dépassait ses moyens; elle est allée vendre des objets eu or; elle a cessé de s'occuper de son intérieur, de ses enfants; elle passait son temps à aller et venir, à descendre l'escalier.

A la première visite que je fis à cette dame, je constatai l'état suivant : femme fortement constituée, d'un tempérament sanguin. La physionomie est très-mobile, la face est enluminée. Pupilles inégales. Pas d'ataxie de la

(1) La folie di's iii)uri-ii;cs est de nature congestive lorsqu'elle survienl par le l'.iiL de la suppression brusque et hâtive de l'allaitement; elle est de uièui;' nature (|ue la lidii; des nouvelles acconchécs. Lorsqu'elle survient à la fin de la lactation, elle est due à l'épuisenient, à l'anémie : elle est alors de même nature que la folie dus femmes enceintes, qui est due à l'anémie fréquemment inséparable de l'état de gestation.

(2) De Sinety, Progrès médical, 1876.

ABUS DE COÏT. 3il

langue ni des lèvres. Par moments la parole est un peu ànonnée ; exubérance de paroles. Elle me raconte qu'elle va donner un grand dîner de 500 couverts, qu'elle fera servir un poisson d'or, que l'on aura les mets les plus recherchés, etc., etc. La mémoire des noms, des dates, est diminuée d'une façon notable. Madame G... n'a aucune conscience de son état, elle soutient qu'elle a le plus grand soin de son ménage. Il existe de la lièvre.

Madame G... est placée dans la maisondesantédudocleur G..., où j'ai continué à lui donner des soins pendant plusieurs mois. Le traiten)ent a consisté en applications de vésicatoires permanents à la nuque, en prise de digitaline, d'ergotine, de bains de pieds.

Le traitement a été impuissant; le désordre des paroles et des actes a persisté, sauf pendant quelques moments, mais la démence et le délire de richesses se sont accentués. Au bout de six mois la malade a été prise d'incontinence d'urine et des fèces. Elle est aujourd'hui dans la maison d'aliénées de Gl... La maladie en est à la troisième période.

Eu résumé, celte malade, d'un tempérament sanguin, qui avait déjà nourri deux de ses enfants, a été prise de paralysie générale qui a coïncidé avec l'absence d'allaitement de son troisième enfant ; le début de l'affection a présenté tous les signes de la congestion cérébrale.

Ces cas ont beaucoup de rapports avec ceux que nous avons mentionnés sous le litige de paralysie générale cliez les nouvelles accouchées : c'est qu'en effet le fait de ne pas allaiter ses enfants nous semble être une des causes de la folie des nouvelles accouchées, folie de nature éminemment congestive.

2" Influence des abus de coït.

Les abus de coït nous semblent également jouer un certain rôle dans l'étiologie de la paralysie générale, et leur inflnence nous semble être d'origine réflexe.

Il est certain que, pendant l'acte de coït, il se produit des congestions encéphaliques temporaires, dont la répétition ti^op fréquente doit prédisposer à la péiùencéphalite chronique.

Pendant le coït, en effet, la face est congestionnée, il est donc probable que l'encéphale l'est également. On connaît des exem- ])les de morts subites survenues pendant le coït, accidents dus sans aucun doute à la congestion cébrébi^ale. On sait que le coït produit chez les individus à tempérament sanguin, surtout s'ils le pratiquent souvent et après le repas, des vertiges, de la céphalalgie. On sait enfin qu'api^cs le coïtilya physiologiquement

3'd - ÉTIOLOGIE.

iiiip sorte de Irembleinenl ataxique qui empêche, par exemple, d'écrire aussi nettement qu'en temps ordinaire, et qui prouve un retentissement passager, mais profond, sur tout l'axe cérébrospinal ; chacun connaît les inconvénients du coït pratiqué debout.

Il est donc infiniment probable que des congestions aussi répétées entrent en ligne de compte dans l'étiologie de la paralysie générale. C'est Lallemand qui a commencé la croisade contre les abus du coït. Imbu de ces idées, Cavalier, professeur à Montpellier, médecin de l'asile des aliénés, prétendait que la paralysie générale reconnaît pour cause exclusive les abus du coït, qu'elle était aussi bien plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, qu'on ne la rencontrait absolument que chez les femmes qui avaient fait des abus prolongés, plus particulièrement chez les femmes en carte, et moins fréquemment chez les prostituées des maisons de tolérance.

Cette opinion nous paraît exagérée, car nous avons eu maintes occasions de voir atteints de paralysie générale des femmes à vie régulière, des femmes mariées, et des hommes qui n'abusaient pas des plaisirs sensuels.

Les auteurs qui attribuent cette importance exagérée aux abus de coït oublient peut-être que l'activité génésique est surexcitée le plus souvent °au début de la paralysie générale, et arrivent ainsi à prendre pour une cause de la maladie ce qui n'en est (pi'une manifestation.

?}" Do la folie paralylique consécutive aux névralgies généralisées ayant duré longlemps.

Il y a souvent lieu de remarquer dans les antécédents des malades devenus aliénés paralytiques l'existence de névralgies généralisées, parfois très-rebelles, très-pénibles, et nous ne sommes pas éloigné de penser que ces névralgies ont une certaine part dans l'étiologie de la folie paralytique.

Dans notre mémoire présenté à l'Académie en 1875, nous avons signalé ces faits et rapporté six observations de paralysie générale précédée longtemps à l'avance de douleurs névralgiques, le plus souvent très-tennces, d'autres fois assez mobi-

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